La nouvelle politique du Vatican

Shmuel Trigano

lundi 18 mai 2009, par Desinfos

Un leurre est un artifice qui attire l’attention de quelqu’un pour lui cacher l’événement essentiel qui se déroule au męme moment sur une autre scčne. C’est ce qui s’est passé avec la visite du pape en Israël et en l’occurrence, ce sont les observateurs qui se sont leurrés eux-męmes. A nouveau, c’est la mémoire de la Shoah qui a servi d’écran. Tout le monde attendait le pape sur ce qu’il ferait et dirait ŕ ce propos, suite ŕ l’affaire de la levée d’excommunication d’un évęque intégriste négationniste (l’affaire Williamson), tandis que l’essentiel se produisait sur une autre scčne : celle des Palestiniens.


A travers tous ses discours aux Palestiniens, si pleins de l’emphase et de l’empathie qu’il n’a pas su trouver pour les Juifs, Benoît XVI nous apparait comme l’un des papes qui a le moins de sympathie pour le peuple juif. Ils laissent entendre l’adoption d’un tournant drastique dans la politique du Vatican envers les Juifs et démontrent que le pape a épousé la position palestinienne, dans sa radicalité la plus grande.

Aux uns la victimologie, aux autres le politique

Le jeu classique du « devoir de mĂ©moire » a Ă©tĂ© rejouĂ© (1) : aux Juifs la reconnaissance du martyre de la Shoah, aux Palestiniens la reconnaissance politique, voire mĂŞme thĂ©ologico-politique. Une formule forte restera : la Terre sainte dĂ©finie comme la « terre des ancĂŞtres » du peuple palestinien, abondamment Ă©voquĂ©, lui. « Monsieur le PrĂ©sident, le Saint-Siège soutient le droit de votre peuple Ă  une patrie palestinienne souveraine sur la terre de ses ancĂŞtres, sĂ»re et en paix avec ses voisins, Ă  l’intĂ©rieur de frontières reconnues au niveau international. » Quand cette expression est profĂ©rĂ©e par l’évĂŞque de Rome, qui doit connaĂ®tre tout de mĂŞme son Nouveau Testament et l’histoire des Juifs dans ces mĂŞmes lieux, elle pèse d’un poids considĂ©rable. Tout un univers psychologique s’y profile : un État d’IsraĂ«l dĂ©fini par la Shoah et donc refuge humanitaire pour rescapĂ©s europĂ©ens du nazisme face Ă  un peuple rĂ©el, autochtone, hĂ©ritier de l’Ancien IsraĂ«l, « ancĂŞtres » obligent ! Ce qui est en partie faux car une part importante de la population palestinienne descend de vagues migratoires venant du monde arabe de la fin du XIX° siècle au dĂ©but du XX°...

Le peuple Ă©lu de Palestine

Cette interprĂ©tation est confirmĂ©e par une autre formule ahurissante, qu’a justement relevĂ©e Menahem Macina dans la Newsletter de l’U.P.J.F. (2), prononcĂ©e Ă  l’occasion du dĂ©part du pape des Territoires palestiniens : “Mon souhait sincère pour vous, peuple de Palestine, est que cela arrivera bientĂ´t, pour vous permettre de jouir de la paix, de la libertĂ© et de la stabilitĂ© dont vous avez Ă©tĂ© privĂ©s depuis si longtemps. Avec angoisse, j’ai Ă©tĂ© le tĂ©moin de la situation des rĂ©fugiĂ©s qui, comme la Sainte Famille, ont Ă©tĂ© obligĂ©s de fuir de leurs maisons. » Or, la « Sainte Famille » fuit BethlĂ©em pour Ă©chapper au massacre des enfants que le Roi d’IsraĂ«l HĂ©rode s’apprĂŞte Ă  perpĂ©trer pour Ă©liminer JĂ©sus (Évangile selon Matthieu 2, 13).

