Gaza : la colombe, le faucon et le vrai con

Edito de Philippe Val - Charlie Hebdo

mardi 13 janvier 2009, par Desinfos

La tragédie qui se déroule au Moyen-Orient joue un rôle d’exutoire. Les passions qu’elle déchaîne hors de son périmètre, bien que manifestant une solidarité légitime aux victimes palestiniennes, prennent la forme, non d’un désir de paix, mais, au contraire, d’un encouragement à la radicalisation. Autant je comprends que les soutiens aux négociateurs et aux dirigeants palestiniens du Fatah aient pu prendre des formes radicales, autant je n’arrive pas à comprendre que ces soutiens n’aient pas jugé utile de nuancer leur position dès lors qu’il s’est agi du Hamas et du Hezbollah.


Car la situation, en vingt ans, a beaucoup changé. Et, le plus froidement possible, avant d’emboucher les trompettes de l’indignation et de la vengeance, il faudrait peut- être faire un état de la situation nouvelle. Le but n’est pas de faire plaisir aux belles âmes, mais de comprendre les données du problème afin d’en imaginer les solutions. En clair, le but, c’est d’avancer, non vers la victoire d’un des deux camps, mais vers la paix pour les deux populations. Évidemment, il est beaucoup plus facile de penser la victoire du bien contre le mal, il suffit d’inverser les termes imposés par le plus médiocre des présidents américains. Mais on ne lutte pas contre la vision du monde de Bush en lui opposant une médiocrité symétrique. En définissant comme « mal » la barbarie des intégristes musulmans et comme « bien » son incom- pétence criminelle, il a incité une masse d’imbéciles à définir sa stupidité comme « le mal » et les intégristes musulmans comme « le bien ». Sortir de ce piège est une priorité. Voici donc, bien modestement et sans prétention d’exhaustivilé, quelques points qu’on devrait peut-être prendre en considération avant d’ouvrir les vannes des bons sentiments et des passions.

1. En France, d’abord. Le soutien aux Palestiniens était encadré par des partis ou des associations tels que le PC, le MRAP, la LDH, les Verts, la LCR, dont le logiciel était encore celui de la guerre froide. Pourtant, les Soviétiques eux-mêmes, en 1979, avaient senti le danger, et, à tort ou à raison, avaient envahi l’Afghanistan. En face d’Israël, il y avait un parti palestinien laïque. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Aujourd’hui, en face, on a deux mouvements intégristes, le Hezbollah et le Hamas. Et désormais en France dans les manifestations, le gros des troupes est constitué de radicaux qui veulent détruire Israël au nom d’Allah. Ce n’est plus du tout la même chose. Et le PC, le MRAP, les Verts et les autres se trouvent désormais, non plus à la tête de la contestation d’une politique, mais débordés et mêlés à des manifestants qui n’ont plus rien à voir avec le programme écologiste, communiste ou antiraciste. Qu’ont en commun ces partis de gauche avec des mouvements religieux, racistes, millénaristes, apocalyptiques et totalitaires ? Leur répugnance à se démarquer de tels compagnons de route relève soit de la bêtise, soit d’une démagogie qu’ils paieront cher.

Mais la situation est affreusement compliquée. Des élections auront lieu en Israël dans quelques semaines. La droite de Netanyahou est en bonne place. Et c’est une catastrophe annoncée par sa vision de la situation, laquelle n’a rien à envier à celle de Bush. Le déclenchement de la guerre contre Gaza fait mécaniquement remonter les chances de Tzipi Livni et met le parti centriste Kadima en position de gagner les élections. Or, c’est le seul parti qui veut et qui peut mener une politique aboutissant à l’échange des territoires occupés contre la paix. La guerre de Gaza présente la double face d’être à la fois un échec militaire probable et la possibilité d’une réussite politique. Même si c’est immoral, la guerre qui se mène aujourd’hui est électorale. Elle a également pour but, en affaiblissant le Hamas, de renforcer l’Autorité palestinienne et Mahmoud Abbas. En ce sens, Israël est en train de faire la guerre que l’Autorité palestinienne n’a pas les moyens de mener. Toute guerre est ignoble, mais elle est encore plus ignoble quand ses fins le sont aussi. Lequel des deux protagonistes envisage le meilleur avenir ? C’est la question.


NDCID : Philippe Val vient de publier chez Grasset :

« Reviens, Voltaire, ils sont devenus fous »

Il y revient notamment sur l’affaire des caricatures de Mahomet


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