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Le CRIF et son nouveau Président
Richard PRASQUIER - Radio J. 30 juin 2022
Article mis en ligne le 30 juin 2022

Le 26 juin, Yonathan Arfi a été élu Président du Crif ; il prendra ses fonctions le mois prochain. Ceux qui ont travaillé près de lui savent ses qualités humaines, ils connaissent sa compétence, ils apprécient son écoute et ils admirent la force et la continuité de son engagement communautaire qui l’a conduit de l’UEJF dont il a été le président, àl’OSE et àl’Alliance, puis au Crif dont il est vice-président depuis 8 ans. Ils savent aussi qu’àcet engagement, il faut associer son épouse Arielle, elle-même ancienne présidente de l’UEJF et une tradition familiale d’excellence et de ténacité dont son grand oncle, le nageur d’Auschwitz Alfred Nakache, a été le modèle. Le plus jeune Président du Crif est aussi l’un des mieux préparés àses fonctions.

Son concurrent, Ariel Amar, lui aussi militant très expérimenté a réalisé un score remarquable malgré une candidature tardive . Il a salué avec élégance la victoire de son rival, point final d’une campagne qui a fait honneur au Crif, une institution que Francis Kalifat a dirigée avec application et dignité au cours de sa double mandature.
Le Crif n’a pas que des amis. Il est parfois vilipendé àl’extérieur de la communauté juive parce qu’il exercerait un pouvoir occulte

et il est parfois critiqué àl’intérieur de cette communauté parce qu’il n’agirait pas avec assez d’efficacité. Cette dernière critique, qui ne date pas d’aujourd’hui, doit être àla base des améliorations nécessaires et les débats préélectoraux ont permis d’en évoquer certaines. Les conditions qui ont amené àla création du Crif dans la dernière année de la guerre sont toujours valables aujourd’hui, àsavoir la nécessité de représenter, àcette époque dans la clandestinité, l’ensemble des courants fragmentés qui avaient séparé les uns des autres des Juifs pourtant en proie àun danger commun.

Si le danger qui guette les Juifs de France n’a plus rien àvoir avec celui de cette époque, dans un pays dont la législation contre l’antisémitisme est une des plus strictes qui soient, chacun sait que la proportion des Juifs agressés comme tels est sans commune mesure avec leur poids démographique, sans parler de ceux qui ont été assassinés uniquement parce qu’ils étaient Juifs.

Le Crif, n’est pas le Parlement des Français juifs. Dans un pays laïque, ce serait une aberration, presque une monstruosité. Le Crif représente les associations qui acceptent d’en faire partie -on sait que le Consistoire l’a quitté- et qui y ont été admises. Cette représentation ne tient pas assez compte aujourd’hui des Juifs qui habitent les lieux où se déroulent la majorité des actes d’hostilité. Elle peut être modifiée.

Le Crif prend àcoeur ses missions statutaires : garder la Mémoire de la Shoah, lutter contre l’antisémitisme et défendre l’Etat d’Israë l.

Ces missions s’interpénètrent, car pour tenir debout, la lutte contre l’antisémitisme repose aujourd’hui sur un pied droit, la lutte contre la judéophobie, pour reprendre le terme de Pierre André Taguieff et sur un pied gauche, la lutte contre l’israélophobie. Celle-ci consiste àconsacrer une demi-page àune famille palestinienne expulsée et une demi-ligne aux 150 habitants d’un village africain massacrés par les islamistes. Elle aboutit àdénier àIsraë l, si ce n’est son droit àexister, du moins son droit àse défendre, ce qui au fond revient au même.

Lutter contre l’israélophobie, ce n’est pas donner quitus àdes actions israéliennes qui violeraient les droits de l’homme, mais de s’y opposer ni plus ni moins que quand d’autres pays s’en rendent coupables. Ces pays que le scandaleux Conseil des Droits de l’Homme se garde systématiquement de critiquer……

La judéophobie a pris au cours de l’histoire de multiples visages dont certains continuent de percoler, qui attribuent au complot des Juifs tous les malheurs du monde. Le poids de la Shoah domine évidemment la judéophobie contemporaine. Mais c’est l’israélophobie, de plus en plus agrémentée àla sauce islamiste, qui a tué récemment, et notamment en France.

La lutte contre la judéophobie, autrement dit l’antisémitisme classique, a mis les institutions juives àl’unisson des forces démocratiques de notre pays. Le discours de Jacques Chirac au Vel d’Hiv en 1995 en reste un marqueur. Mais la leçon de la Shoah ne prévient aucunement des formes d’antisémitisme où la haine d’Israë l se mêle àla prédication islamiste et àla revendication anticolonialiste.

Alimentée par le fatalisme, le clientélisme, le victimisme et parfois par la peur, la résistance àla dénonciation de l’israélophobie est puissante et alimente un déni, déni de la réalité dont la mise en exergue d’une islamophobie imaginaire est aussi bien une stratégie qu’un symptôme.

Ce déni rend par contre-coup le Crif impopulaire. C’est ce qui fait l’honneur de cette institution. Je suis sà»r que Yonathan Arfi saura mener avec justesse le combat des idées dont dépend l’avenir des Juifs en France.