Durban 2 GenŤve : oý sont passťs les droits de l’homme ?

Par Richard Prasquier, prťsident du CRIF | Le Figaro

lundi 27 avril 2009, par Desinfos

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Le spectacle des 23 dťlťgations quittant la salle devant les outrances d’Ahmadinejad marquera la confťrence de GenŤve dite Durban 2. Ce sera l’un des moments symboliques d’une Organisation des Nations Unies qui en aura connu trop peu dans son histoire plus que sexagťnaire. Etait-ce un feu de paille ou -enfin- un coup d’arrÍt ?


De la r√©ponse √† cette question d√©pend l’avenir des Droits de l’Homme, les vrais, les urgents, les graves, les scandaleusement laiss√©s de c√īt√© depuis tant d’ann√©es en cons√©quence des escamotages, des d√©tournements et des collusions au profit des gouvernements les plus lourdement responsables des violations les plus graves. Un chiffre pour situer l’ampleur du d√©ni : d’apr√®s le juriste A.Dershowitz, les meurtres de masse de populations civiles auraient depuis 1945 tu√© 6 millions de personnes, environ le nombre de victimes de la Shoah ; les protestations de l’ONU furent quasiment inexistantes : Cambodge, Rwanda hier, Darfour aujourd’hui....

La r√©solution adopt√©e par la Conf√©rence de Gen√®ve est le fruit d’un tenace travail diplomatique. Pour qui a suivi les conf√©rences pr√©paratoires et lu les textes pr√©liminaires d’une accablante partialit√©, le r√©sultat, qui ne s’est dessin√© qu’√† la fin mars 2009, est inattendu. Les d√©mocraties, qu’elles aient quitt√© la conf√©rence de Durban 2 ou qu’elles aient menac√© de la faire, ont obtenu un texte en de√ß√† des « lignes rouges », en particulier la stigmatisation d’un Etat particulier et l’opposition √† la diffamation des religions. C’est un texte aseptis√©, ce n’est certes pas un bon texte. Il ne traite qu’√† la p√©riph√©rie les violences, mat√©rielles ou symboliques, faites aux femmes et aux enfants, formes les plus fr√©quentes de discriminations du monde d’aujourd’hui. Il ignore l’homophobie √† peu pr√®s compl√®tement. Il se r√©f√®re √† l’inacceptable r√©solution de Durban 1 que les Etats europ√©ens s’√©taient compromis √† signer et qui franchissait par anticipation les lignes rouges de Durban 2. Il ignore la sp√©cificit√© multiforme et la gravit√© historique de l’antis√©mitisme, mentionn√© une seule fois, au sein d’une bizarre formulation devenue canonique depuis Durban 1, stigmatisant « islamophobie, antis√©mitisme, christianophobie » (et antiarabisme (!). Depuis longtemps pourtant, et particuli√®rement aujourd’hui, l’antis√©mitisme n’exprime pas seulement un conflit religieux mais un choix politique d√©termin√© ou tol√©r√© par des Etats ou par des groupements id√©ologiques, quel que soit le nom qu’ils lui donnent. Il ne faut cependant pas minimiser les acquis de Durban 2, qui ne fut pas la r√©√©dition de son scandaleux pr√©d√©cesseur. Mais il faut rappeler qu’ils sont dus avant tout √† la fermet√© inhabituelle des d√©mocraties et, surtout, ces acquis ne doivent pas masquer l’√©chec dramatique d’un Conseil des Droits de l’Homme dont l’action devrait √™tre centrale pour la dignit√© des Nations Unies mais qui a enti√®rement failli √† sa mission. Un exemple tout r√©cent : le vote du Conseil, il y a trois semaines, en faveur d’un texte pr√©sent√© par le Pakistan, r√©it√©rant son hostilit√© √† la critique des religions. Les militants des Droits de l’Homme dans les pays islamiques savent mieux que d’autres comment le pr√©texte de critique de l’Islam est utilis√© pour √©touffer la libert√© d’expression. Ils sont parmi les plus fermes d√©fenseurs de l’id√©e que les Droits de l’Homme tels qu’ils ont √©t√© vot√©s en 1948 gardent leur universalit√© sans faire droit aux pr√©tentions int√©ress√©es √† des applications culturellement diff√©renci√©es ou pire encore √† leur subordination √† la loi religieuse. Et pourtant, en contradiction avec la r√©solution de Durban 2, ce texte a √©t√© adopt√© par le Conseil des Droits de l’Homme, malgr√© l’opposition des d√©mocraties, minoritaires ici comme ailleurs.

