CONFERENCE D’EXAMEN DE DURBAN - POINT FINAL

Point de presse du porte-parole du Quai d’Orsay (extraits)

mercredi 22 avril 2009, par Desinfos

(Pouvez-vous nous donner des clarifications sur la position de la France ? Est-elle toujours prťsente ŗ la confťrence ou non ?)


Oui. Conform√©ment √† ce qui avait √©t√© convenu entre les ministres europ√©ens et compte tenu des propos inadmissibles, car extr√©mistes et haineux, du pr√©sident iranien, nous avons clairement marqu√© notre d√©sapprobation hier en quittant la salle. Nous n’avons pas pour autant quitt√© la conf√©rence. Notre pays, avec une tr√®s grande majorit√© de ses partenaires europ√©ens, continue de si√©ger √† la conf√©rence d’examen qui se d√©roule en ce moment √† Gen√®ve, avec une d√©l√©gation pour ce qui nous concerne conduite par notre ambassadeur aupr√®s des Nations unies √† Gen√®ve qui, d’ailleurs, aura l’occasion de prononcer une intervention dans le d√©bat pl√©nier, comme d’autres pays europ√©ens le feront, de m√™me qu’il y aura une d√©claration faite au nom de l’Union europ√©enne.

(Quels sont les points sur lesquels la France marque son d√©saccord ?)

Il faut bien voir deux choses.

D’une part, il y a une n√©gociation dans le cadre de la conf√©rence d’examen de la conf√©rence de Durban portant sur la lutte contre le racisme et toutes les formes de discriminations. Dans le cadre de ces n√©gociations, et gr√Ęce √† notre fermet√©, √† notre pugnacit√©, √† la position des Europ√©ens, nous avons obtenu un projet de d√©claration et de plan d’action respectant nos principes.

Il y a par ailleurs des tentatives, √† l’occasion du d√©bat pl√©nier qui s’est ouvert hier, de d√©naturer le sens de cette conf√©rence, d’instrumentaliser la r√©union √† d’autres fins que son objectif. Nous les avons clairement condamn√©es en quittant la salle au moment o√Ļ ces tentatives se sont concr√©tis√©es.

(Jean-Baptiste Mattei a √©t√© le premier √† se lever et √† quitter la salle. C’est lui qui menait le bal ? Comment cela s’est-il pass√© pour coordonner tout cela ?)

Vous savez que les ministres se sont entretenus au t√©l√©phone tout le week-end, qu’√† Gen√®ve, il y a √©galement une √©troite coordination, qui ne date pas d’hier et qui s’est manifest√©e tout au long du processus de n√©gociation des documents. Il y a eu un mouvement coordonn√© des ambassadeurs ou des chefs de d√©l√©gation europ√©ens, incarn√© notamment par notre ambassadeur.

(Je m’int√©resse beaucoup √† la tactique. Je me demandais comment cela s’√©tait pass√©.)

Nous √©tions convenus d’√™tre extr√™mement vigilants devant la premi√®re occurrence de d√©rapage ou de propos non acceptable. Il y a eu spontan√©ment, conform√©ment √† cette ligne et aux instructions donn√©es par le pr√©sident de la R√©publique et le ministre, pour ce qui nous concerne, le d√©part de la salle de nos ambassadeurs.

(Quel est le point qui vous a le plus choqu√©s dans les propos du pr√©sident iranien ? Est-ce que c’est la relation historique des faits de la cr√©ation d’Isra√ęl qui pose probl√®me ou est-ce que c’est la qualification d’Isra√ęl comme Etat raciste ?)

Je ne ferai certainement ni ex√©g√®se ni hi√©rarchie dans les propos tenus par le pr√©sident iranien. C’est un ensemble de propos qui sont inacceptables, inadmissibles, que nous avons condamn√©s. Vous avez vu le communiqu√© du pr√©sident de la R√©publique, vous avez vu la d√©claration de Bernard Kouchner, vous avez vu la r√©probation g√©n√©rale que ces propos ont suscit√©e. Je ne vais pas y ajouter ma propre appr√©ciation.

(Le ministre a fait une d√©claration aujourd’hui √† une radio fran√ßaise dans laquelle il critique implicitement les Etats-Unis sur un point tr√®s pr√©cis, c’est-√†-dire le fait que les Etats-Unis d’un c√īt√© boycottent la conf√©rence de Gen√®ve, mais de l’autre r√©it√®rent leur intention de dialoguer avec les Iraniens. Pouvez-vous nous expliciter la pens√©e minist√©rielle ? Quelle est cette position de critique ?)

Je n’ai pas interpr√©t√© cela comme une critique. Ce sont deux sujets distincts. Il y a la d√©cision de participer ou de ne pas participer √† la conf√©rence qui se tient en ce moment √† Gen√®ve. Nous avons pris la d√©cision d’y participer parce que nous consid√©rons que renoncer √† participer n’est pas une option, que la politique de la chaise vide n’est pas une option, qu’il nous faut porter notre message, nos principes, nos valeurs au sein de l’enceinte des Nations unies qui sont l’instance universelle d√©di√©e notamment √† la lutte contre le racisme et toutes les formes de discrimination. Nous avons, par notre participation, port√© nos valeurs et nos principes afin de ne pas laisser les extr√©mistes s’exprimer seuls.

