Un ťcrivain progressiste arabe : le rejet de la normalisation avec IsraŽl est d’une stupiditť inťgalťe

MEMRI - Middle East Media Research Institute

dimanche 12 avril 2009, par Desinfos

Dans un article datť du 26 mars 2009 et paru dans le journal en ligne progressiste Elaph, līťcrivain amťricano-jordanien Dr Shaker Al-Nabulsi fustige le refus des pays arabes de normaliser leurs relations avec IsraŽl. Il estime que l’Egypte et la Jordanie ont plus bťnťficiť des traitťs de paix avec IsraŽl qu’IsraŽl lui-mÍme, qu’IsraŽl est aujourd’hui dťsillusionnť et dťcouragť par l’attitude des Etats arabes ŗ son ťgard et n’est plus intťressť par la signature de traitťs de paix avec ces derniers. Extraits :


« Sans l’impudent n√©gativisme des Arabes, la r√©solution du probl√®me palestinien et la cr√©ation d’un Etat palestinien n’auraient pas √©t√© retard√©es de soixante ans »

"Le 26 mars 1979, l’Egypte et Isra√ęl ont sign√© un trait√© de paix. C’est ainsi que l’Egypte, le pays le plus grand et le plus important impliqu√© dans le conflit isra√©lo-arabe, est devenu le premier √† √©tablir des relations de paix avec Isra√ęl. Le monde entier a √©t√© pris par surprise, la rue arabe boulevers√©e, et les fondations du monde arabe et musulman se sont trouv√©es √©branl√©es. Ce bouleversement n’√©tait toutefois √† rien de plus que l’√©moi d’un troupeau de coqs tomb√©s dans une flaque d’eau bataillant pour s’en sortir et secouant leurs ailes pour se s√©cher. Les Arabes, qui ne sont pas habitu√©s aux tournants rationnels abrupts de la civilisation, on t perdu la t√™te. Ils ont oppos√© leur r√©sistance √† la paix imminente, incarn√©e par la personne de leur dirigeant courageux et rationnel : le pr√©sident Sadate, qui a permis √† l’Egypte de r√©cup√©rer tout ce qui avait √©t√© perdu avec les aventures politiques et militaires d’Abdel Nasser, lesquelles avaient caus√© destruction et d√©solation.

Bien que Sadate e√Ľt donn√© √† l’Egypte une place bien m√©rit√©e, aussi bien au Moyen-Orient que dans le monde, les Arabes ont √©t√© pris d’une rage folle qui ne connut pas de limites. Aujourd’hui, trente ans apr√®s le geste historique de Sadate, ils commencent √† revenir √† eux, √† regretter tout ce qu’ils ont fait √† l’Egypte, comme d’avoir rejet√© la paix [avec Isra√ęl]. Ils sont confondus de remords en pensant √† leur folie pass√©e : avoir expuls√© l’Egypte de la Ligue arabe (aussi connue sous le nom de « Caf√© des bouffons ») et avoir d√©plac√© les quartiers g√©n√©raux de la Ligue du Caire √† Tunis ; avoir boycott√© les Ňďuvres de Naguib Mahfouz et les films s’en √©tant inspir√©s ; avoir recouru √† toutes sortes de bas proc√©d√©s contre l’Egypte et l’avoir plac√© du m√™me c√īt√© de la balance que leur pire ennemi : Isra√ęl.

Les Arabes ont rejet√© la normalisation [avec Isra√ęl] parce que [s’ils l’avaient accept√©], cela aurait repr√©sent√© un [geste] positif, tandis que r√©sister √©tait un [geste] n√©gatif. Il est beaucoup plus simple de dire « non » en arabe, [vu que] les Arabes sont un peuple n√©gatif. Sans cet impudent n√©gativisme, la solution au probl√®me palestinien et la cr√©ation d’un Etat palestinien n’auraient pas √©t√© retard√©es de soixante ans. Les Palestiniens n’obtiendront jamais rien tant que les Arabes persisteront √† se montrer fanatiques et n√©gatifs, [n’auront pas] confiance en eux, continueront d’alimenter la culture de la guerre et se montreront incapables de d√©velopper une vision juste et r√©aliste de l’avenir."

« Dans le monde arabe, la culture de la paix est quasiment inexistante »

"Pourquoi les Arabes se sont-ils comport√©s de cette fa√ßon en 1979 et apr√®s ‚Äď comme s’ils √©taient domin√©s par des d√©mons ? La r√©ponse la plus √©vidente √† cette question est que, dans le monde arabe, la culture de la paix est quasiment inexistante, tandis que la culture de la guerre pr√©vaut, en raison des d√©clarations de dirigeants politiques malhonn√™tes faisant du soutien √† la lutte arm√©e une obligation. Dans leurs propres pays, ces politiciens endurent des probl√®mes politiques et sociaux, un d√©veloppement √©conomique [d√©ficient]. Cela les pousse √† soutenir la lutte arm√©e, afin d’√©loigner l’attention de leurs sujets des probl√®mes qui continuent de s’accumuler dans leurs pays (‚Ķ)

