Pourquoi diaboliser Avigdor Lieberman ?

Par Guy Senbel pour Guysen International News

vendredi 8 mai 2009, par Desinfos

Cette semaine, nous souhaiterions attirer l’attention de nos lecteurs sur le drôle de procčs que fait la presse ŕ Israël et aux projets de son nouveau gouvernement. A moins qu’il s’agisse d’un procčs d’intention fomenté contre des hommes. D’ailleurs ce ne sont pas leurs idées qui seraient contestables, mais plutôt leur langage ou leur style. De ce point de vue, Lieberman n’a pas fini d’ętre diabolisé un peu partout.


QualifiĂ© de raciste par une presse engagĂ©e pour la cause palestinienne, on s’arrange pour faire de son dĂ©placement une « non visite », sans rĂ©el Ă©cho politique. « Un ministre raciste Ă  Paris » titrent certains, tandis que d’autres planchent sur « les palestiniens d’IsraĂ«l otages de l’extrĂŞme droite israĂ©lienne ». Le ministre israĂ©lien des affaires Ă©trangères propose pourtant une nouvelle approche du dossier palestinien, justifiĂ©e par les Ă©checs accumulĂ©s depuis le lancement du processus de paix en 1993.

Le gouvernement israĂ©lien reprĂ©sentĂ© par Lieberman a proposĂ© une nouvelle voie au cours de sa tournĂ©e europĂ©enne : prioritĂ© Ă  la sĂ©curitĂ© et amĂ©lioration de l’économie dans les villes palestiniennes de JudĂ©e et Samarie. La sĂ©curitĂ© qu’il Ă©voque n’est pas celle des IsraĂ©liens, mais celle des Palestiniens ; selon le gouvernement israĂ©lien, les services de sĂ©curitĂ© de l’AutoritĂ© palestinienne sont aujourd’hui insuffisants et mĂ©ritent d’être renforcĂ©s. VoilĂ  une proposition qui aura laissĂ© indiffĂ©rents les diplomates europĂ©ens, prĂ©occupĂ©s par le possible ralentissement du processus de crĂ©ation d’un Etat palestinien.

Pourtant, Avigdor Lieberman a toujours été favorable à la création d’un Etat palestinien. Rappelons aussi qu’en adhérant à cette option, il se fait davantage l’héritier des Travaillistes israéliens, traditionnellement favorables à une solution de deux Etats pour deux peuples, partisans d’une séparation d’avec les Palestiniens. C’est traditionnellement la droite politique en Israël qui était favorable à la cohabitation avec les Arabes. Difficile de qualifier d’extrême-droite la démarche d’un homme qui emprunte volontiers une voix de gauche, d’autant que la droite et la gauche en Israël s’accordent aujourd’hui pour considérer l’actuel président de l’Autorité palestinienne comme un partenaire valable pour la paix.

Avigdor Lieberman, homme politique à la communication provocatrice, cherche finalement à défendre une vision de la paix, celle d’un gouvernement légitime, issu d’une assemblée démocratiquement élue.

Lieberman a tort d’employer, pour construire ses discours, des expressions péjoratives ou grossières qui suscitent la polémique et finissent par occulter des idées nouvelles pour construire la paix, des idées qui mériteraient d’être présentées et débattues.

A l’évidence, l’opinion publique ne lui est pas favorable. Pourtant, « l’exigence de loyautĂ© » chère Ă  Lieberman n’est pas un slogan anti-arabe destinĂ© Ă  crĂ©er un ennemi de l’intĂ©rieur, pour mieux le combattre et renforcer la popularitĂ© de ses idĂ©es ; il n’essaie pas d’inventer une « cinquième colonne » (rappelons que l’expression est propre Ă  la culture politique imposĂ©e par le rĂ©gime soviĂ©tique, oĂą bien souvent les Juifs et les dissidents en tous genres jouaient le rĂ´le de bouc Ă©missaire…) qui dĂ©velopperait des propos racistes et arabophobes en IsraĂ«l.

La question de la coexistence judéo-arabe n’est pas apparue au lendemain de la guerre de 1967, elle n’est pas née du déplacement des frontières qu’elle a provoqué. Le problème de la loyauté des Arabes vivant en territoire israélien, qu’ils soient citoyens du pays ou non, se pose bien avant la création de l’Etat d’Israël en 1948. Il va s’en dire qu’elle réapparaît dans le débat public dès lors que les Arabes israéliens commettent des attentats, par exemple.

