Ambassadeur d’Israël : « L’Egypte est la cheville ouvrière d’un règlement »

Par Marc Etcheverry, L’Express

jeudi 8 janvier 2009, par Desinfos

Tirs de roquettes depuis le Liban, risques d’escalade, rôle de l’Egypte dans le réglement de la crise, véritables objectifs de l’armée israélienne : l’ambassadeur d’Israël en France, Daniel Shek, fait le point pour LEXPRESS.fr sur l’offensive menée à Gaza.


Ce matin, des roquettes ont été tirées en direction d’Israël depuis le Sud-Liban. Est-ce qu’un groupe d’activistes peut agir ainsi, sans que le Hezbollah ne soit au courant, et laisse faire ?

Cela me paraît évident que non. Le Hezbollah contrôle le sud du Liban et Hassan Nasrallah, son chef, ne cesse de s’en vanter. Je n’ai pas la signature des auteurs de ses tirs, s’ils sont des membres du Hezbollah ou non, mais si vous écoutez la rhétorique de Nasrallah de ces derniers jours, il me semble assez facile de faire le lien. La culpabilité effective, ou du moins la culpabilité morale, repose sur les épaules du Hezbollah. Cela dit, il est assez clair, et le gouvernement libanais l’a dit lui-même, que c’est en flagrante contradiction avec les intérêts de l’Etat libanais et il s’agit vraiment d’un acte de grande irresponsabilité.

Que va faire Israël ? Va-t-elle s’en tenir à de simples frappes localisées ?

Pour le moment, j’espère que ce n’est, pour les auteurs des attaques, qu’une manière de montrer leurs muscles, pour ne pas être accusé de rester en dehors de ce conflit. Si cela devient quelque chose de récurrent, je pense que le Liban et le Hezbollah peuvent compter sur une riposte extrêmement sévère.

Le scénario d’un second front avait-il été prévu par votre gouvernement ?

Prévu, sinon pris en considération. Le lien entre les deux est évidemment très simple, c’est l’influence iranienne, qui est présente à la fois à Gaza au travers du Hamas, et au Sud-Liban à travers le Hezbollah.

Pour en revenir à Gaza, et à l’heure actuelle, quelles sont les conditions posées par Israël pour arrêter les combats ? Quand est-ce que les objectifs seront considérés comme atteints ?

Depuis huit ans, une partie de plus en plus grande du sud du pays, n’arrive pas à mener une vie normale, à cause d’une menace incessante des tirs de roquettes. Beaucoup de moyens ont été déployés, des moyens diplomatiques, des moyens militaires, le retrait de Gaza, la trêve de six mois. Beaucoup de chose ont été tentées, et malgré la disponibilité d’Israël à prolonger cette trêve, le Hamas n’en a pas voulu.

Pour qu’il y est un vrai changement, il faut deux choses : premièrement, un arrêt complet et à long terme des tirs de roquettes ou d’autres actes terroristes, en trouvant un mécanisme plus abouti qu’une simple promesse du Hamas et en impliquant d’autres acteurs de la région.

Deuxièmement, la sécurisation de la frontière entre l’Egypte et Gaza, car sur cette ligne de 15 kilomètres, il y a des centaines de tunnels qui ont servi de moyens d’acheminement pour de nombreuses armes et munitions. Au lieu de servir aux Palestiniens et au Hamas, pour développer l’économique, cette trêve de six mois a servi essentiellement à tripler la portée des engins à disposition et à en tripler également la quantité.

Justement, comment Israël pourra s’assurer de l’imperméabilité, à long terme, de la frontière entre l’Egypte et Gaza en matière de flux d’armements ?

C’est l’Egypte qui est la cheville ouvrière de tout ça, car cela se passe sur son territoire. Les tunnels émanent du sol souverain égyptien, donc de sa responsabilité. Maintenant est-ce qu’elle doit le faire seule, c’est une autre question. Cela fait partie des discussions enclenchées depuis hier.

