La réponse de Yossef Lapid à un article d’Anton Shamas, auteur palestino-israélien, parue dans le numéro de Yom Haatzmaout d’un hebdomadaire tel-avivien.

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samedi 17 mai 2008

Une réponse particulièrement brillante et réaliste, qui remet les choses à leur place ! L’auteur palestino israélien, connu pour ’l’égalité’ de sa plume, écrivait : « Mesdames et Messieurs, le moment est venu, en ce jour de fête, de reconnaître avec une totale franchise, sans sentiment de honte, ni en baissant les yeux, que toute cette affaire s’est mal terminée. L’aventure sioniste s’est soldée par un échec total »


Réponse de Yossef Lapid :

Shamas, mon ami,
Le sionisme est la plus grande « success story » du XXe siècle. Cinquante ans après la défaite de Hitler et du Mufti de Jérusalem, le sionisme vit et prospère au coeur du Moyen-Orient, dans un État de 4 millions et demi de Juifs, dont la survie pouvait faire doute, à un moment donné. La langue hébraïque (une des merveilles du sionisme) a fait l’union des Sabras (Israéliens nés dans le pays) et des réfugiés des camps,des Séfarades et des Juifs d’Orient et d’Occident.

En un demi-siècle et en partant pratiquement de zéro, les sionistes ont forgé un État qui lance ses propres satellites dans l’espace et approvisionne la marine américaine en avions-espions sans pilote. Un État qui exporte des progiciels compliqués et enseigne aux Latino-Américains comment faire pousser des melons.

Un État qui exporte tous les mois des produits, pour une valeur de plus d’un milliard de dollars, vers l’Europe occidentale, les États-Unis et même le Japon. Une démocratie exemplaire, où les ministres craignent les contrôles de comptes et où les juges ne craignent que D-eu. Un État qui a produit une armée considérée comme l’une des meilleures du monde.

Un État où il y a peu de crimes de sang, mais beaucoup de bons concerts.

Voilà un État où un Anton Shamas est libre, un jour de fête nationale israélienne, de publier une virulente attaque contre tout ce qui est cher aux Juifs vivant dans ce pays. Shamas sera peut-être capable de nous pardonner tout cela. Mais ce qu’il ne peut pas supporter, c’est le fait que, présentés à la lumière des réalisations du sionisme, les échecs arabes apparaissent si humiliants et déprimants.

Combien y a t il de Palestiniens, mon ami ? Un million ? Deux ? Trois ? Et combien d’États arabes t’entourent ? - Vingt ? Vingt pays de rois et de dictateurs, de terreur et d’effusion de sang. Il n’existe pas une seule démocratie arabe avec liberté d’expression et droits civiques. Tu nous parles de l’échec de l’État d’Israël. Comparé à qui, à quoi ? - A l’Algérie ? A l’Égypte ? A l’Irak ?

Combien y a-t-il d’Arabes entre l’Océan Atlantique et le Golfe Persique ? - Cent millions ? Deux cents millions ?

Et combien y a-t-il de musulmans ? - Un milliard ! Et ils prient tous le même Allah, au nom du même prophète, Mahomet. Et tous, tant qu’ils sont, ils ne peuvent pas résoudre le problème des égouts à Gaza !

Depuis 47 ans, vous vous êtes préparés à l’indépendance palestinienne, et pourtant vous ne vous êtes toujours pas mis à ramasser les ordures ménagères à Jéricho. Malgré tout le pétrole du monde vous n’êtes pas parvenus à mobiliser la fraternité arabe nécessaire pour construire l’hôpital, à Deir El Balah. Et tous les robinets en or massif d’Arabie Saoudite et tous les jacuzzis du Koweït ne suffisent pas à fournir de l’eau potable à Jabalyia.

Ceci dit, mon ami - tu le sais bien, n’est-ce pas ? - si un million de Juifs vivaient à Gaza, cette ville deviendrait un paradis sur terre. A ce moment-là, les ouvriers palestiniens feraient la queue au passage d’ Erez pour y travailler. S’il y avait dans le monde un milliard de croyants juifs, les Juifs de Gaza n’auraient pas besoin d’aumônes onusiennes. Les Juifs du monde prendraient soin des Juifs de Gaza, et Gaza serait depuis longtemps la perle de la Méditerranée.

Allons, tu sais tout cela, Anton Shamas, et c’est bien ce qui t’exaspère. C’est l’envie qui te dévore et qui t’égare. Ainsi, vois-tu, le moment est venu de conclure avec une totale franchise, sans sentiment de honte, ni en baissant les yeux : cela n’a pas marché, toute cette affaire. L’aventure palestinienne s’est soldée par un échec total.

Yossi Lapid


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