Antisémitisme : Les limites d’une réflexion tronquée. (2ème partie)

Stéphane Juffa © Metula News Agency

vendredi 6 février 2004

Les incidents à caractère raciste qu’a subis Shirel se sont déroulés à Mâcon et pas à Dijon, comme je l’ai écrit par erreur dans la première partie de cet article. Au temps pour moi. Voilà ce qui arrive lorsque j’oublie de prendre régulièrement mes pilules contre les méfaits de l’âge…


A quarante-six ans, c’est un brin précoce j’en conviens mais je dois constater que je me mets à commettre une bourde d’inattention dans chacun de mes derniers papiers. A moins que ce ne soit l’air tourmenté qu’on respire dans cette contrée qui pousse à perdre le sens des détails ?

Ceci écrit, à part pour les Dijonnais que j’ai impliqués à tort et pour l’exactitude de mon compte rendu, à part de mélanger la moutarde et le Mâcon-fuissé ou le Chardonnay - bien que cela donne des sauces remarquables -, cela ne change rien à notre histoire. Je vous disais donc, que l’accusation de communautarisme dont les médias nationaux fustigent le courant hyper majoritaire des Juifs de France est incompatible avec le désir exprimé par les cadres politiques de lutter contre l’antisémitisme. Pour autant qu’ils ne complotent pas contre la République et qu’ils ne dénigrent pas ses valeurs (ce qu’ils n’ont jamais fait), les Israélites disposent du droit imprescriptible à toutes les empathies et le seul fait de critiquer ce droit, lorsqu’il ne s’exprime dans le même sens que la pensée unique en vigueur, dénote déjà d’une démarche teintée d’antisémitisme.

Le temps des rumeurs

Que dire alors de l’accusation portée contre les Juifs de paranoïa collective, relevée dans nombre de parutions nationales, sinon qu’en plus d’être pathologiquement inepte, d’être une répétition à l’identique d’épisodes particulièrement ignominieux de l’histoire de l’intelligentsia française, elle procède d’une stigmatisation sans scrupules d’une composante honorable et fidèle des minorités ethniques et religieuses de l’Hexagone. Des articles tels que ceux de Dominique Vidal dans le Monde Diplomatique, dans lesquels ce fils de déporté accuse les intellectuels de sa race, toutes tendances politiques confondues, de se liguer afin de défendre la politique d’Ariel Sharon, doivent être considérés pour autant de brûlots, dénués de tout fondement factuel, dont la tournure propagandiste participe à inciter à la haine ethnique.

Lire ensuite que l’Association des Amis du Monde diplomatique a créé le Prix des Amis du Monde diplomatique - contre la pensée unique est de nature à faire tomber les chaussettes d’un cornemuseur écossais. C’est un peu comme si Primo, l’Association des Amis de la Ména, avait participé à l’élaboration du Prix Goebbels, d’abjecte dénomination, contre la désinformation. C’est à placer Mâcon au Sud de Bagdad…

On l’aura compris, le conflit du Proche Orient est bien au centre de la polémique qui a conduit certains intellectuels français à l’égarement - en haut de la cascade - et des énergumènes incultes à aboyer « sales Juifs ! » lors de manifestations, au fond de la rivière. C’est aussi, quand des directeurs de journaux influents pétitionnent afin de demander le droit de critiquer Israël ou qu’ils participent aux initiatives d’une organisation qui a organisé le boycott des produits israéliens. On est ainsi, à Paris, en pleines répliques des secousses que produit le séisme israélo-arabe.

Entre Français

Il est alors bien clair, pour tout observateur serein, que le degré d’implication des médias et de la classe dirigeante tricolores dans notre guerre est amplement disproportionné par rapport à son impact objectif sur la collectivité française. Les autres conflits, autrement plus meurtriers, en Tchétchénie, en Algérie et ailleurs ne jouissent d’un écho et d’une implication émotionnelle en aucun cas comparables à ceux de notre différend régional. Sous bien des coutures, on pourrait croire qu’il existât un lien organique entre Paris et Israël, comme si, en tous cas, on ne regardait pas ce qui se passe ici comme des événements étrangers aux préoccupations premières du cosme politico médiatique lutécien.

