L’exclusion des Juifs des pays arabes.

Paul Giniewsky

jeudi 1er avril 2004

Sous la direction de Shmuel Trigano, une quinzaine de politologues (spécialistes des relations israélo-arabes) dont Raphaël Draï, Raphaël Israéli, Ruth Lapidoth, André Nahum, etc. ont établi le dossier de l’autre exode" : la spoliation, l’expulsion, l’anéantissement des communautés juives des pays arabes.


Bat Ye’or montre dans son étude de la dhimma l’ancienneté de leur statut de toléré provisoires, soumis aux lois d’exception et aux brimades. Il y a six siècles déjà, les islamistes proclamaient leur « obligation de convertir tout le monde de bon gré ou de vive force ».

Au XIXe siècle, le mouvement « de renaissance sociale et religieuse, basé sur le passé religieux et »historiconational" des Arabes (Haïm Saadoun) conduira à une hostilité croissante envers les minorités juives qui culminera, à partir de 1948, à des violences populaires et des politiques antisémites d’Etat dans tous les pays arabes.

Dans l’ensemble des pays d’Islam, de l’Atlantique à l’Inde, on assistera désormais à la confiscation de biens juifs, à l’expulsion, aux assassinats qui pousseront des centaines de milliers de Juifs à l’exode.

Les études des spécialistes sont complétées par une série de « Témoignages du désastre », rapportés par des Juifs qui l’ont vécu dans leur chaire, en Egypte, en Irak, au Yémen, en Algérie, en Tunisie, en Libye.

La majeure partie des exilés ont émigré en Israël. Yéhouda Dominitz décrit les problèmes qu’il a fallu affronter pour les intégrer. LA société israélienne en a été profondément modifiée dans sa composition ethnique et culturelle.

La population se trouvait ainsi « directement issue de l’histoire et de la géographie du monde-islamique et non des camps de la mort européens, comme le veut le mythe dominant. Ainsi, écrit Shmuel Trigano, »la condition sépharade fut le témoin de l’intolérance et de l’exclusivisme propres aux nouveaux Etats arabes. La purification ethnique qui se produisit alors est inscrite dans l’acte même de leur fondation."

Les Etats arabes, responsables du problème des réfugiés juifs, sont également à l’origine du problème des réfugiés palestiniens. Ils ont provoqué leur fuite par la guerre qu’ils ont choisie de faire à l’Etat juif naissant, pour le déraciner dans l’œuf. Et ils ont encouragé la population arabe de Palestine à s’expatrier, lui faisant croire que son absence serait de courte durée.

Quand la guerre de 1948 se termina au désavantage des Etats arabes, le problème des réfugiés palestiniens, le seul qui domine aujourd’hui la scène politique internationale, a été instrumentalisé par les (ennemis d’Israël) en vue d’obtenir par la diplomatie ce qu’ils n’avaient pas pu obtenir sur le champ de bataille« , comme le dit Avi Beker : le submergement démographique d’Israël, grâce au retour des réfugiés dans leurs foyers. Les Nations unies ont joué un rôle particulièrement néfaste, en permettant la perpétuation du problème des réfugiés. D’une part, en consacrant des budgets énormes pour maintenir les Palestiniens dans les camps, au lieu de chercher à les réinstaller, comme on l’a fait pour les dizaines de millions de réfugiés dans d’autres régions du globe. D’autre part, en fermant les yeux sur la transformation des camps en »foyers et bases d’entraînement pour les unités terroristes de l’OLP".

Un ouvrage indispensable pour la compréhension d’une des principales composantes du contentieux israélo-arabe. (1)

Juif d’Orient et d’Occident en Israël

Les problèmes affrontés par les Juifs des pays d’Islam immigrés en Israël après son indépendance, sont traités par Véronique Poirier, docteur en histoire comparé des religions, dans Ashkénazes et Séfarades (2) où sont également étudiés comparativement leurs relations en France, dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Le « Second Israël » - on dirait aujourd’hui l’Israël d’en bas - a été parcouru, à l’origine, par des mouvements sociaux protesta-taires, qui ont atteint un degré conflictuel extrême résumé par le slogan « Orientaux, Palestine, même combat », et se sont traduits par un vote ethnique lors des élections.

Israël a cependant surmonté les difficultés matérielles nées d’un afflux massif d’une population séfarade, grâce à l’augmentation de la représentation des Orientaux au sein des instances dirigeantes« , à de gigantesques programmes de construction, à »l’intégration de la culture orientale dans les programmes scolaires", et par effort éducatif spécial dans les nouvelles villes de développement où les Juifs orientaux étaient concentrés, des bourses universitaires, etc.
Les situations conflictuelles et les tensions décrites par Véronique Poirier sont aujourd’hui largement dépassées. S’il subsiste des différences structurelles (les deux grands rabbins, ashkénaze et séfarade, par exemple) la fusion des multiples communautés de diverses origines qui composent Israël est très avancés, si l’on en juge notamment par la présence massive de Juifs d’origine orientale à tous les échelons des hiérarchies sociales et politiques, y compris l’armée et le gouvernement.


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