Deux poids , deux mesures : Navon s’exprime devant la presse française

Traduction pour INFO’SION par L. C.

vendredi 8 mai 2009, par Desinfos

Emmanuel Navon est professeur de sciences politiques ŕ l’Université de Tel –Aviv. Il a été récemment interviewé par [RFI, ndlr], la grande station de radio française au sujet de la visite en France du [ ministre israélien des Affaires étrangčres, ndlr ] A. Liberman


J’ai été interviewé aujourd’hui sur RFI, Radio France Internationale. Le sujet était la prochaine visite d’Avigdor Liebermann à Paris. Cela s’est déroulé à peu près ainsi.

Question : Comment se fait-il que Lieberman ne soutient pas officiellement la solution de deux Ă©tats.

RĂ©ponse : Pourquoi IsraĂ«l soutiendrait-il une « solution » qui marche en thĂ©orie et pas en pratique, et est systĂ©matiquement rejetĂ©e par les Palestiniens ? Ils ont rejetĂ© la partition en 1937 et en 1947, n’ont montrĂ© aucun intĂ©rĂŞt Ă  l’établissement d’un Ă©tat entre 1949 et 1967, et ont rejetĂ© Ă  la fois les propositions de Camp David et les paramètres de Clinton. Actuellement ils sont en partie sous l’autoritĂ© du Hamas, qui refuse Ă  IsraĂ«l le droit d’exister, et par le Fatah, qui refuse Ă  IsraĂ«l le droit d’être un Ă©tat Juif. CrĂ©er un Ă©tat Palestinien alors que le Hamas a le dessus et que l’Iran est sur le point de devenir un Ă©tat nuclĂ©aire ouvrirait la voie Ă  la destruction d’IsraĂ«l, et pas Ă  la paix. Les Palestiniens doivent choisir entre le « droit de retour » et la « solution de deux Ă©tats ».Et ils ne seront pas enclins Ă  choisir le rĂ©alisme et le compromis tant qu’ils seront soutenus, stimulĂ©s et manipulĂ©s par un Iran nuclĂ©aire.

Un silence.

Question : Hmm. Bien, le refus de Liebermann d’accepter clairement un Ă©tat palestinien est probablement la raison pour laquelle il sera accueilli fraĂ®chement Ă  Paris. Bernard Kouchner ne donnera pas une confĂ©rence de presse avec lui. N’est-ce pas comprĂ©hensible ?

RĂ©ponse : Je ne me souviens pas que votre pays ait accueilli fraĂ®chement une personnalitĂ© officielle turque alors que son pays n’accepte pas la crĂ©ation d’un Ă©tat Kurde et ne met pas fin Ă  l’occupation de Chypre.

Un silence # 2 (légèrement plus long cette fois).

Question : Le PrĂ©sident Sarkozy ne recevra probablement pas Liebermann, Ă©videmment Ă  cause de ses positions. Comment le ressentez-vous ?

Réponse :Recevoir Muammar Gaddafi à l’Elysée n’a posé aucun problème à Sarkozy.
Quel est votre sentiment Ă  ce sujet ?

Un silence # 3(suivi rapidement d’un « merci beaucoup » qui voulait dire « je pense que nous en resterons lĂ . »

Liebermann est « coupable » de ne pas se conformer Ă  la « ligne ». Le fait que la »recette » de l’Europe pour la paix au Moyen-Orient ait continuellement Ă©chouĂ© depuis quinze ans n’est pas en question. Et l’idĂ©e qu’IsraĂ«l puisse aussi ĂŞtre intĂ©ressĂ© Ă  la paix (qui donc, bon
Dieu, fait-on sauter dans les bus ?) ne semble pas traverser l’esprit des europĂ©ens.