Dans son traitement de la « voie diplomatique » prĂ©sentĂ©e par Lieberman, la presse arabe ne se distingue plus vraiment d’une presse occidentale, qui attend souvent de saisir la toute dernière dĂ©claration tonitruante d’un responsable politique israĂ©lien, plus ou moins proche du gouvernement de Benyamin Netanyahou, pour dĂ©noncer un rĂ©gime d’oppression et d’inspiration raciste…

Il faudrait rappeler qu’IsraĂ«l est un Etat de droit, que le racisme y est un dĂ©lit, oĂą les contre-pouvoirs, les dĂ©bat ou les polĂ©miques existent bel et bien... Pourquoi oublier ces mots de Shimon PĂ©rès prononcĂ©s la veille des Ă©lections de la dernière Knesset : « Les Arabes, comme tous les citoyens du pays, ont des droits et des devoirs Ă©gaux »â€¦ Le PrĂ©sident israĂ©lien, au-dessus des partis cette fois, ne cherchait pas Ă  dĂ©flĂ©chir les tensions politiques ou Ă  influencer les Ă©lecteurs potentiels du parti d’Avigdor Lieberman, il indiquait simplement que, quels que soient les rĂ©sultats du scrutin lĂ©gislatif, les Arabes d’IsraĂ«l resteraient des citoyens israĂ©liens Ă  part entière.

La plaidoirie des IsraĂ©liens qui rĂ©pètent combien le problème iranien est prioritaire et qu’il facilitera le règlement de la question palestinienne, n’aura pas Ă©tĂ© suivie non plus. A Washington, Rome ou Paris, on pense l’inverse. Obama considère que la question du règlement du conflit israĂ©lo-palestinien Ă©tait le prĂ©alable nĂ©cessaire Ă  la paix au Moyen-Orient, laissant de cĂ´tĂ© la question de la nuclĂ©arisation de l’Iran, invitant de surcroit tous les pays Ă  « renoncer au nuclĂ©aire ». L’administration amĂ©ricaine impose sa propre hiĂ©rarchie des prioritĂ©s, une nouvelle feuille de route en quelque sorte, annoncĂ©e Ă  la confĂ©rence de l’AIPAC, par Joe Biden, le vice-prĂ©sident amĂ©ricain.

Le plan de paix qu’Obama prĂ©sentera au Premier ministre israĂ©lien le 18 mai prochain exige des leaders arabes qu’ils lĂ©gitiment IsraĂ«l aux yeux de leurs peuples en mettant notamment fin Ă  la propagande anti-israĂ©lienne, le plan prĂ©voit la libĂ©ration immĂ©diate et sans condition de Guilad Shalit et l’arrĂŞt des bombardements des organisations terroristes basĂ©es Ă  Gaza sur IsraĂ«l. En Ă©change, Biden demande « l’arrĂŞt de la dĂ©colonisation et le dĂ©mantèlement des avant postes », la libertĂ© de mouvement des Palestiniens et une solution Ă  deux Etats. Le vice-prĂ©sident a rappelĂ© que la crĂ©ation d’un Etat palestinien est une prioritĂ© amĂ©ricaine.

Il est regrettable que l’indiscutable pression des Occidentaux, Américains en tête, exercée sur Israël pour s’attaquer au plus vite à la question du chantier de la paix avec les Palestiniens, oblige à nouveau à conditionner la stabilité de l’ensemble de la région par le règlement de la question palestinienne.

Réduire la très sensible question de la sécurité au Moyen-Orient à la seule question de l’avenir des relations israélo-palestiniennes est une erreur, sans doute stratégique, et une forme de régression. Le Moyen-Orient modéré veut la paix, même si elle ne représente encore qu’un camp, celui de la modération, celui de l’ouverture au dialogue.

Ce soir, nous pensons à Guilad Shalit, soldat de Tsahal et citoyen français, otage du Hamas depuis 1049 jours. Ce soir, nous pensons aussi à Noam Adin Rechter Lévy, soldat de Tsahal assassiné dans la nuit du 6 au 7 mai à Bir Zeit, au nord de Ramallah.


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