Une manif bien déprimante

Par Alain Rajchman

lundi 17 mai 2004

Malgré tous les efforts de SOS Racisme, nous n’avons pas assisté à l’une de ces grandes manifestations populaires qui par le nombre et l’unité aurait du marquer le rejet de l’antisémitisme par tous les citoyens.


Nous avons assisté à une manif bien déprimante en raison du nombre de participants. Quelques milliers de personnes, alors que les manifestations liées à la profanation de Carpentras avaient fait descendre près d’un million de citoyens dans la rue. Quand l’antisémitisme de l’extrême droite peut être nommé, le ralliement est bien plus fort. La difficulté à nommer le nouvel antisémitisme arabo-musulman explique certainement cette absence de mobilisation massive.

Nous avons assisté à une manif bien déprimante par sa signification. L’histoire ne se répète pas, elle bégaie. L’antisémitisme ne cède pas et revient sous d’autres formes, comme pour rappeler à l’humanité qu’en définitive elle progresse peu. Le baromètre de civilisation, que représente l’antisémitisme, entre dans une nouvelle zone dangereuse. Il faut donc reprendre le combat et, comme l’a souligné le nouveau Président du CRIF Roger Cukierman, « au moins ceux qui étaient là étaient présents pour montrer leur détermination ».

Nous avons assisté à une manif bien déprimante par les divisions qu’elle a suscitées Les associations comme le MRAP et la LDH expriment, par leur position, que la haine du sionisme est bien inscrite dans leur combat contre toutes les formes de racisme en cohérence parfaite avec les positions acquises depuis Durban. Sur ce point, il y a eu au moins une clarification.

Nous avons assisté à une manif bien déprimante qui nous a montré que malheureusement l’antisémitisme n’est pas l’affaire de tous les Français. La sur-représentation des associations communautaires juives a montré une nouvelle fois que les juifs sont encore bien seuls dans leur combat contre l’antisémitisme.

En fin de compte, le seul point où la manifestation n’a pas été déprimante, on le doit à Patrick Klugman qui a su faire venir des jeunes de SOS Racisme et des lycéens du FIDL issus de toutes les couches de la population. A nos yeux, ces jeunes ont sauvé par leur « Touche pas à mes feujs », la République en danger d’antisémitisme.


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