Mais l’Europe sent surtout qu’IsraĂ«l devrait goĂ»ter Ă  la mĂ©decine chinoise. Après tout, si les dirigeants europĂ©ens peuvent ĂŞtre rĂ©primandĂ©s par la Chine Ă  propos du Tibet et de TaĂŻwan, IsraĂ«l peut sĂ»rement ĂŞtre rĂ©primandĂ© par l’Europe Ă  propos de la West Bank ? La Chine a mis Sarkozy en quarantaine après qu’il ait reçu le DalaĂŻ Lama pendant que la France prĂ©sidait l’Union EuropĂ©enne. Le prĂ©sident Hu Jintao n’a acceptĂ© de rencontrer son homologue français au sommet du G20 Ă  Londres qu’après que celui-ci ait acceptĂ© de « reconnaĂ®tre » que le Tibet fait partie de la Chine.

Faire pression sur les europĂ©ens marche parce que les affaires sont les affaires. Pourquoi les TibĂ©tains ou les Kurdes ont-ils besoin d’un Ă©tat Ă  eux. Qui a besoin d’autodĂ©termination quand les intĂ©rĂŞts de l’Europe sont en jeu ? En fait, cette idĂ©e de « droits de l’homme » est vraiment europĂ©enne, et essayer de l’imposer Ă  d’autres cultures est encore une autre expression de l’arrogance et de l’impĂ©rialisme occidentaux (et ne vous avisez pas de rappeler Ă  ces ’chiffes molles’ que l’idĂ©ologie officielle du parti communiste chinois Ă©tait « made in Europe »). C’est pourquoi les sĂ©paratistes Kurdes, Irlandais et Basques ont le label « terroriste » dans les media europĂ©ens alors que les tueurs du Hamas sont surtout des » militants ».

L’Europe a le droit de placer ses intérêts avant ses principes. Mais qu’elle ne s’attende pas à ce qu’Israël mette sa sécurité en péril. Si le prix de la vérité, c’est d’être rembarré par des crétins hypocrites, que Liebermann ait donc le privilège d’être l’emmerdeur de la soirée dans les chancelleries européennes et de gâter les dîners à Bruxelles.


RĂ©action

Bonjour

Je suis tout Ă  fait en phase avec Emmanuel Navon sur l’hypocrisie des europĂ©ens qui mettent toujours en avant leurs « grands principes » sauf quand ces « grands principes » gĂŞnent les intĂ©rĂŞts Ă©conomiques de leurs marchands de canons et de TGV. RFI en bonne « voix de son maĂ®tre » Ă  savoirs les fonctionnaires tiers-mondistes du quai d’Orsay (au nom des droits de l’homme on vous dit !) n’échappe pas Ă  cette règle. Une des raisons de l’anti-amĂ©ricanisme des europĂ©ens vient justement du fait qu’à la diffĂ©rence des politiciens du « vieux continent », ceux des USA ont un vrai courage politique et ont montrĂ© Ă  de nombreuses reprises dans l’histoire qu’ils pouvaient mettre leurs intĂ©rĂŞts Ă©conomiques entre parenthèses pour ne pas renoncer Ă  leurs valeurs. Et cela, les europĂ©ens (qui eux ont souvent reniĂ© leurs valeurs dans l’histoire) ne le supportent Ă©videmment pas. Quand nos « humanistes » europĂ©ens parlent « d’impĂ©rialisme amĂ©ricain » (comprenez courage et loyautĂ© aux valeurs occidentales), ils expriment leur jalousie et leur frustrations face Ă  leur propre lâchetĂ©. Et cela les ennemis du monde libre que sont entre autres les « combattants » du hamas, hezbollah, talibans de toutes sorte le savent bien et profitent de ce renoncement des europĂ©ens Ă  leurs valeurs afin d’en exploiter toutes les failles. Il en est de mĂŞme pour les communautĂ©s immigrĂ©es musulmanes en Europe toujours plus revendicatrices qui ont bien compris qu’elles pouvaient tout obtenir de leurs hĂ´tes, prĂŞts Ă  cĂ©der sur tout pour avoir « la paix sociale ». En refusant ce renoncement (qui Ă  terme menace la survie mĂŞme de la civilisation occidentale), les Etats-Unis et IsraĂ«l jouent face aux europĂ©ens le rĂ´le « d’empĂŞcheurs de tourner en rond ». Cette piqure de rappel de Mr Navon devant la « presse française » n’était donc pas inutile.
Amitiés
Elie Tou...
Lyon


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