Présentation du rapport sur l’antisémitisme dans l’Union Européenne 2002-2003 - Discours par Mme. Beate WINKLER, Directeur de l’EUMC

jeudi 1er avril 2004

J’ai l’honneur - et le devoir - de vous présenter aujourd’hui deux rapports sur l’antisémitisme dans l’Union européenne au nom de l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC).


Pour commencer, je voudrais dire que ces travaux considérables et uniques de recherche, les plus importants qui aient été consacrés à l’antisémitisme, indiquent clairement tout l’intérêt que l’Union européenne accorde à cette question. C’est la première fois dans l’histoire de l’Union européenne que des données sur l’antisémitisme sont collectées de façon systématique dans les 15 États membres de l’Union, sur la base de lignes directrices communes pour chacun d’eux, et sont validées par des universitaires indépendants.
C’est également la première fois que dans l’Union européenne deux rapports traitant d’un même sujet sous deux angles différents mais complémentaires sont publiés en même temps.
Il en ressort que nous sommes bien confrontés à un problème, mais pas un problème qu’une action concertée et efficace de l’UE et des États membres ne saurait résoudre.

Les rapports que je vais vous présenter contiennent des messages mitigés.


Pour commencer, il est clair que l’Europe connaît un problème d’antisémitisme dont les manifestations se sont accrues dans certaines parties de l’UE au cours des deux ou trois dernières années. Ces manifestations varient en fréquence et en gravité d’un pays à l’autre, mais elles sont suffisantes pour créer un sentiment de détresse chez bon nombre des Juifs (ils sont 1,5 million) qui vivent en Europe. Dans certains pays, la fréquence des incidents antisémites (violence, incendies volontaires ou insultes dans la rue) a augmenté. Toutefois, certaines autorités semblent ne pas vouloir reconnaître l’ampleur du problème faute de données officielles traduisant cette évolution. Dans de nombreux cas, les pouvoirs publics n’assurent pas un suivi des incidents antisémites, seules les ONG s’en chargent.
Mais il y a également des messages positifs. Il y a, dans l’UE, des pays dans lesquels ces incidents sont relativement peu nombreux et où la population juive ne considère pas que l’antisémitisme est un problème. Il y a également des pays où l’on a constaté un recul des comportements antisémites dans la population générale, surtout chez les jeunes. On constate également de plus en plus souvent la prise d’initiatives efficaces pour lutter contre l’antisémitisme, telles que des programmes à l’intention des enfants dans leurs premières années d’école, des initiatives de coopération entre groupes de Juifs, de Musulmans et de Chrétiens et, dans certains États membres, un durcissement de la législation contre les actes d’antisémitisme et leurs auteurs.

Deux rapports


Les deux nouveaux rapports donnent des informations complémentaires et s’appuient l’un sur l’autre. Le rapport principal « Manifestations d’antisémitisme dans l’UE » fait 344 pages et couvre les années 2002 et 2003, jusqu’en octobre. Il inclut les données les plus fiables (recueillies en 10 catégories) dont notre réseau d’information européen Raxen a pu disposer. Les 15 rapports nationaux ont ensuite été validés par un universitaire indépendant qui a évalué la qualité et la disponibilité des données et cherché à identifier d’éventuels points problématiques et d’éventuelles lacunes dans chaque pays.

Le deuxième rapport, « Perceptions de l’antisémitisme dans l’UE », est constitué par les résultats d’interviews menées auprès de 35 membres éminents de la communauté juive dans huit États membres. Il donne un aperçu des points de vue et des expériences de personnalités juives. Les interviews du deuxième rapport, forcément subjectives, ajoutent une dimension personnelle et complémentaire au contenu du rapport principal et confirment les craintes réelles de la communauté juive d’une résurgence de l’antisémitisme en Europe.

Principaux résultats :

Il n’est pas facile de généraliser la situation à l’ensemble de l’UE, ne serait-ce qu’en raison de la diversité des circonstances historiques et de la différence des systèmes de collecte des données, voire de leur absence. Nous pouvons néanmoins affirmer ce qui suit :

Nous espérons fermement que ces rapports stimuleront le débat public sur la question de l’antisémitisme en Europe et entraîneront la formulation de politiques efficaces dans l’ensemble des pays de l’UE. Il existe, dans un certain nombre d’États membres, de nombreux exemples de bonnes pratiques et de législations efficaces qui - si elles étaient appliquées dans toute l’Europe - devraient permettre de résoudre le problème.

Nous devons faire preuve de discernement et nous engager sans retenue. Il est important de prêter une oreille attentive aux craintes des communautés juives, mais nous devons également identifier l’origine de la haine manifestée par les auteurs d’actes antisémites et la traiter à la source.

Il faut que les leaders politiques de l’UE aient le courage de transformer leurs discours en actes, et il faut également que se créent de nouvelles coalitions entre politiciens, intellectuels, journalistes, enseignants et beaucoup d’autres pour vaincre la haine, la discrimination et l’exclusion. La lutte contre l’antisémitisme peut et doit être menée de front pour s’assurer que ce fléau n’aura plus jamais droit de cité en Europe. Pour nous, cela doit être bien clair : les Juifs - et les représentants des autres communautés ethniques, religieuses et culturelles, bien entendu ! - doivent être des membres appréciés et respectés de la société européenne et nous devons faire en sorte qu’ils puissent se sentir comme tels. Ensemble, nous devons vaincre l’opinion selon laquelle « il y a eux et nous ».

Si, comme je l’ai dit plus haut, nous ne pouvons pas agir sur les circonstances extérieures, nous pouvons faire en sorte que l’Europe réponde énergiquement et clairement à toute manifestation de l’antisémitisme au sein de l’Union. Avec une volonté politique claire soutenue par des mesures juridiques et administratives telles que celles que nous avons évoquées, tous les Européens, quelle que soit leur origine, auront les mêmes droits dans l’Union européenne. Cette dernière mettra tout en œuvre pour que ces droits puissent s’exercer sans heurt et qu’en Europe, les diverses communautés puissent paisiblement vivre côte à côte.
Nos mots d’ordre sont les suivants - crédibilité, honnêteté, transparence et compétence. Ce n’est qu’en garantissant que nos travaux répondent à ces impératifs que nous gagnerons la confiance des citoyens de l’Europe et que nous pourrons pleinement assumer notre tâche.

Dans l’accomplissement de cette dernière, nous tenons à remercier le Parlement européen, la Commission et le Conseil des ministres pour le soutien permanent qu’ils nous accordent - tant en termes financiers que politiques - et qui ne s’est jamais démenti. La décision prise en 2003 par les Chefs d’État européens de prolonger notre mission et de faire de l’EUMC un organisme de défense des droits humains pour l’Europe est pour nous un immense compliment que nous apprécions à sa juste valeur. Nous sommes convaincus que nous saurons nous montrer dignes du défi à relever.

Un conflit entre États membres est aujourd’hui inconcevable et c’est bien là la plus belle réalisation de l’Union européenne. Si elle pouvait maintenant faire en sorte que tout conflit entre groupes de citoyens européens soit également inconcevable, ses mérites n’en seraient que plus grands. Le respect des droits de chacun est la condition sine qua non d’un tel succès.

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