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Une vision dérangeante de Vichy

David Ruzié, professeur émérite des universités

mercredi 28 décembre 2005
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La lecture du dernier ouvrage d’Henri Amouroux Pour en finir avec Vichy - 2. Les racines des passions : 1940-1941 (Robert Laffont, 2005, 724 p.) laisse un goût d’amertume.

En effet, sans pour autant traduire des sentiments antisémites, la présentation du régime de Vichy témoigne d’une certaine sympathie, sinon à l’égard du régime lui-même, du moins à l’égard de son chef, Philippe Pétain.

Ceci apparaît dès les premières pages, dans lesquelles, l’auteur, il est vrai, peut s’appuyer sur certains témoignages (pp. 18-19).

Ainsi, si on n’est guère surpris par « le ton d’admiration sans réserve » avec lequel François Mitterrand, récompensé, il faut le rappeler par la francisque, parlait, à la fin de sa vie, de Pétain, en revanche, on ne peut que regretter le rappel de ce que Léon Blum écrivait de lui, en 1947 :

« J’avais été frappé et je puis dire séduit comme tous ceux qui l’approchaient par la noblesse de sa stature et de son port, par le regard simple et bon de ses yeux bleus à fleur de tête..... » (souligné par nous).

Certes, le grand homme politique français n’avait déjà guère été très inspiré, avant guerre, lors de la guerre civile en Espagne, en restant attaché au principe de non-intervention, dont Hitler et Mussolini n’eurent cure.

Toutefois, de là à garder, après la guerre, et transmettre cette vision d’un homme qui non seulement l’arrêta et le condamna, mais, surtout, persécuta, voire fit mourir, des dizaines de milliers de Juifs, laisse quelque peu pantois.....

Mais, ce sentiment de malaise s’accroît au fil de la lecture, surtout dans la soixantaine de pages (pp. 503-566) consacrées à « Paris, Vichy et les Juifs », qui débordent largement le cadre chronologie limité qu’est censé couvrir l’ouvrage.

Précisons, dès l’abord, qu’à notre avis, à aucun moment l’auteur ne peut être accusé de « négationnisme », voire de « révisionnisme ».

Empruntant les statistiques fournies par Serge Klarsfeld dans Le calendrier de la persécution des Juifs de France, Henri Amouroux rappelle bien l’ampleur de la tragédie vécue par les Juifs.

Il a parfaitement raison d’évoquer « la culture de la haine », bien antérieure à Vichy, comme en témoignent, à la fois, les épisodes connus de l’affaire Dreyfus, les remous provoqués par l’arrivée au pouvoir de Léon Blum, ou encore le faible nombre de visas accordés aux Juifs, tentant de fuir l’Allemagne nazie.

Il n’est que trop fondé à évoquer « la xénophobie d’Etat avant Vichy » (p. 513).

Si les propos de Je suis partout sont largement connus, nous avouons avoir ignoré la publication, en 1938, de La guerre juive de Paul Ferdonnet et les détails d’un statut des Juifs, paru dans Je suis partout, le 17 février 1939, préfigurant celui qui allait, effectivement, être promulgué par Vichy dix)huit mois plus tard.

Mais au vu de l’ampleur de la tragédie, il nous paraît dérisoire d’apprendre que, selon certains témoins, la « question juive » n’occupait pas longuement les débats des Conseils des ministres et n’était pas au centre des entretiens de l’entourage de Pétain (p. 522).

De même nous paraît peu pertinente l’opinion de Dumoulin de Labarthète, qui fut de juillet 1940 à avril 1942, directeur du cabinet civil du Chef de l’Etat (nous nous refusons pour notre part à parler du « maréchal », dignité dont Pétain fut déchu) selon laquelle « Pétain signait sans lire » (p. 527).

Certes, Amouroux a raison de relever les silences de l’arrêt de la Haute Cour de justice, qui condamna Pétain, sur la déportation des Juifs (seules les déportations des jeunes du STO étaient déclarées « monstrueuses ») (p. 532).

On ne peut manquer d’être ému par plusieurs citations extraites de lettres envoyées à Pétain pour attirer son attention sur certaines situations dramatiques.