A mon avis cependant, cette proximité est un trompe l’œil. Cette proximité n’existe pas vraiment, la classe dirigeante francilienne ne connaissant pas particulièrement bien - elle a juste l’impression instinctive qu’elle connaît Israël qu’elle confond avec les Juifs français - ni notre culture, ni les tenants de notre propre débat politique, pas plus qu’elle n’est réellement au courant de la signification profonde de notre combat de survivance et de ses péripéties. En fait, lorsqu’un Edwy Plénel ou un Pascal Boniface se plaignent de ne pas disposer du droit de critiquer la politique israélienne - au point de plébisciter ce droit publiquement - c’est à leurs compatriotes français-juifs qu’ils en font le grief. Ils ne demandent pas, en réalité, le droit à Israël de se laisser critiquer - parce que notre système politique est complètement transparent, parce que personne ici ne les a jamais censurés et surtout, parce qu’on a l’inconscience, à Jérusalem, de ne pas s’intéresser au procès permanent que ces personnages instruisent contre notre pays -. Non, le droit que ces gens réclament, c’est celui de pouvoir critiquer leurs Juifs en public et qui plus est, cette licence, c’est aussi, pro forma, car ils en font déjà un usage largement déraisonnable, de leurs Juifs français qu’ils l’exigent.

Voilà, je crois, qui explique les passions que suscite en France le conflit israélo-arabe. Icelles devenant immédiatement plus lisibles, dès que l’on cesse de considérer le différend principal comme étant franco-israélien, pour le replacer dans son cadre authentique franco-français. Où, plus précisément, l’on distingue d’un côté le courant majoritaire du judaïsme tricolore, et de l’autre, l’ensemble de classe politique, héritière du complexe gaullien du peuple sûr de lui-même et dominateur, desservie par une presse qui est loin d’avoir résolu son problème juif, elle-même qui embrasse les juifs atypiques et marginaux, qui ont noms Brauman, Cypel, Vidal, Gresh, Sivan, Daniel, Enderlin etc.

Il achetait de l’antisémitisme, comme s’il s’agissait d’une marchandise

Cela, c’est la petite histoire, qui, pour douloureuse qu’elle soit et génératrice de torrents pollués, résulte des méandres tortueux des relations passées, des chocs et des comptes non clôturés entre la classe dirigeante, politique et intellectuelle, française et les Juifs de ce pays. Il existe, malheureusement, des éléments extérieurs qui amplifient la vénénosité de l’épidémie en cours. J’entends, des éléments artificiels, des conduites criminelles, des intérêts vénaux, qui poussent à cette confrontation inutile, génératrice d’antisémitisme, dans laquelle les très pacifistes Français juifs, y entraînés à leur corps défendant, n’ont, et c’est tout à leur gloire, pas les moyens de sortir vainqueurs. Je veux être spécifique et continuer à tenir un langage clair. Si j’ai écrit que j’ai entière confiance en Jean-Pierre Raffarin et en Nicolas Sarkozy, précisant que je ne juge pas leur œuvre mais que je les considère honnêtement engagés dans la lutte pour la résorption de l’antisémitisme, je suis loin de faire une généralité de leur cas dans la classe politique.

Voyons, toute la République attend, tremblant, la publication des listes supplémentaires des bénéficiaires des largesses du dictateur Saddam Hussein. Le recensement des deux cents soixante-dix noms diffusé par le quotidien iraquien Al-Mada, dont celui de monsieur Charles Pasqua, ne constitue que le programme de préchauffage de la grande lessive. Toutes les personnalités concernées le savent très bien et se confectionnent un argumentaire de défense. A la Ména, nous nous intéressons particulièrement aux personnes ayant touché des pots-de-vin avant la mise en place du programme de l’ONU De la nourriture contre du pétrole, et à celles qui se sont vendues durant les derniers mois de règne du tyran. C’est à ces deux époques que les enveloppes les plus dodues ont transité.

Maintenant, il ne viendrait certainement à l’esprit de personne, de considérer que les largesses de Saddam étaient à fonds perdus. L’ogre de Bagdad était un despote sanguinaire, pas un mécène et ce qu’il a acheté à ses amis influents à coups de millions de pétrodollars, en plus de leur âme et de leur réputation, c’était une marchandise bien singulière : La garantie de propager par tous les moyens à leur disposition la haine d’Israël et des Juifs ! Il est vrai que, contrairement à ce qu’ont affirmé faire certains personnages redevables des largesses du dictateur, Saddam Hussein lui ne faisait aucune différence entre les Juifs et Israël.

(A suivre…)


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