Nucléaire, l’année iranienne

Par Guy Senbel pour Guysen International News

lundi 13 avril 2009, par Desinfos

Cette semaine, nous souhaiterions attirer l’attention de nos lecteurs sur la maîtrise par l’Iran du dernier stade du cycle de production du combustible nucléaire ŕ partir d’uranium enrichi, annoncée et célébrée par le Président iranien jeudi 9 avril, au lendemain de la proposition de négociations formulée par les puissances occidentales, au lendemain de la proposition américaine de devenir un « partenaire ŕ part entičre » dans les négociations nucléaires avec l’Iran.


Prononcée à l’occasion de la journée nationale du nucléaire en Iran, alors qu’il inaugurait la première usine de combustion nucléaire près de la ville d’Isaphan, la déclaration de Mahmoud Ahmadinejad fera date. Non seulement parce qu’il se targue de franchir dans les temps les étapes prévues par le plan de développement de son industrie nucléaire, mais surtout parce qu’il répond à l’offre de nouvelles négociations auxquelles les Etats-Unis ont choisi de prendre part.

Mahmoud Ahmadinejad a acceptĂ© le principe de dialoguer et de nĂ©gocier, Ă  condition que ses interlocuteurs lui promettent « justice et respect »â€¦ « Des nĂ©gociations unilatĂ©rales, des nĂ©gociations sous conditions, des nĂ©gociations dans un climat de menace ne seront acceptĂ©es par personne », ajoute le PrĂ©sident iranien, qui rappelle que l’Iran a toujours Ă©tĂ© un pays ouvert au dialogue et aux nĂ©gociations. L’Iran serait ainsi fidèle Ă  sa ligne politique, mais ouverte Ă  la nouvelle diplomatie amĂ©ricaine.

Il s’agit en effet pour Washington d’une orientation diplomatique radicalement diffĂ©rente de celle prĂ´nĂ©e par l’administration rĂ©publicaine, qui avait dĂ©cidĂ© de rompre le dialogue avec TĂ©hĂ©ran et d’inscrire l’Iran dans « l’Axe du Mal ». Obama, qui tient Ă  afficher ses diffĂ©rences avec son prĂ©dĂ©cesseur Ă  la Maison Blanche, s’est engagĂ© Ă  Prague, dimanche 5 avril, Ă  lutter contre le « terrorisme nuclĂ©aire » ; l’objectif est de sĂ©curiser dans les quatre annĂ©es Ă  venir « tous les matĂ©riaux sensibles nuclĂ©aires dans le monde entier », un sujet que le PrĂ©sident amĂ©ricain maĂ®trise puisqu’il s’était impliquĂ© au SĂ©nat dans un programme de sĂ©curisation des arsenaux nuclĂ©aires de l’ex Union soviĂ©tique, aux cĂ´tĂ©s du RĂ©publicain Richard Lugar.
Dans son discours de Prague, Barack Obama n’a pas inscrit l’Iran sur la liste des pays responsables du « terrorisme nuclĂ©aire »â€¦ Pourtant, selon le rapport de l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique du 19 fĂ©vrier dernier, l’Iran aurait accumulĂ© suffisamment d’uranium enrichi pour produire au moins une arme nuclĂ©aire…

A quelques mois des Ă©lections prĂ©sidentielles iraniennes, la question de l’autonomie nuclĂ©aire est particulièrement sensible. Alors que certains opposants avaient reprochĂ© au PrĂ©sident iranien de prendre les risques isolationnistes d’une politique nuclĂ©aire agressive et provocatrice, l’invitation Ă  des nĂ©gociations directes faites par les Etats-Unis est une forme de succès diplomatique pour Ahmadinejad, qui est plus dĂ©terminĂ© que jamais Ă  inscrire au bilan de son mandat les « succès nuclĂ©aires » de son pays, vantant les « progrès accomplis », dont le fonctionnement de nouveaux types de centrifugeuses, d’une capacitĂ© « plusieurs fois supĂ©rieures » Ă  celles utilisĂ©es actuellement pour enrichir l’uranium ; le pays en compte dĂ©sormais plus de 7000.

L’Iran ne dispose plus seulement des matières premières, elle progresse également dans les technologies qui lui permettront de convertir l’énergie nucléaire à des fins militaires. L’usine inaugurée jeudi 9 avril par Ahmadinejad est capable de produire du combustible pour le réacteur à eau lourde d’Arak, destiné à produire du plutonium…

Malgré la proposition américaine de dialoguer directement avec l’Iran, le dossier nucléaire iranien ne cessera pas d’alimenter les inquiétudes de nombreux pays qui soupçonnent la République islamique de poursuivre son programme nucléaire à des fins militaires.

Menacé par l’Iran d’être rayé de la carte, Israël est au premier chef concerné par le risque de prolifération nucléaire. Jérusalem devra désormais compter sur une Amérique ouverte au dialogue avec le pays qui jure sa destruction, et qui se fait le champion du révisionnisme et de la négation de la Shoah.

A l’heure où le nouveau ministre israélien des Affaires étrangères rappelle que la Conférence d’Annapolis n’a pas été adoptée par le gouvernement israélien ni soumise à un vote à la Knesset, et alors que certains officiels israéliens déclarent que l’option militaire contre l’Iran existe, les relations diplomatiques israéliennes avec Washington risquent de se détériorer. Car si la paix au Moyen Orient est une priorité de la mandature d’Obama, la priorité du gouvernement de Benyamin Netanyahou demeure la sécurité des Israéliens.

Ce soir, nous pensons à Guilad Shalit, soldat de Tsahal et citoyen français, otage du Hamas depuis 1021 jours.


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