S’agissant du dossier nucl√©aire iranien et comme nous l’avons toujours dit, nous sommes non seulement favorables au dialogue avec l’Iran mais nous en sommes l’un des acteurs √† travers le groupe E3+3. Nous avons salu√© la d√©cision des Etats-Unis de se d√©clarer ouverts au dialogue avec l’Iran. Je ne vois pas dans les propos du ministre la moindre critique sur cet aspect de la position am√©ricaine.


(Le ministre √©tait interrog√© pour savoir s’il y avait un paradoxe entre boycotter la conf√©rence de Gen√®ve et maintenir dans le m√™me temps l’offre de dialogue aux Iraniens et la r√©ponse quasi exacte a √©t√© « plus qu’un paradoxe, c’est une erreur ».)

Vous venez de rappeler les propos du ministre auxquels √©videmment je n’ai rien √† ajouter.

(Donc la critique n’est m√™me pas implicite. Elle est explicite.
C’est une critique claire de l’attitude des Etats-Unis qui d’un c√īt√© boycottent les conf√©rences auxquelles participe l’Iran et, de l’autre, poursuivent une politique de main tendue pour discuter d’autres sujets)

Je pense qu’il s’agissait de constater que notre position sur la participation √† la conf√©rence de Gen√®ve n’√©tait pas la m√™me.

(Est-ce que la France a bon espoir qu’un projet de d√©claration consensuel puisse voir le jour √† l’issue de cette conf√©rence ? Par ailleurs puisque nous sommes en conf√©rence d’examen est-ce que l’examen est positif ?
Est-ce qu’on est content de Durban I ou est-ce que vous voulez d√©j√† attirer l’attention sur quelques dysfonctionnements ?)

Sur la première question il y a un document issu du processus de négociation qui a été agréé à ce stade. Nous souhaitons que cet agrément soit confirmé le plus rapidement possible.

(Qui a donn√© son agr√©ment ?)

Les d√©l√©gations qui ont particip√© au processus de n√©gociation dans le cadre d’un comit√© pr√©paratoire. Le document doit maintenant √™tre soumis √† la Conf√©rence elle-m√™me. C’est dans le cadre de cette conf√©rence qu’il sera adopt√©.

(Est-ce que l’Iran a fait partie de ce comit√© pr√©paratoire ?)

Jusqu’√† pr√©sent, l’ensemble des d√©l√©gations qui ont particip√© √† la n√©gociation, y compris celle que vous mentionnez, n’ont pas √©mis d’objection au cadre agr√©√© dans la n√©gociation. Il appartient maintenant √† la Conf√©rence d’adopter formellement le document, ce que nous souhaitons puisque nous avons eu l’occasion de dire que ce document √©tait acceptable par nous et comportait un certain nombre de r√©affirmations de principes auxquels nous √©tions attach√©s, comme la n√©cessit√© de lutter contre toutes les formes de racisme et de x√©nophobie, y compris l’antis√©mitisme, le refus de toute n√©gation de l’Holocauste, ou l’absence de r√©f√©rence √† la notion de diffamation des religions.

Sur le bilan de Durban I, il y a eu dans la période qui a précédé la conférence qui se réunit actuellement un dialogue entre les délégations, un dialogue aussi des délégations avec les institutions des Nations unies en charge de la question de la lutte contre le racisme et la xénophobie, qui ont permis aux unes et aux autres de faire état de la manière dont les engagements et les principes agréés à Durban avaient été mis en oeuvre.

C’est ce que nous avons fait pour notre part en rappelant √† la fois ce qui a √©t√© accompli au niveau europ√©en, avec deux directives tr√®s claires et pr√©cises sur l’√©galit√© raciale et sur l’√©galit√© √† l’embauche, et ce que nous avons fait au plan national depuis 2001 sur les plans l√©gislatifs et r√©glementaires sur le plan institutionnel √©galement avec la mise en place de m√©canismes destin√©s √† renforcer notre lutte contre le racisme et les discriminations. Nous avons rappel√© notre coop√©ration et notre soutien aux m√©canismes des Nations unies qui sont en charge de ce dossier.

(Si je vous paraphrase cela signifie que chaque pays fait √©tat de ce qu’il a fait sur le plan national pour montrer qu’il est en conformit√© avec ce projet Durban I ?)

Et s’engage sur un texte qui doit √™tre agr√©√© dans le cadre de la conf√©rence d’examen.

(Est-ce qu’au cours de ces pr√©paratifs, de ces n√©gociations pr√©paratoires, il peut y avoir un Etat qui dit √† l’autre qu’il n’est pas conforme sur le plan national ? Est-ce que ce genre de chose a lieu ?)

Bien s√Ľr, il y a un dialogue permanent entre les d√©l√©gations lors de ces n√©gociations, et dans le cadre des Nations unies de mani√®re g√©n√©rale. Nous avons, comme d’autres, l’occasion d’exprimer notre appr√©ciation, positive ou n√©gative, sur telle ou telle situation. Nous l’avons fait et nous continuerons de le faire y compris dans le cadre des interventions qui auront lieu dans le d√©bat pl√©nier de la conf√©rence qui se tient actuellement √† Gen√®ve.

(Quelles sont les modalit√©s d’adoption du texte : l’unanimit√©, la majorit√©, la majorit√© qualifi√© ?)

C’est le consensus.

(Le consensus, c’est l’unanimit√© ?)

C’est la m√™me notion. Pour l’unanimit√© il faut un vote, pour un consensus on constate que tout le monde est d’accord.


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