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Chronique de Michaë l Bar-Zvi | Yod Alef be Yaar 5776 - 19 mai 2016
Article mis en ligne le 19 mai 2016

Boker tov amis auditeurs de Radio J. Les méandres de la politique israélienne sont tortueux et complexes. La dernière pièce dramatique àlaquelle nous venons d’assister ressemble àun scénario écrit par les meilleures plumes de séries àsuspens et àrebondissements d’Hollywood. En tacticien politique chevronné qu’il est Netanyahou a utilisé le chef du parti travailliste comme leurre pour conclure en définitive un accord avec le parti d’Avigdor Liebermann. Au-delàdu cynisme qui caractérise la classe politique en général, on peut s’interroger sur les raisons stratégiques d’une telle démarche.

Certes au lendemain des élections tout le monde avait compté Liebermann comme un des alliés naturels de Netanyahou pour constituer une coalition de droite, mais àl’époque l’option d’un gouvernement de large rassemblement, et non d’union nationale comme on la nomme parfois de manière erronée, n’était pas envisageable.

Or cette fois il semble que les chances d’une telle coalition n’étaient pas négligeables, tout d’abord parce qu’Herzog estime, comme Netanyahou, qu’un accord avec les dirigeants actuels de l’Autorité palestinienne est impossible dans un avenir proche, et qu’en revanche le contexte géopolitique peut permettre un rapprochement avec les pays arabes dits modérés.

Le parti travailliste est potentiellement un parti de gouvernement et il a du mal àsubsister et àrester uni dans l’opposition. Herzog a estimé qu’entrer au gouvernement pouvait renforcer sa position àla tête du parti, mais la manÅ“uvre de Netanyahou risque de lui coà»ter le leadership de son parti. A long terme une implosion du parti travailliste pourrait mener àla construction d’une alternative àNetanyahou aux prochaines élections, même si les expériences passées ont démontré qu’une telle entreprise ne pouvait se mettre en place qu’autour d’un leader très charismatique, comme le fut Sharon en son temps. Or cette personnalité n’existe pas vraiment au centre ou au centre gauche en Israë l.

Yaïr Lapid a déçu lors de son premier mandat et il n’est pas encore considéré par l’opinion publique en Israë l comme un candidat sérieux. Pourtant la véritable question est le prix politique que le Premier ministre israélien doit payer pour renforcer sa fragile coalition. La principale concession est la nomination de Liebermann au poste de la Défense, àla place de Moshe Bogy Yaalon, général expérimenté, qui a la confiance des militaires et l’estime de l’ensemble de la classe politique. Son limogeage intervient au lendemain d’une polémique avec Netanyahou sur la liberté d’expression sur les sujets politiques pour les officiers de Tsahal, alors qu’il avait toujours fait preuve d’une grande loyauté envers le Premier ministre depuis sa nomination, tandis que Liebermann n’avait cessé de critiquer l’action du gouvernement, notamment lors de la dernière opération àGaza en 2014.

Ce matin beaucoup d’Israéliens s’interrogent sur les risques d’une telle nomination, non seulement parce que Liebermann n’a pas le vécu sécuritaire de son prédécesseur, mais aussi parce qu’il possède l’image de marque d’un faucon aux positions radicales. Toutefois il est aussi un homme politique pragmatique et réaliste et il faut espérer que l’exercice des fonctions lui accordera un sens des responsabilités, fondamental lorsqu’on a la sécurité d’Israë l entre ses mains. Cela dit quelques heures après cette chronique tout peut encore changer sur l’échiquier, et la sagesse nous oblige àêtre prudent. Rien n’est impossible en politique dans la démocratie israélienne. Et c’est pour cela aussi qu’elle nous passionne !