Mais, pour notre part, nous trouvons indécent que l’auteur s’interroge sur la possibilité que ces lettres lui aient été réellement communiquées au motif qu’ « il n’est pas différent des autres chefs d’Etat », dont « la correspondance est filtrée, sélectionnée par son entourage » et que « les réponses signées de son nom n’ont été ni écrites, ni même dictées par lui » (p. 533).

L’auteur a, certes, raison d’évoquer « la souffrance des anciens combattants juifs » (p. 537), en rappelant par ailleurs le nombre de « Juifs morts à la guerre » de 14-18.

Mais on ne peut qu’être choqué par son évocation « Limites du pouvoir d’intervention de Vallat.... et de Pétain » (p. 543 et s.).

Certes, dans l’horreur, Darquier de Pellepoix, successeur de Xavier Vallat, au Commissariat général aux questions juives eut davantage de responsabilités, mais quand même....

On est également gêné par le commentaire fait à propos des interventions du Grand rabbin de France Isaïe Schwartz et du Grand rabbin de Paris Julien Weil .

L’auteur insiste sur le patriotisme et l’optimisme dont elles témoignent, cependant qu’il relève, également, que « le Consistoire israélite garde, malgré tout, foi en Pétain » (p. 549).

On ne saura jamais si les signataires du texte remis à Pétain en mai 1941 (Grand Rabbin de France, président et membres du Consistoire central) croyaient véritablement que « le martyre des Français israélites constitue l’une des rançons exigées par les vainqueurs en contrepartie d’atténuations accordées à (nos) compatriotes chrétiens ».

Bien évidemment, Amouroux ne manque pas de faire ressortir que le Consistoire central se montra plus soucieux du sort des « Français israélites » que de celui des « Juifs étrangers », dont il n’est pas fait mention dans une seule des 136 lignes de la protestation.

Et Amouroux de rappeler le sort de ces malheureux « vivant » dans les camps sans hygiène (p. 533).

Car Henri Amouroux sait faire preuve d’humanisme, notamment, lorsque évoquant la photo, restée célèbre de Victor Faynzylber , ancien combattant de 40 amputé d’une jambe, et déporté par la suite, il parle des « milliers de photos de Juifs victimes de l’Occupation. Toutes bouleversantes.Qu’ilss’agisse de photos d’hommes et de femmes réduits à l’état de squelettes errant derrière les barbelés des camps, ou de martyrs agenouillés près des fosses dans lesquelles ils vont basculer » (p. 545).

L’auteur n’a pas ignoré les nombreux travaux consacrés à cette période, ce dont témoigne la quinzaine de pages de bibliographie.

Il n’hésite pas à relever des citations dans l’ouvrage de Marrus et Paxton sur « Vichy et les Juifs » ou dans celui de Serge Klarsfeld sur Le calendrier de la persécution des Juifs de France, comme nous l’avons déjà relevé.

Mais, curieusement, nulle mention n’est faite aux deux volumes sur Vichy-Auschwitz du même auteur, dont il évoque l’ « inappréciable et bouleversant travail « (p. 557).

C’est qu’en réalité - et c’est par là que l’ouvrage est irritant - Henri Amouroux a le souci de ne pas « accabler Vichy », allant même jusqu’à réduire l’impact de l’action des « Français anonymes », dont il reconnaît cependant la diversité de l’aide qu’ils ont apportée (p. 561).

N’en déplaise à l’auteur, à la fois notre vécu de la période et l’examen, encore, quotidien des documents de l’époque, nous permettent, de confirmer, comme l’a écrit et le répète Serge Klarsfeld, que Vichy a « contribué efficacement à la perte d’un quart des Juifs de France », cependant que les Français ont « puissamment aidé » au salut des Juifs de France.

Il nous paraît indécent de faire ressortir que « Vichy refuse de livrer 95 000 Juifs » (p. 561), pas plus que « les silences de De Gaulle et la position du Rome » (pour ne pas parler du silence du pape) (p. 562) ne constituent une excuse à la responsabilité de Pétain et de ses collaborateurs, qui furent tous des « kollaborateurs » zélés de l’ennemi nazi.

Cette volonté farouche d’Henri Amouroux à vouloir minimiser les véritables responsabilités produit un malaise certain.


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