Cette comparaison appelle inĂ©luctablement dans l’oreille chrĂ©tienne et sans doute dans la comprĂ©hension papale, une identification des Palestiniens Ă  la famille de JĂ©sus, le “vĂ©ritable IsraĂ«l” persĂ©cutĂ© par l’IsraĂ«l dĂ©chu, “l’IsraĂ«l selon la chair”, en l’occurrence les IsraĂ©liens contemporains qui, de surcroĂ®t, se voient implicitement accusĂ©s de fomenter le massacre des enfants ! On sait que l’accusation de crime rituel est le mythe central du Nouvel antisĂ©mitisme, adroitement exploitĂ© par l’AutoritĂ© Palestinienne et le Hamas. L’Église vient de la consacrer de façon subliminale.

BenoĂ®t XVI n’a pas manquĂ© de bĂ©nĂ©dictions enthousiastes du peuple palestinien. Dans son discours de dĂ©part des territoires palestiniens : « Puisse-t-Il bĂ©nir par la paix le peuple palestinien ! ». Au camp de rĂ©fugiĂ©s d’AĂŻda : « Puisse Dieu bĂ©nir son peuple avec la paix ! ». Dans son homĂ©lie Ă  la place de la Mangeoire : « Vous-mĂŞmes, peuple choisi de Dieu Ă  BethlĂ©em ». Dans son discours devant Mahmoud Abbas : « J’invoque sur tout le peuple palestinien les bĂ©nĂ©dictions et la protection de votre Père cĂ©leste » (3). Je ne vois pas beaucoup de bĂ©nĂ©dictions de ce type sur le peuple d’IsraĂ«l envers lequel l’Église a tout de mĂŞme, Ă  ce qu’elle prĂ©tend, d’autres liens !

La justification de la guerre ?

Comment quasiment tous les observateurs ont-ils pu voir dans les discours du pape des paroles de paix ? J’y entends tout au contraire des encouragements Ă  la violence.

Le droit au retour

Faire l’apologie du droit au retour des rĂ©fugiĂ©s, que rĂ©clame l’AutoritĂ© Palestinienne, est-ce autre chose que vouer Ă  la disparition en douceur l’État d’IsraĂ«l, et bien sĂ»r l’État juif ? Le pape a exprimĂ© sa “solidaritĂ© Ă  l’ensemble des Palestiniens qui n’ont pas de maison et attendent de pouvoir retourner sur leur terre natale, ou d’habiter de façon durable dans une patrie qui soit Ă  eux”. C’est la meilleure façon de ruiner la paix et de confirmer les Palestiniens dans leur projet d’éradication de l’État juif, qu’ils disent très officiellement aujourd’hui ne jamais vouloir reconnaĂ®tre. Tous les IsraĂ©liens, de la gauche Ă  la droite, sont opposĂ©s Ă  cette revendication qui noierait les IsraĂ©liens sous le flot des Palestiniens. Dans cette remarque du pape ; il y a une autre façon de mĂ©connaĂ®tre la rĂ©alitĂ© du peuple juif, celui qui est originaire des pays arabo-islamiques et dont provient la majeure partie de la population d’IsraĂ«l. L’existence juive a Ă©tĂ© quasi totalement Ă©radiquĂ©e en terres d’islam depuis les annĂ©es 70 du XX° siècle. 900 000 Juifs se sont vus expulsĂ©s par la violence ou exclus et poussĂ©s au dĂ©part. Ils ont alors trouvĂ©, pour 600 000 d’entre eux, en IsraĂ«l une terre oĂą s’installer. La scène que l’autoritĂ© palestinienne a mise en place pour l’accueil du pape ou un ballet de jeunes enfants a agitĂ© des clefs noires symbolisant les maisons abandonnĂ©es Ă©crit une version unidimensionnelle de l’histoire car autant de Juifs que les Palestiniens ont Ă©tĂ© aussi chassĂ©s et spoliĂ©s de leur maisons dont ils possèdent, eux aussi, les clefs. Il y a eu un Ă©change de populations et IsraĂ«l est quitte !

