L’affaire du journal suédois

Par Guy Senbel pour Guysen International News

vendredi 21 août 2009, par Desinfos

S’il est un geste que le Président Shimon Pérès pourrait accomplir dans les tous prochains jours à l’endroit du roi de Suède et du Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt, ce serait de leur faire parvenir un exemplaire du célèbre ’’Bouc émissaire’’ de René Girard. L’auteur y décrit à merveille le mécanisme de fabrication du coupable idéal et de ses usages. Tout commence par une fable spectaculaire, que la rumeur colporte. Un enfant chrétien disparaît, et les Juifs sont accusés de l’avoir vidé de son sang, qui sert à fabriquer le pain qu’ils mangent à l’occasion des fêtes de Pâques…


Combien de pogroms, de pendaisons, crémations et autres tortures les Juifs n’ont-ils pas subis au cours des siècles. Saint-Louis, sur son lit de mort et souffrant le martyre, demandait à ses proches, ’’n’avons-nous pas brûlé trop de Juifs ?’’

Lundi 17 août, le plus grand quotidien suédois, ’’Aftonbladet’’, publiait un article intitulé ’’Les organes de nos fils pillés’’. Cet article affirme que les soldats de Tsahal enlèvent des enfants palestiniens pour les tuer et prélever leurs organes, dont ils font commerce. A l’instar des accusations portées contre les Juifs à l’époque de la Première croisade ou au lendemain de la Seconde guerre mondiale dans une Pologne qui ne souffrait pas d’abriter quelques juifs survivants de l’Holocauste, Tsahal serait à son tour coupable de crime rituel.

L’article est illustré par une photographie, apparemment prise après l’autopsie d’un palestinien mort, portant une cicatrice sur toute la longueur de son torse. Le papier est également illustré par des images d’enfants palestiniens qui lancent des pierres. L’auteur évoque Lévy Yitzhak Rosenbaum, un juif américain de New York, arrêté le mois dernier par le FBI pour trafic d’organes entre Israël et les Etats-Unis, comme pour mieux présupposer que les Israéliens seraient prédisposés à ces trafics sordides.

Basé exclusivement sur les témoignages de Palestiniens de Gaza et de Judée-Samarie, témoins dont le journaliste ne dévoile que les prénoms, la publication de l’article dans les pages ’’culture’’ du journal, est défendue par son rédacteur-en-chef. ’’Pourquoi ce corps a-t-il été autopsié alors que la cause de la mort est évidente ? Je pense que les autorités israéliennes nous doivent une explication sur ce point…’’

Les autopsies de Palestiniens tués par Tsahal sont une procédure de routine, qui permet aux autorités du ministère de la Défense de contrôler les déclarations relatives aux circonstances du décès. Les soldats israéliens morts au combat ou décédés accidentellement sont d’ailleurs également autopsiés, pour des motifs identiques.

Au tribunal de Stockholm, Tsahal doit prouver son innocence. A défaut, Israël serait coupable… Si l’Ambassade de Suède à Tel Aviv a qualifié de ’’choquant et exécrable’’ les propos tenus par l’auteur de l’article, Donald Bostrom, le ministère suédois des Affaires étrangères ne commente pas. D’ailleurs, depuis ses déclarations, l’Ambassadrice suédoise s’est attiré les foudres de dirigeants de l’opposition en Suède… Le porte-parole des Verts suédois exige son rapatriement et plaide la liberté d’expression.

Les officiels israéliens ont vivement réagi, qualifiant le papier d’ouvertement raciste, ’’propice à déclencher des crimes racistes’’, ils demandent aux autorités suédoises de se saisir de l’affaire. Quant au vice-ministre israélien des Affaires étrangère, Dany Ayalon, il exige des excuses officielles, et affirme ne plus s’étonner des dernières déclarations suédoises…

Déjà, en avril 2006, le refus de la Suède de participer à des opérations militaires communes à plusieurs pays, en raison de la présence d’Israël, avait causé des tensions entre les deux pays.
Au mois de mars dernier, à Malmö, les matchs de la coupe Davis avec Israël se jouaient à huis-clos, et un millier de policiers étaient déployés pour éviter les violences des manifestants contre les athlètes israéliens… Last but not least, le pays, soutien intégral de la cause palestinienne, fait la promotion d’un programme d’enseignement de la Naqba. Quant à Benny Dagan, l’Ambassadeur israélien à Stockholm, il a été la cible d’un lancer de chaussure…

En matière diplomatique, la Suède, qui succède à la République Tchèque à la présidence de l’Union européenne, compte parmi les pays européens les plus durs à l’égard de l’Etat juif, et les plus compréhensifs à l’égard du Hamas.

Un discours systématiquement malveillant et partiellement ambigu contribue à rendre crédibles les accusations fantaisistes portées contre Israël. Si, pour les Suédois, les crimes de Tsahal sont plausibles, c’est le mécanisme de ’’causalité diabolique’’ cher à l’historien Léon Poliakov qui s’enclenche. Conjuration et complot. L’accusation de tuer des enfants pour vendre leurs organes est la sombre et triste survivance de l’accusation de tuer des enfants pour consommer leur sang.

Les mythes demeurent, seules leurs fonctions changent.

Ce soir, nous pensons à Guilad Shalit, soldat de Tsahal et citoyen français, otage du Hamas depuis 1154 jours, et 1154 nuits.


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