L’Autriche s’inquičte de ses imams

Christophe Danvers - Libération

mercredi 25 février 2009, par Desinfos

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Islam . Un professeur en religion islamique sur cinq ne serait pas convaincu par la démocratie.

Plus d’un cinquičme des enseignants autrichiens en religion islamique n’adhčrent pas ŕ la démocratie et 18 % d’entre eux approuveraient la mise ŕ mort d’un musulman apostat : les résultats de l’enquęte menée par le sociologue Mouhanad Khorchide, 37 ans, de confession musulmane, ont déclenché un tollé, aussi bien dans l’opinion qu’au sein de la classe politique autrichienne.


Plus d’un cinquième des enseignants autrichiens en religion islamique n’adhèrent pas Ă  la dĂ©mocratie et 18 % d’entre eux approuveraient la mise Ă  mort d’un musulman apostat : les rĂ©sultats de l’enquĂŞte menĂ©e par le sociologue Mouhanad Khorchide, 37 ans, de confession musulmane, ont dĂ©clenchĂ© un tollĂ©, aussi bien dans l’opinion qu’au sein de la classe politique autrichienne.

Mouhanad Khorchide, qui a lui-mĂŞme enseignĂ© la religion, tente depuis, en vain, de calmer la polĂ©mique, regrettant que la presse se soit uniquement concentrĂ©e sur les aspects les plus nĂ©gatifs. Il souligne que plus des trois-quarts des enseignants se sentent membres Ă  part entière de la sociĂ©tĂ© autrichienne, ou encore que seules 14 % des personnes interrogĂ©es estiment que les musulmans devraient rester entre eux afin de ne pas perdre leur identitĂ©. Mais l’auteur a du mal Ă  se faire entendre et voit mĂŞme le sĂ©rieux de sa recherche contestĂ©.

« BĂŞte fĂ©roce ». Autre victime, le ministère de l’Education, mis en cause pour son laxisme quant au recrutement et Ă  la formation des enseignants : un tiers d’entre eux ne se sentent pas Ă  la hauteur pour exercer leurs fonctions correctement, parce que sous-qualifiĂ©s ou ne maĂ®trisant pas assez l’allemand. Pire : parmi le personnel enseignant se trouvent certains Ă©lĂ©ments jugĂ©s extrĂ©mistes tels que Amir Zaidan, interdit d’enseignement en Allemagne, et qui dirige pourtant la formation continue des enseignants d’islam, ou encore l’imam Adnan Ibrahim, qui a rĂ©cemment comparĂ© IsraĂ«l Ă  « une bĂŞte fĂ©roce » lors d’un de ses prĂŞches.

Afin de couper court aux critiques, notamment de l’extrême droite, très présente sur la scène politique autrichienne, la ministre socialiste de l’Education, Claudia Schmied, tâche de se montrer ferme. Ainsi, un enseignant en religion islamique accusé d’avoir distribué des tracts à ses élèves les invitant à boycotter des entreprises juives, a été suspendu, avant de finalement démissionner. L’incident datait de la mi-janvier et n’avait d’abord entraîné aucune sanction disciplinaire, le ministère se déclarant dans un premier temps incompétent. Les enseignants en religion sont certes rémunérés par l’État autrichien, mais recrutés et formés par leur communauté religieuse respective, jusqu’à présent seule garante de la qualité de l’enseignement prodigué.

Le gouvernement de grande coalition, réunissant sociaux-démocrates et conservateurs, a ainsi décidé d’imposer un test obligatoire en langue allemande pour tous les enseignants en religion islamique ainsi que la possession d’un diplôme universitaire européen. En outre, le contrat de travail de ces enseignants va spécifier qu’ils doivent promouvoir les valeurs de la démocratie et de la Constitution autrichienne.

Malaise. L’enseignement religieux est obligatoire dans les Ă©coles publiques autrichiennes depuis 1982. Chaque Ă©lève suit des cours correspondants Ă  sa confession, et des cours d’éthique sont proposĂ©s aux non croyants. MĂŞme si des voix se font entendre pour la suppression de cette matière, les Ă©vĂ©nements de ces dernières semaines ne devraient pas remettre en question un enseignement dĂ©fendu bec et ongles par le parti conservateur (Ă–VP), et auquel, pour l’heure, mĂŞme les socialistes ne souhaitent pas s’attaquer. Reste que le dĂ©bat Ă©gratigne un peu plus l’image des musulmans en Autriche. Si l’islam est religion reconnue depuis une loi de 1874, elle reste souvent perçue comme une menace pour les valeurs occidentales. L’Autriche demeure ainsi farouchement opposĂ©e Ă  l’adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’Union europĂ©enne. En outre, un tiers des Autrichiens a votĂ© pour l’extrĂŞme droite lors des Ă©lections lĂ©gislatives en septembre. L’enquĂŞte semble d’ailleurs confirmer ce malaise : près de la moitiĂ© des enseignants en religion islamique juge les Autrichiens xĂ©nophobes.


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