DĂ©truire le mur

Comment, trouver des “paroles de paix” dans la condamnation du “mur” Ă  l’occasion de la savante mise en scène de la rĂ©ception du pape devant la “barrière de sĂ©curitĂ©” qui n’est pas un mur sur sa plus grande longueur ? Reçu dans la cour d’une Ă©cole, Ă  10 mètres de lĂ , le pape a dĂ©plorĂ© qu’« au-dessus de nous, qui sommes rassemblĂ©s ici cet après-midi, s’Ă©rige le mur, rappel incontournable de l’impasse oĂą les relations entre IsraĂ©liens et Palestiniens semblent avoir abouti. Dans un monde oĂą les frontières sont de plus en plus ouvertes, pour le commerce, les voyages, le dĂ©placement des personnes, les Ă©changes culturels, il est tragique de voir des murs continuer Ă  ĂŞtre construits ». C’est très dĂ©magogique de tenir un tel langage face Ă  un monde arabe oĂą les non musulmans sont en voie de disparition du fait de l’intolĂ©rance, face Ă  une Palestine dont tous les documents officiels dĂ©clarent qu’il ne doit y avoir aucun Juif qui y rĂ©side. Au moment de prendre congĂ© du prĂ©sident de l’AutoritĂ© palestinienne, Mahmoud Abbas, le pape devient combattif : « J’ai vu le mur qui fait intrusion dans vos territoires, sĂ©parant des voisins et divisant des familles. Bien que les murs puissent ĂŞtre facilement construits, nous savons qu’ils ne subsistent pas toujours. Ils peuvent ĂŞtre abattus. » Le pape a-t-il oubliĂ© qu’avant cette barrière le terrorisme palestinien faisait des ravages dans les villes israĂ©liennes ? PrĂ´nerait-il aux Juifs le martyre passif sous la main des terroristes ? Comment peut-il Ă©voquer la globalisation et la fin des frontières dans un milieu oĂą l’État d’IsraĂ«l est sans cesse sous la menace de la destruction totale ? En Ă©voquant la possibilitĂ© d’abattre « les murs », ne justifie-t-il pas la violence ? Comment peut-il dĂ©finir le fait de ne pas commettre d’actes terroristes comme un courage, si ce n’est pour assumer implicitement sa comprĂ©hension pour une telle « tentation » ? « Ayez le courage de rĂ©sister Ă  toutes les tentations que vous pourriez ressentir de vous livrer Ă  des actes de violence ou de terrorisme. Au contraire, permettez que ce vous avez vĂ©cu renouvelle votre dĂ©termination Ă  construire la paix ? » Qu’est-ce qui a Ă©tĂ© vĂ©cu ? La politique des attentats de l’AutoritĂ© Palestinienne au lendemain d’Oslo ?

Le “blocus” de Gaza

Quant Ă  la condamnation du blocus de Gaza, la mĂŞme mĂ©moire sĂ©lective y est Ă  l’oeuvre. “Soyez assurĂ©s de ma solidaritĂ© dans l’immense tache de reconstruction Ă  laquelle vous devez faire face et de mes prières pour que l’embargo soit bientĂ´t levĂ©”. Pas un mot sur le Hamas (solidaire avec lui ?), ni sur ses responsabilitĂ©s (8000 missiles lancĂ©s durant des annĂ©es sur IsraĂ«l), ni sur le fait que Gaza a deux frontières, avec l’Égypte notamment, Ă  qui il ne tient que d’ouvrir la sienne...

Le droit Ă  une patrie souveraine sur la terre des ancĂŞtres

On ne peut pas mieux mĂ©connaĂ®tre la gĂ©nĂ©alogie du conflit qu’en soutenant la version de l’histoire qui nourrit la dĂ©claration faite devant Mahmoud Abbas : “Le Saint Siège soutient le droit de votre peuple Ă  une patrie palestinienne souveraine sur la terre de ses ancĂŞtres sĂ»re et en paix avec ses voisins, Ă  l’intĂ©rieur de frontières reconnues au niveau international”. Or, ce sont les Palestiniens qui ont refusĂ© depuis le dĂ©but du XX° siècle toute solution de compromis et de partage, toute souverainetĂ© dans le cadre d’une solution Ă  deux États, le dernier refus en date Ă©tant celui d’Arafat devant la proposition de Barak. Qui n’a pas de frontières reconnues si ce n’est IsraĂ«l dont les frontières ont Ă©tĂ© toujours des frontières d’armistice consĂ©cutives aux guerres dĂ©clenchĂ©es par les États arabes ? Aujourd’hui mĂŞme l’AutoritĂ© Palestinienne, pour ne pas mentionner le Hamas, rĂ©cuse le principe d’un État juif. Elle a en effet l’ambition ultime de submerger l’État juif en demandant le retour des “rĂ©fugiĂ©s”. Comment parler d’État souverain sur la terre des ancĂŞtres ? Le pape ignore-t-il que pour l’AutoritĂ© palestinienne comme pour le Hamas, la Palestine comprend Ă©galement le territoire israĂ©lien ? Par ailleurs sur le territoire mandataire de la Palestine, un État arabe a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© crĂ©Ă©, peuplĂ© en grande majoritĂ© par des Palestiniens : la Jordanie.