Car les pays votants du Conseil n’ont pas √† exciper d’une l√©gitimit√© particuli√®re en mati√®re de pr√©servation des libert√©s, ni de lutte anti-raciste. Ils ont √©t√© choisis en fonction de leurs alliances et non pas en fonction de leur valeur d’exemple. Il n’y a donc pas √† s’√©tonner -mais il y √† s’indigner- si √† la t√™te du Comit√© pr√©paratoire de la conf√©rence se sont trouv√©s la Libye, l’Iran, le Pakistan et Cuba‚Ķ

La d√©colonisation fut avec la guerre froide le grand √©v√©nement politique mondial des ann√©es qui ont suivi la guerre mondiale. Il n’y a pas √† douter de l’importance du racisme comme id√©ologie structurant la pens√©e coloniale. Dans les faits la d√©colonisation a eu lieu, le d√©veloppement √©conomique et social est devenu le souci essentiel des 192 pays membres des Nations Unies. Cr√©√© en 1955 sur la base de l’anticolonialisme, le mouvement des Non Align√©s s’est maintenu, alors m√™me que les blocs et le colonialisme ont disparu. Ses 118 membres (les deux tiers de l’Assembl√©e G√©n√©rale) continuent de manifester une solidarit√© de nostalgie. La moiti√© d’entre eux (57) appartiennent √† l’Organisation de la Conf√©rence Islamique, OCI, qui y a export√© √† son profit le th√®me de la centralit√© du conflit isra√©lo-palestinien. L’OCI l’avait elle-m√™me re√ßu des √©tats arabes, qui apr√®s les d√©faites de 1948, puis de 1967 ont cherch√© √† d√©tourner le ressentiment de leurs populations vers un bouc √©missaire commun, Isra√ęl. De solidarit√© de groupe √©troit en solidarit√© dans un groupe √©tendu ce conflit a monopolis√© de fa√ßon aberrante (au regard de l’ampleur des violations des droits de l’homme effectivement commises partout dans le monde) les organismes des Nations Unies et en a vici√© le fonctionnement. Sur 26 r√©solutions concernant des pays vot√©es en 2008 par l’ONU, 20 l’ont √©t√© contre Isra√ęl, aucune contre le Zimbabwe ou le Soudan, ou des milliers d’√™tres humains meurent √† cause des crimes de leurs dirigeants : ceux-ci b√©n√©ficient de relations internationales bien plac√©es et d’une solidarit√© sans faille des vieux combattants de l’anticolonialisme.

C’est ce syst√®me perverti qu’il faut remplacer, ce syst√®me qui traite avec tous les √©gards le Pr√©sident iranien au palmar√®s criminel et o√Ļ la pr√©sidente libyenne du Comit√© de la Conf√©rence pr√©paratoire coupe le m√©decin palestinien venu raconter sa captivit√© et les tortures subies avec les infirmi√®res bulgares accus√©es iniquement par le r√©gime libyen. « Hors de propos » a-t-elle dit : et bien justement non, c’est exactement cela les Droits de l’Homme et c’est pour cela que le d√©part des diplomates ne doit pas rester une simple image. Qu‚Äôil marque le d√©but d‚Äôune √®re, o√Ļ ceux qui s‚Äôexprimeront au nom des droits de l‚Äôhomme aux Nations unies en seront les authentiques d√©fenseurs et non pas leurs violateurs hypocrites.


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