Des larmes aux reflets d’argent

Albert Capino

jeudi 26 février 2004

Le sujet épineux de la cruci-fiction créée par Mel Gibson a fait sa première victime : « à Wichita, au Kansas, une femme d’une quarantaine d’années a succombé à une apparente crise cardiaque en pleine séance, au moment de la scène de la crucifixion, a rapporté une chaîne de télévision locale. »


Des larmes devenues fatales.

Mais au-delà des passions, celle du Christ et celle que soulève le film, se profile une gigantesque opération de marketing.

Gibson a savamment fait monter la pression, alternant les cris d’orfraie, hurlant à la « censure » (ça vous rappelle quelqu’un plus près de chez nous ?), se défendant d’être antisémite (« c’est contre ma religion »), mais faisant étrangement abstraction des conséquences pouvant résulter dans l’esprit de ceux qui visionneraient son film au premier degré.

Des salles multiplexes au Texas jetaient de l’huile sur le feu en proposant des projections gratuites simultanément sur une vingtaine d’écrans et en conviant des groupes religieux à des séances spéciales. Le début du Carême, période de pénitence commençant par le mercredi des cendres, n’a pas été choisi innocemment pour débuter la programmation du film dans 4.000 salles aux États-Unis.

Manque pas d’air, Gibson.

Que Mad Max ait viré sa cuti dans un élan mystique laisserait assez indifférent si ce n’était que, derrière la « Passion du Christ » selon Gibson, il y a une gigantesque mystification. Doublée d’une performance : faire en effet ingurgiter quatre heures de projection d’une violence inouïe, en araméen de surcroît, n’était certainement pas à priori du goût du spectateur américain moyen.

La succession des épisodes de « L’arme fatale I, II, III et IV » ayant lassé le public, il semblerait que le beau Mel ait trouvé la parade, transformant au passage les larmes du Christ en une pluie de dollars, sur le dos des Juifs.

Et tant pis pour les pots cassés… À quand la « Passion II » ?

Albert Capino


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