Les réfugiés

Que signifiait aussi d’aller visiter un “camp” de rĂ©fugiĂ©s, sinon accrĂ©diter le rĂ©cit arabe ? Les “rĂ©fugiĂ©s” palestiniens sont les seuls rĂ©fugiĂ©s, parmi des dizaines millions de rĂ©fugiĂ©s d’après la deuxième guerre mondiale (Grèce-Turquie, Pakistan-Inde, et Afrique, Europe, Asie), qui sont restĂ©s des “rĂ©fugiĂ©s” et pour lesquels une institution spĂ©ciale de l’ONU a mĂŞme Ă©tĂ© crĂ©Ă©e, l’UNRWA, distincte du Haut commissariat aux rĂ©fugiĂ©s. Ils sont les seuls “rĂ©fugiĂ©s” au monde que les pays hĂ´tes, pourtant “frères”, n’ont jamais voulu intĂ©grer, les seuls rĂ©fugiĂ©s dont la condition s’hĂ©rite de père en fils. Comment accrĂ©diter la version de leur malheur alors que des sommes fabuleuses sont dĂ©versĂ©es par les nations du monde et notamment l’Europe sur la Palestine pour aider Ă  l’amĂ©lioration de leur sort, des sommes qui finissent dans les poches de la bureaucratie mafieuse de l’OLP ?

La démission politique

Le plus Ă©tonnant dans ce florilège de discours est le silence respectueux gardĂ© par le pape sur la situation des chrĂ©tiens en territoires palestiniens et plus largement dans le monde musulman. L’appel qu’il leur a lancĂ© Ă  ne pas Ă©migrer et l’exhortation Ă  “ĂŞtre des bâtisseurs de ponts” n’est ni crĂ©dible ni rĂ©aliste. S’il a pu penser qu’en faisant un discours pro-palestinien il s’attirerait les bonnes grâces du monde arabe au profit des Arabes chrĂ©tiens, il s’est lourdement trompĂ© car les soutiens des chrĂ©tiens sont clairement du cĂ´tĂ© d’IsraĂ«l... La comparaison des flux de population parle d’elle mĂŞme. En 1990, les chrĂ©tiens reprĂ©sentaient 60% de la population de Bethlehem, aujourd’hui, ils ne sont plus que 20% et ce chiffre ne cesse de baisser du fait de l’oppression dont ils sont victimes dans les territoires de l’AutoritĂ© palestinienne pour ne pas parler de Gaza. Les chrĂ©tiens dans les territoires palestiniens sont sur le point de disparaĂ®tre, de 15% de la population en 1950 Ă  moins de 1% actuellement. A l’inverse, en IsraĂ«l, leur nombre augmente, passant de 34.000 en 1948 Ă  plus de 140.000 actuellement. Que penser de ce silence sinon qu’il Ă©tait une solution de facilitĂ© et de basse politique pour se refaire une rĂ©putation en monde musulman aux dĂ©pens d’IsraĂ«l, après sa sortie de Ratisbonne. SpiritualitĂ© ? Message de paix ?

Les leçons de la visite

La vraie finalitĂ© du “devoir de mĂ©moire”

Nous avons dans cet Ă©pisode un condensĂ© d’enseignements significatifs. Il confirme le modèle que j’ai construit pour comprendre le fonctionnement idĂ©ologique du “devoir de mĂ©moire”. La Shoah est devenue le contrepoids Ă  la reconnaissance de la condition juive dans le politique et l’histoire, c’est Ă  dire la reconnaissance des Juifs comme peuple, ce qui est en jeu avec IsraĂ«l et le sionisme. La reconnaissance des victimes de la Shoah dans les Juifs (un peuple mort) justifie la condamnation ou la relĂ©gation ou la mĂ©connaissance des Juifs comme sujet souverain de l’histoire (peuple vivant).