En outre, le soutien apport√© aux mouvements de r√©sistance rend un grand service √† ces r√©gimes, en ce qu’il rehausse leur puissance et leur influence tout en leur permettant de suspendre leurs probl√®mes vari√©s √† un seul et m√™me portemanteau : Isra√ęl et l’Am√©rique. Cela d√©sensibilise les masses et leur inculque l’id√©e que l’Occident et Isra√ęl sont faibles, qu’Isra√ęl dispara√ģtra dans un avenir proche et qu’une personnalit√© politique miraculeuse rendra de fa√ßon imminente leurs territoires aux Palestiniens. Ainsi, la culture de la paix n’existe pas dans ces pays, et ne peut y √™tre encourag√©e, en raison de l’absence d’√©ducation ou de m√©dias libres qui insuffleraient des valeurs humanistes aux citoyens. Celles-ci sont, ainsi que l’a montr√© Lafif Lakhdar, la colonne vert√©brale de la culture de la paix. Ces Etats n’enseignent pas plus √† la jeune g√©n√©ration √† penser ind√©pendamment, √† raisonner de fa√ßon r√©aliste et rationnelle, qu’ils ne leur enseignent √† se lib√©rer de l’obsession des affiliations [politiques] et des luttes religieuses."

« Cette politique idiote de rejet de la normalisation s’est av√©r√©e tr√®s avantageuse pour Isra√ęl »

"La politique consistant √† rejeter la normalisation avec Isra√ęl, poursuivie par les deux pays arabes ayant sign√© des trait√©s de paix avec lui (l’Egypte et surtout la Jordanie) est un crime politique hideux commis contre les Palestiniens, inconsciemment il est vrai, par les Arabes. Cette politique, promue par les courants islamiste et panarabe et par les partisans du rejet et de la duperie, est d’une stupidit√© et d’une imb√©cillit√© sans commune mesure. Cette politique idiote de rejet de la normalisation s’est av√©r√©e tr√®s avantageuse pour Isra√ęl :

1. Isra√ęl a √©t√© capable de transmettre √† l’opinion mondiale le message suivant : nous voulons la paix, mais les Arabes la refusent, alors m√™me que leurs dirigeants l’ont accept√©e.

2. Isra√ęl se pr√©sente comme un pays harcel√© n√©cessitant la protection de l’Occident et des Etats-Unis, vu que tous les Arabes sont contre lui. Ainsi, affirme-t-il, le soutien politique, financier et militaire qui lui est accord√© doit s’accro√ģtre plut√īt que diminuer ou cesser.

3. L’extr√™me droite isra√©lienne, sous la direction du Likoud et d’Isra√ęl Beiteinou, a prouv√© au monde qu’elle avait raison, tandis que le parti travailliste et ceux qui ont sign√© les deux trait√©s de paix avec les Arabes, se seraient leurr√©s et auraient commis une grave erreur. Cela a abouti √† un nombre accru de d√©clarations de la part de Netanyahu affirmant que le principe de « les territoires contre la paix » n’√©tait plus valide, et que si Isra√ęl acceptait aujourd’hui la paix, ce serait en √©change de la paix plut√īt que de territoires. Ce qui a pouss√© Netanyahu √† tenir de tels propos e st l’exp√©rience d’Isra√ęl de ces trente ann√©es pass√©es, c’est-√†-dire depuis le Trait√© de Camp David de 1979 : le rejet et la r√©ticence des Arabes, qui n’ont pas encourag√© Isra√ęl √† signer de nouveaux trait√©s de ce type."

« Isra√ęl est d√©sormais convaincu qu’un trait√© de paix avec les pays arabes ne vaut rien »

"4. Isra√ęl, son gouvernement, son opinion, sa Knesset et ses m√©dias, ont compris et sont maintenant convaincus qu’ [un] trait√© de paix avec les Arabes ne vaut rien, pas m√™me le papier sur lequel il est sign√©. Prenez l’exemple de l’Egypte. Ce pays a r√©cup√©r√© l’int√©gralit√© du d√©sert du Sina√Į ainsi que Taba, sans perdre un centime ou un soldat. En outre, non seulement les fonds qui auraient autrement √©t√© d√©pens√©s dans l’arm√©e et l’armement ont-ils √©t√© consacr√©s √† plusieurs projets de d√©veloppement, mais lors des trente ann√©es pass√©es, l’Egypte a aussi re√ßu des Etats-Unis une aide s’√©levant √† des centaines de milliards [de lires √©gyptiennes], (pr√®s de 50 milliards de dollars). En revanche, tout ce qu’Isra√ęl a re√ßu en √©change, c’est un appartement au Caire, qu’ils ont transform√© en ambassade, et o√Ļ l’ambassadeur [d’Isra√ęl] et le personnel se retrouvent prisonniers : ils ne peuvent se d√©placer que sous la protection des services de renseignement [√©gyptiens] et des gardiens de la s√©curit√©. Isra√ęl n’a pas le droit de participer √† la vie publique √©gyptienne, pas m√™me aux foires aux livres. En fait, Isra√ęl ne prend aucune part √† la vie publique √©gyptienne, ni √† la vie jordanienne d’ailleurs.

