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Boualem Sansal : « Nommez l’ennemi, nommez le mal, parlez haut et clair  »
Article mis en ligne le 18 juillet 2016

Si, aujourd’hui, il est un mot àbannir du langage, c’est le mot « â€Šrésister  ». Résister, c’est donner l’avantage àl’ennemi, lui offrir l’honneur de porter le dernier coup, c’est capituler et mourir.

Résister c’est quoi, quand l’ennemi est déjàdans la forteresse et dispose alentour de réserves fraîches qui ne demandent qu’àpasser àl’action  ? C’est quoi, quand on a si peur de lui qu’on l’appelle ami, qu’on lui trouve toutes les excuses, quand en vérité l’ennemi c’est nous-même  ? Il ne faut quand même pas oublier le début de l’histoire  : cet ami qui égorge nos femmes et nos enfants et saccage nos demeures, nous l’avons accueilli, couvé, choyé et même, àtout dire, créé. Ben Laden était le fils de qui, le protégé de quelle compagnie  ? Khomeiny habitait où, Bouteflika se soigne où et àl’œil, où Kadhafi a-t-il planté sa tente, etc., etc., etc., etc., etc.  ? Ces hommes ne sont-ils pas, n’étaient-ils pas des ennemis de l’humanité, de peuples entiers àtout le moins  ?

Résister c’est quoi, quand on travaille àfaire taire toute contestation dans le pays et empêcher les citoyens de se mobiliser et de monter au front  ? Priver un peuple du combat pour sa vie et son honneur, c’est le tuer et le déshonorer, ses enfants ne le lui pardonneront jamais. C’est un génocide. Ce combat, on le mène soi-même, il ne se délègue pas, ne se reporte pas, le sang du peuple doit couler héroïquement pour que les chants de gloire àvenir soient de vrais chants.

Ce n’est pas tout. Contre qui et quoi veut-on résister  ? Les Chinois, les Martiens, la fièvre jaune, la pollution  ? Qui veut-on éliminer  : des lampistes, des poseurs de bombes occasionnels, la finance internationale, une religion, une organisation secrète, une secte, des émirs  ?

Nommez l’ennemi, nommez le mal, parlez haut et clair, tout est là, le reste est détail, il relève de la technique.

Si les autorités manquent de mots, je peux leur prêter les miens  : l’islam radical, l’islam modéré comme son appoint, le salafisme, l’Arabie, le Qatar, les dictatures arabes malfaisantes.

Au stade où en est l’affaire, le seul mot valable est ­ « â€Šattaquer  ».

Et làse posent deux questions cruciales. La première  : sommes-nous capables de nous battre et de verser notre sang si on ne croit pas ànos valeurs, si on les a déjàtrahies mille fois  ? La seconde  : quel est ce brillant et courageux chef qui va nous conduire àla victoire  ?

Il faut y répondre avant tout ordre de marche, car s’apercevoir en chemin de l’inutilité de son combat et de l’incompétence de son commandant en chef, c’est offrir gratuitement son cou au couteau de l’ennemi.

Quand on sait cela, on sait se battre et on sait aussi être magnanime. La victoire n’est pas tuer mais sauver, aider, accueillir, construire.

« â€ŠAux arrrrmes citoyens, formeeeeez vos bataillons…  » est-il toujours l’hymne de ce pays  ?