Sur ce plan là du politique, les bénéficiaires de la mémoire de la Shoah sont les Palestiniens, reconnus, eux dans les attributs d’un véritable peuple avec tous les droits qui s’ensuivent et les devoirs pour Israël, rétrogradé au rang de refuge humanitaire pour Juifs persécutés, le contraire d’une vraie nation. Cette condition assigne les Juifs à un rôle sacrificiel, victimaire. Ils devraient ainsi, si l’on en croit le pape, supporter avec abnégation les actes terroristes sans réagir.
La deuxième conséquence de ce syndrome malsain constitue le peuple palestinien en peuple messianique, en fait le véritable Israël, un vecteur planétaire de l’histoire humaine. On assiste alors à l’enchantement quasi religieux du nationalisme palestinien, un des plus rétrogrades de notre temps, tandis que le sionisme est affublé de tous les ismes de la répulsion.

La méthode palestinienne

Il faut aussi dans cet Ă©pisode constater l’habilitĂ© palestinienne Ă  mettre en scène la passion christique de leur peuple. Le dĂ©cor de la rĂ©ception du pape est théâtralement choisi : devant la barrière de sĂ©curitĂ©, avec le lâcher de ballons noirs, un pour chaque annĂ©e de l’existence d’IsraĂ«l, le ballet de jeunes enfants (Ă©videmment les “enfants” !) avec des clefs noirs et pour finir le “message de paix” de Mahmoud Abbas lancĂ© aux IsraĂ©liens devant les camĂ©ras mondiales, comme pour faire contraste avec la noirceur israĂ©lienne. Il aurait fallu que le pape se dĂ©place quelques mètres plus loin et consulte les manuels scolaires de l’AutoritĂ© Palestinienne, allume la tĂ©lĂ©vision palestinienne, lise la presse palestinienne pour savoir quel message d’hostilitĂ© contre les Juifs (c’est ainsi que sont appelĂ©s les IsraĂ©liens dans le langage courant) est constamment diffusĂ© dans cette sociĂ©tĂ©. L’esclandre fait par le cheikh Tamimi, chef des tribunaux islamiques de l’AutoritĂ© palestinienne - ce qui n’est pas rien - lors du “dialogue interreligieux” organisĂ© par le pape, est très significatif de l’état de l’opinion palestinienne. Ce partage entre un leader qui joue le rĂ´le de la modĂ©ration et l’autre qui incarne la guerre est un trait politique commun Ă  tout le monde islamique (Khamenei-Ahmadinejad en Iran). Le partage Hamas-AutoritĂ© Palestinienne s’inscrit dans un mĂŞme jeu politique. L’un parle Ă  l’Occident, l’autre Ă  l’opinion arabo-islamique.

Le discours médiatique

Le scĂ©nario retenu par le rĂ©cit mĂ©diatique Ă©tait dĂ©jĂ  prĂ©dĂ©terminĂ© par le rĂ©Ă©quilibrage qu’avait permis l’affaire Williamson. Les mĂ©dias avaient alors durement stigmatisĂ© le pape, alors qu’eux mĂŞmes sortaient d’une violente diatribe de plusieurs semaines contre IsraĂ«l du fait de la guerre de Gaza. La condamnation du pape Ă©quilibrait sur le plan moral (devoir de mĂ©moire oblige !) cette critique ressentie au fond comme abusive. En condamnant le pape, les mĂ©dias dĂ©montraient qu’ils condamnaient le nĂ©gationnisme et l’antisĂ©mitisme. C’est donc sur ce plan-lĂ  que le pape Ă©tait attendu en IsraĂ«l. Toutes les camĂ©ras et les micros furent braquĂ©s sur Yad Vashem et le rapport du “pape allemand” Ă  la Shoah. Le tournant radical pris par le Vatican Ă  Bethlehem fut Ă  peine remarquĂ©. Sans doute aussi parce que ce qui y fut dit correspond Ă  l’opinion commune de la sphère mĂ©diatique, si commune qu’on ne la remarque plus. Et l’on ne peut ignorer que peut-ĂŞtre aussi le pape a voulu se “racheter” auprès des mĂ©dias (en mĂŞme temps que de l’opinion musulmane) en adoptant le narratif mĂ©diatique sacro-saint de la cause palestinienne.