Comment peut-on s’attendre √† ce qu’Isra√ęl signe de nouveaux trait√©s de paix avec les autres pays arabes, et notamment avec la Syrie, apr√®s son exp√©rience am√®re avec l’Egypte et la Jordanie ? Et pourtant, sans paix et en d√©pit de tout ce qui a √©t√© dit ici, ces trente derni√®res ann√©es, Isra√ęl a progress√© au niveau politique, militaire, culturel et √©conomique, tandis que les Arabes sont √† la tra√ģne. La [politique] arabe consistant √† isoler Isra√ęl lui a donn√© de la force et l’ont pouss√© √† progresser. A l’exception de certains pays arabes, le monde entier reconna√ģt Isra√ęl. L’arm√©e d’Isra√ęl est de venue la plus puissante du Moyen-Orient. Son revenu annuel par t√™te en Isra√ęl a atteint 18 000 dollars, ce qui revient au revenu par t√™te de tous les pays arabes r√©unis, √† l’exception des Etats du Golfe. Au niveau culturel et scientifique, Isra√ęl se trouve parmi les premiers (‚Ķ) Trois de ses universit√©s (l’Universit√© h√©bra√Įque de J√©rusalem, l’Universit√© de Tel-Aviv et l’Universit√© de Ha√Įfa) figurent parmi les 20 meilleures universit√©s du monde, tandis qu’aucune universit√© arabe ne figure sur la liste des 400 meilleures universit√©s du monde (l’universit√© du Caire arrive en 401√®me position.)"

« Les succ√®s remport√©s par Isra√ęl peuvent √™tre attribu√©s aux √©checs et d√©faites des Arabes et des Palestiniens. »

Tout cela, Isra√ęl l’a accompli √† l’ombre de l’hostilit√© [des pays arabes] et de la guerre m√©diatique men√©e par les pays Arabes. Ainsi, quel int√©r√™t Isra√ęl a-t-il √† faire la paix avec les Arabes, paix illusoire et fragile, qu’il doit acqu√©rir au prix de territoires arabes pr√©cieux et qui, je le r√©p√®te, ne vaut m√™me pas le papier qui lui sert de support ? Nous pouvons donc conclure que les succ√®s remport√©s par Isra√ęl peuvent √™tre attribu√©s aux √©checs et d√©faites des Arabes et des Palestiniens. Si l’adversaire d’Isra√ęl n’√©tait pas les Palestiniens, avec leur direction l√Ęche et stupide, mais une autre nation, un Etat ind√©pendant aurait √©t√© √©tabli depuis longtemps.

[Qui sont ces dirigeants palestiniens ?] Haj Amin Al-Husseini (un √©tudiant d’Al Azhar qui a √©t√© exclu de l’universit√© en premi√®re ann√©e), Ahmad Al-Shuqeiri (un m√©diocre avocat), Yasser Arafat (un ing√©nieur des travaux publics travaillant pour la municipalit√© du Kowe√Įt) et Isma√Įl Haniyeh (un imam de mosqu√©e) tandis que du c√īt√© isra√©lien, il y avait Herzl (docteur en droit) et la famille Rothschild (le coffre fort du monde). Notons que les Rothschild ont accord√© √† Harry Truman deux millions de dollars pour sa campagne √©lectorale √† condition qu’il reconnaisse l’Etat d’Isra√ęl imm√©diatement apr√®s son √©lection, ce qu’il a fait. Puis il y a eu Ben Gourion, ce dirigeant hors pair qui a mis un terme au terrorisme sioniste de droite.

Quiconque lit mon livre Settlement Train ‚Äď A study in the Palestinian compromise, publi√© en 1986, s’apercevra que des occasions en or d’instaurer un Etat palestinien ont √©t√© manqu√©es par la direction palestinienne et arabe. Les dirigeants palestiniens ont pari√© sur la Guerre froide entre deux superpuissances, les Etats-Unis et l’Union sovi√©tique, sans anticiper l’effondrement du bloc des pays de l’Est. Ainsi, dans les ann√©es 1990, ils sont devenus d√©pendants des Etats-Unis. Mais les Etats-Unis s’√©taient d√©j√† alli√©s √† Isra√ęl au moyen de plusieurs trait√©s strat√©giques [√† partir de 1967], en faisant √† leurs yeux le 51√®me Etat des Etats-Unis.

En somme, comme nous l’avons montr√©, ce sont les Arabes qui ont b√©n√©fici√© de la paix partielle entre Isra√ęl et la Jordanie, tandis qu’Isra√ęl √©tait perdant. C’est pourquoi Isra√ęl ne signera pas de nouveau trait√© de paix avec les Arabes dans un proche avenir - et s’il en signe un, ce sera avec la plus grande prudence et en posant des conditions. Que la paix soit sur vous tous !"

(1) www.elaph.com, le 26 mars 2009


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