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Goldstone : « Israë l n’est pas un État d’Apartheid  »
The Israel Project
Article mis en ligne le 2 novembre 2011

Adaptation en français de l’article du juriste sud-africain Richard Goldstone, initialement publié le 31 octobre 2011 par The New York Times. Goldstone est l’auteur du rapport de l’ONU qui accusait Israel de crimes de guerre lors de son opération défensive dans la Bande de Gaza.

Israël et la calomnie de l'apartheid

Un mensonge particulièrement pernicieux et persistant fait ànouveau surface : Israë l poursuit une politique d’ « apartheid  ». Au Cap, àpartir de samedi, une organisation non gouvernementale basée àLondres, a demandé au Tribunal Russell sur la Palestine de tenir une « audience  » pour déterminer si Israë l est coupable du crime d’apartheid. Ce n’est pas un « tribunal  ». Les « preuves  » seront àsens unique et les membres du « jury  » sont des critiques dont les points de vue sévères contre Israë l sont bien connus.

Alors que « l’apartheid  » peut avoir un sens plus large, son utilisation est destinée àévoquer la situation en Afrique du Sud jusqu’en1994. C’est une calomnie injuste et inexacte, calculée contre Israë l pour retarder, plutôt que pour faire avancer les négociations de paix.

Je connais trop bien la cruauté du système d’apartheid odieux sud-africain, sous lequel des êtres humains caractérisés comme noirs n’avaient pas le droit de vote, d’exercer des fonctions politiques, d’utiliser des toilettes ou des plages "blanches", de se marier avec des blancs, de vivre dans zones destinés aux blancs seulement ou même d’être làsans un « laisser passer  ». Les noirs grièvement blessés dans des accidents de voiture étaient laissés pour morts s’il n’y avait pas d’ambulance « noire  » pour les conduire dans un hôpital « noir  ». Les hôpitaux « Blancs  » avaient interdiction de leur sauver la vie.

En évaluant l’accusation selon laquelle Israë l poursuit une politique d’apartheid, qui porte par définition principalement sur la race ou l’origine ethnique, il importe d’abord de distinguer les situations en Israë l même, où les Arabes sont des citoyens, et dans les zones de Cisjordanie, qui reste sous contrôle israélien, en l’absence d’un accord de paix.

En Israë l, il n’y a pas d’apartheid. Rien n’y est proche de la définition de l’apartheid en vertu du Statut de Rome de 1998 : « des actes inhumains … commis dans le cadre d’un régime institutionnalisé d’oppression systématique et de domination d’un groupe racial sur tout autre groupe racial ou groupes et commis avec l’intention de maintenir ce régime  ». Les arabes israéliens - 20 pour cent de la population d’Israë l - votent, ont des partis politiques et des représentants àla Knesset et occupent des postes prestigieux, notamment àla Cour suprême. Les patients arabes se trouvent aux côtés des patients juifs dans les hôpitaux israéliens, et y reçoivent un traitement identique.

Pour être honnête, il y a plus de séparation de facto entre les populations juives et arabes que les Israéliens ne devraient accepter. Mais une grande partie est choisie par les communautés elles-mêmes. Quelques unes résultent de la discrimination. Mais ce n’est pas l’apartheid, qui consacre la séparation consciemment comme un idéal. En Israë l, l’égalité des droits est la règle, l’aspiration et l’idéal ; les iniquités quant àelles sont souvent contestées avec succès devant les tribunaux.

La situation en Cisjordanie est plus complexe. Mais làaussi, il n’y a aucune volonté d’instaurer un « régime institutionnalisé d’oppression systématique et de domination d’un groupe racial.  » C’est une distinction cruciale, même si Israë l agit oppressivement envers les Palestiniens là-bas.

En Afrique du Sud, la séparation raciale forcée avait pour but de bénéficier de manière permanente àla minorité blanche, au détriment des autres races. En revanche, Israë l a accepté dans son concept l’existence d’un État palestinien àGaza et dans la quasi-totalité de la Cisjordanie, et appelle les Palestiniens àen négocier les paramètres.

Mais jusqu’àce qu’il y ait une paix avec deux États, ou tout au moins, aussi longtemps que les civils israéliens se trouveront menacés par des attaques ou des tirs venant de Gaza ou de Cisjordanie, Israë l sera obligé de se protéger en prenant des mesures nécessaires àsa sécurité, même si elles sont vécues comme oppressives par les palestiniens. Dans l’état actuel des choses, les attaques d’un côté se heurtent àdes contre-attaques de l’autre. Et la profondeur des litiges, réclamations et demandes ne font que se durcir quand l’analogie offensante de l’ « apartheid  » est invoquée.

Ceux qui cherchent àpromouvoir le mythe de l’apartheid israélien soulignent souvent les affrontements entre soldats israéliens, lourdement armés, et les jets de pierres des Palestiniens en Cisjordanie, ou la construction de ce qu’ils appellent un « mur de l’apartheid  » et un traitement différent sur les routes de Cisjordanie. Alors que de telles images peuvent inviter àune comparaison superficielle, il est malhonnête de les utiliser pour déformer la réalité. La barrière de sécurité a été construite pour arrêter les attaques terroristes incessantes, et bien qu’elle ait causé de grandes difficultés àcertains endroits, la Cour suprême israélienne a ordonné àl’État, dans de nombreux cas, de la déplacer pour atténuer ces difficultés déraisonnables. Les restrictions routières deviennent plus contraignantes après de violentes attaques et sont allégées lorsque la menace est réduite.

Bien sà»r, le peuple palestinien a des aspirations nationales et des droits de l’homme que tous doivent respecter. Mais ceux qui confondent les situations en Israë l et en Cisjordanie et qui les comparent toutes deux àl’ancienne Afrique du Sud rendent un mauvais service àtous ceux qui souhaitent la justice et la paix.

Les relations judéo-arabes en Israë l et en Cisjordanie ne peuvent pas être réduites àun récit de la discrimination juive. Il y a de l’hostilité et de la suspicion des deux côtés. Israë l, unique parmi les démocraties, a été en guerre avec beaucoup de ses voisins qui refusent d’accepter son existence. Même certains Arabes israéliens, parce qu’ils sont citoyens d’Israë l, ont parfois été soupçonnés par les autres Arabes des suites de cette inimitié de longue date.

La reconnaissance mutuelle et la protection de la dignité humaine de tous les peuples est indispensable pour mettre fin àla haine et àla colère. L’accusation selon laquelle Israë l est un État d’apartheid est un mensonge malveillant qui empêche, plutôt que de promouvoir, la paix et l’harmonie.