L’hémiplégie du leadership juif

De quoi se plaint-on devant un tel paysage ? Le leadership juif y a sa part. Voici une quinzaine d’annĂ©es, il a fait un choix stratĂ©gique catastrophique qui mène aujourd’hui les Juifs au bord de l’abĂ®me, en donnant Ă  accroire aux nations du monde que l’intĂ©rĂŞt suprĂŞme des Juifs Ă©tait la reconnaissance de la mĂ©moire de la Shoah. Depuis tant d’annĂ©es, des politiques entières, des budgets considĂ©rables, des littĂ©ratures immenses ont Ă©tĂ© consacrĂ©s Ă  cette cause aux dĂ©pens des intĂ©rĂŞts vitaux des Juifs, avant tout l’État d’IsraĂ«l comme entitĂ© souveraine, historique et politique, la survie des communautĂ©s juives non pas comme des conservatoires de la mĂ©moire mais des collectivitĂ©s vivantes, crĂ©atives, dĂ©fendant leurs intĂ©rĂŞts, dĂ©fendant et illustrant la culture du judaĂŻsme. Tous ces postes ont Ă©tĂ© abandonnĂ©s. Et l’on peut aller jusqu’à dire que la dĂ©saffection des Juifs, et notamment des jeunes, pour la vie juive en est la consĂ©quence la plus dramatique. Quelle espĂ©rance, quelle jouissance d’être ce judaĂŻsme-lĂ  a-t-il Ă  proposer aux jeunes gĂ©nĂ©rations ? Quelle grande Ĺ“uvre ?
La visite du pape nous donne Ă  le voir Ă  nouveau dans un mouchoir de poche. Je ne comprends pas la satisfaction que des reprĂ©sentants du judaĂŻsme affichent officiellement (4). Ils ne parlent que de la visite Ă  Yad Vashem et pas Ă  Bethlehem. Ils ne tĂ©moignent de souci que pour la mĂ©moire. Leur oreille est-elle sourde au discours palestinien du pape, ou finalement sont-ils d’accord avec ce partage entre le martyre pour les uns et la souverainetĂ© pour les autres ? Je sais que c’est le gage idĂ©ologique qu’il leur faut aujourd’hui donner pour accĂ©der Ă  la tribune mĂ©diatique sous peine d’être taxĂ© de tous les ismes possibles. Mais il faut avoir un peu plus confiance en la parole prophĂ©tique d’IsraĂ«l ! S’ils ne font pas entendre que le dialogue judĂ©o-chrĂ©tien ne peut se faire sur la base de la mĂ©connaissance de la condition de peuple des Juifs - la cible du nouvel antisĂ©mitisme et donc la chose la plus chère - on ne voit pas pourquoi l’Église le prendrait en compte. La mĂŞme chose vaut pour le dialogue judĂ©o-musulman avec le contentieux historique du judaĂŻsme sĂ©pharade. Le leadership juif a-t-il dĂ©jĂ  renoncĂ© Ă  IsraĂ«l pour conserver son influence ? Il court le risque de ne plus reprĂ©senter que lui mĂŞme.


Notes :
1 - Cf. mes blogs prĂ©cĂ©dents (« Un scandale qui tombe Ă  pic ») et plus gĂ©nĂ©ralement Les frontières d’Auschwitz, les dĂ©rapages du devoir de mĂ©moire, Livre de Poche Hachette, 2005.
2 - http://www.upjf.org/actualites/arti...
visite-pape-en-terre-sainte.html.
3 - Selon les remarques judicieuses rapportées par Nicolas Baguelin sur son blog (cité par Menahem Macina):http://pape-en-israel.blogs.la-croi...
4 - Le Figaro, vendredi 15 mai 2009.


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