Obama et le Moyen Orient

Par Guy Senbel pour Guysen International News

vendredi 1er mai 2009, par Desinfos

Cette semaine, nous souhaiterions attirer l’attention de nos lecteurs sur la politique étrangčre américaine au Moyen Orient depuis l’arrivée de Barack Obama ŕ la Maison Blanche, le 20 janvier dernier. Il y a 100 jours encore, Obama soutenait la « guerre mondiale contre le terrorisme ». Aujourd’hui, il prône « un monde sans arme nucléaire »…


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Un message soft et happy end destiné à Téhéran. Un message qui marque une rupture dans la diplomatie américaine au Moyen Orient. La possibilité envisagée par des experts américains d’ouvrir le dialogue avec le Hamas montre combien Obama cherche à instaurer une relation de confiance avec le monde arabe, et peut-être au détriment d’une lutte crédible et légitime contre le terrorisme.

En dĂ©clarant « JĂ©rusalem indivisible » au cours de sa campagne Ă©lectorale, Barack Obama Ă©tait allĂ© aussi loin que son rival McCain dans sa ferveur pro-israĂ©lienne. Cette dĂ©claration, Barack Obama l’avait faite Ă  l’occasion de son premier discours en tant que candidat dĂ©mocrate, le lendemain de son investiture. Devant l’AIPAC rĂ©uni en Congrès, il avait affirmĂ© un soutien inconditionnel Ă  IsraĂ«l : « Tout accord avec le peuple palestinien doit prĂ©server l’identitĂ© d’IsraĂ«l en tant qu’Etat juif, dotĂ© de frontières sĂ»res, reconnues et dĂ©fendables ».

Les dĂ©lĂ©guĂ©s de la puissante organisation pro-israĂ©lienne furent rassurĂ©s. Il y a un an encore, ils Ă©taient encore très nombreux Ă  montrer de sĂ©rieuses rĂ©serves. Proche de Jimmy Carter, très favorable Ă  la crĂ©ation d’un Etat palestinien, partisan du dialogue avec le Hamas, jusqu’en 2007, Barack Obama ne cachait pas ses faveurs politiques aux Palestiniens, « ceux qui ont le plus souffert », selon ses propres termes. Ses relations amicales avec le journaliste Ali Abuminah, cofondateur de « The Electronic Intifada » et chroniqueur au « Chicago Tribune », sĂ©vère Ă  l’égard de la politique amĂ©ricaine au Moyen Orient, n’avaient pas spĂ©cialement contribuĂ© Ă  l’identifier comme un inconditionnel soutien Ă  l’Etat juif.

« Je ferai en sorte qu’IsraĂ«l puisse se dĂ©fendre contre toute menace, de Gaza Ă  TĂ©hĂ©ran » avait-il promis au Congrès de l’AIPAC.

Depuis sa prise de fonction, la politique Ă©trangère amĂ©ricaine a radicalement changĂ©, de Gaza Ă  TĂ©hĂ©ran. La volontĂ© amĂ©ricaine de reprendre le dialogue avec l’Iran qui persiste dans sa course au nuclĂ©aire est assez troublante. Certains doutent de la stratĂ©gie. D’autres parlent de nouvelle mĂ©thode. Pourtant Ahmadinejad continue de nourrir chacun de ses discours d’une haine antisĂ©mite doublĂ©e de considĂ©rations antisionistes graves, puisqu’il appelle Ă  la disparition de l’Etat juif. L’homme qui a fermĂ© la prison de Guantanamo va Ă©tablir un dialogue avec un pays que dĂ©nonce la FĂ©dĂ©ration Internationale des Droits de l’Homme pour usage de la torture, pratique de la lapidation, et recrudescence des exĂ©cutions ; en Iran, les mineurs sont condamnĂ©s Ă  la peine capitale par des tribunaux. Ils sont exĂ©cutĂ©s le jour de leurs 18 ans.

MalgrĂ© la pression israĂ©lienne, la Maison Blanche refuse de fixer un dĂ©lai pour ses futurs engagements avec l’Iran. JĂ©rusalem craint que TĂ©hĂ©ran gagne un temps prĂ©cieux pour la rĂ©alisation de ses ambitions nuclĂ©aires. Washington a rĂ©pondu que ses efforts dans le sens du dialogue pourraient mĂŞme prendre « beaucoup de temps ».