Cela veut donc dire que jusqu’ici, l’Egypte n’a pas fait son travail en matière de sécurisation de la frontière ?

L’Egypte n’a certainement pas fait suffisamment et ce que l’Egypte a fait n’a pas eu d’effet. Il y a une libre circulation des armes. La promesse d’un engagement du Caire dans ce domaine nous a été donnée depuis longtemps. C’était une des bases, d’ailleurs, de la trêve conclue il y a six mois. Aujourd’hui il faut donc aller au-delà des promesses. Nos interlocuteurs français, qui ont parlé longuement avec les Egyptiens, nous ont fait part d’une évolution dans l’attitude de ces derniers sur le sujet.

Si les efforts diplomatiques échouent, est-ce qu’Israël est vraiment prête à rentrer dans la phase 3 (pénétration au sein des zones les plus peuplées), en risquant de voir se répéter le scénario du Liban de l’été 2006 ?

Chaque décision, qu’elle soit politique ou militaire, comporte des risques. Il y a un risque qu’un conflit trop long se retourne contre nous, et il y a aussi un risque qu’un conflit trop court ramène rapidement à la situation de départ. Il est clair qu’il y a tout un éventail d’options pour les dirigeants.

Les premières phases ont eu des résultats importants, les infrastructures et les militants du Hamas ont reçu un coup sévère. Mais ça n’a pas pu être décisif. Puisque l’objectif de ramener la tranquillité dans la sud d’Israël n’a pas été atteint, et faute d’autres options pour le moment, je suppose que l’opération va se poursuivre.

Quel est le projet d’Israël pour Gaza, une fois ses objectifs accomplis ? Le retour du Fatah ?

Nous avons quitté Gaza, il y a trois ans, en laissant toutes les infrastructures agricoles et industrielles, et en espérant que ce territoire devienne une sorte de modèle de l’indépendance palestinienne. On disait toujours : « C’est la faute de l’occupation. » Mais maintenant il n’y a plus d’occupation. Malheureusement, ce sont les plus extrémistes qui ont pris le pouvoir, par un coup d’état militaire en virant le gouvernement légitime de l’Autorité palestinienne.

Le gouvernement légitime à Gaza comme en Cisjordanie est celui de l’Autorité palestinienne. Moi, je souhaite le retour du Fatah. Il est clair que les gens du Hamas ne sont pas nos interlocuteurs préférés. Ils ne sont d’ailleurs pas du tout considérés comme des interlocuteurs.

Mais est-ce que le retour du Fatah, derrière les chars de Tsahal, n’aurait pas pour conséquence une nouvelle instabilité politique dans la bande de Gaza. Un gouvernement d’union nationale serait-il une solution viable, et acceptée par Israël ?

L’expérience que nous avons eue avec le gouvernement d’union nationale précédent n’était pas terrible car le Hamas s’opposait à des négociations avec Israël. Il faudrait que ce soit sacrément différent pour que cela soit viable. Mais je ne pense pas que cela arrivera. Les gens du Fatah ont posé des conditions très claires pour la reprise d’un dialogue avec le Hamas, notamment le retour au statu quo ante, avant le coup d’état.

Le 10 février prochain, auront lieu des élections législatives en Israël. Certains des candidats sont aussi ceux qui sont à la tête de l’opération israélienne à Gaza, au sein du gouvernement. Ne peut-on voir également dans cette action, une logique politique ?

Bien sûr que non. Les gens appellent cela une offensive. Mais ce n’en est pas une, c’est un acte défensif. Ce n’est pas nous qui avons initié cela. C’était le choix du Hamas. Si quelqu’un pense que le bombardement systématique d’un million d’Israéliens, qui doivent vivre dans les abris plutôt que dans leur chambre à coucher, n’est pas un argument suffisant pour qu’un gouvernement décide de répliquer, c’est qu’il vit dans un monde idéaliste.


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