Autre exemple de changement radical : la possible « reconsidĂ©ration » du Hamas par la Maison Blanche. Le « Los Angeles Times » du 27 avril annonçait que l’administration Obama avait demandĂ© au Congrès d’amender la loi amĂ©ricaine afin de permettre Ă  l’AutoritĂ© palestinienne de recevoir une aide Ă©conomique, dans l’hypothèse oĂą le Hamas rejoindrait le gouvernement ; jusqu’à prĂ©sent, le Hamas est considĂ©rĂ© par les Etats-Unis comme une organisation terroriste. Et Obama a prĂ©vu de verser 840 millions de dollars Ă  l’AutoritĂ© palestinienne, au titre de la reconstruction de Gaza. Dans la perspective amĂ©ricaine, un gouvernement palestinien d’Union nationale composĂ© du Fatah et du Hamas est une option plausible, confirmĂ©e par un rapport publiĂ© par « l’International Crisis Group ». Ce club de rĂ©flexion stratĂ©gique, destinĂ© Ă  prĂ©venir les conflits dans le monde, propose une approche occidentale plus souple Ă  l’égard du Hamas ; il serait inutile d’exiger du Hamas qu’il reconnaisse IsraĂ«l tant qu’un Etat palestinien n’est pas constituĂ©.

Partisan d’une sorte de « normalisation de Gaza » par une levĂ©e du blocus, l’International Crisis Group et son responsable pour le Moyen Orient, Robert Malley, un ancien conseiller de Bill Clinton toujours très influent sur l’administration amĂ©ricaine, considèrent que l’équipe actuelle en charge du dossier Ă  la Maison Blanche est encore trop conservatrice.

Obama veut concentrer l’essentiel des efforts sĂ©curitaires amĂ©ricains en Afghanistan et au Pakistan, oĂą sĂ©vissent les talibans, « le vrai danger pour l’AmĂ©rique » selon Obama. Il considère que la paix entre IsraĂ©liens et Palestiniens est la clĂ© principale d’une indispensable stabilitĂ© rĂ©gionale. Soucieux de changer de style et de mĂ©thode, prĂ©occupĂ© par le dĂ©sir de se distinguer de son prĂ©dĂ©cesseur, un PrĂ©sident aux accents de cow-boy parfois…, « l’Axe du Mal » n’est pas le genre de Barack Obama. Au risque d’oublier que le premier ennemi de la paix rĂ©gionale s’appelle le terrorisme ? Au risque d’oublier qu’il se dĂ©ploie comme une chaĂ®ne, solidaire de la violence ? A Gaza, Beyrouth ou Ă  Islamabad, le terrorisme emploie les mĂŞmes mĂ©thodes et poursuit les mĂŞmes objectifs. Attentats, enlèvements, instrumentalisation de l’Islam pour conquĂ©rir le pouvoir, ou le conserver. Mieux : le terrorisme palestinien est solidaire du terrorisme d’Al-QaĂŻda. Et les AmĂ©ricains ne devraient pas oublier les danses et les cris de joie de la rue palestinienne après les attentats du 11 septembre.

La recherche de la paix est en soi généreuse. C’est une vocation déclarée du Président Obama que de livrer bataille pour la fin du conflit israélo-palestinien au Moyen Orient. La sécurité demeure toutefois une priorité dans la région, une priorité pour Israël en particulier. La question du danger iranien est infiniment plus préoccupante pour la stabilité au Moyen Orient que l’éventuel rôle que Téhéran pourrait jouer en Afghanistan… C’est sans doute le message principal que livrera le Premier ministre israélien au cours de la visite officielle à Washington 18 mai prochain.

Benyamin Netanyahou évoquera également le dossier Guilad Shalit, soldat de Tsahal et citoyen français, otage du Hamas à Gaza depuis 1042 jours.

Ce soir, nous pensons aux parents de Guilad Shalit.

Ce soir, nous pensons aussi aux parents d’Ilan Halimi, jeune juif français assassinĂ© en tant que juif. Le procès des meurtriers, Youssouf Fofana et ses 26 complices du « Gang des Barbares », donne un nouveau spectacle de haine et de dĂ©solation. Tenu Ă  huis clos parce que deux des accusĂ©s n’avaient pas 18 ans au moment des faits, le principal accusĂ© a insultĂ© la famille d’Ilan Halimi, menacĂ© les jurĂ©s, et la cour, affirmant qu’il avait les moyens de mettre des tĂŞtes Ă  prix. La prĂ©sidente du tribunal aurait refusĂ© d’acter les propos de l’accusĂ©. Les avocats et des parties civiles ont quittĂ© la salle d’audience, pour se plaindre au parquet gĂ©nĂ©ral de la cour d’appel de Paris.


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