Le Premier ministre, Binyamin Netanyahu, a fait savoir à la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, qu’Israë l n’adoptera pas la formule américaine destinée à mettre fin à la crise avec la Turquie et ne présentera pas ses excuses pour les événements de la flottille. M. Netanyahu a fait part de sa position à Mme Clinton au cours d’un entretien téléphonique mardi soir.
Selon un haut responsable israélien impliqué dans les contacts qui ont été menés avec la Turquie ces derniers mois, cette décision est destinée tout d’abord à permettre la publication du rapport de la commission Palmer mise en place par le secrétaire général des Nations Unies. En effet, affirme ce haut responsable, « ce rapport soutient largement Israë l, même s’il comporte des critiques, et il est très mauvais pour la Turquie  ».
« Une fois que le rapport aura été publié et que nous en aurons retiré les bénéfices sur les plans diplomatique et médiatique, on pourra s’asseoir à nouveau à la table des négociations avec la Turquie dans de meilleures conditions et toute cette histoire d’excuses pourrait alors prendre une autre tournure  », affirme ce haut responsable qui ajoute cependant que la publication du rapport risque de durcir les positions dans les deux camps. En effet, les Turcs, qui s’opposent aux conclusions du rapport, risquent de camper sur leurs positions tandis que le Premier ministre Netanyahu aura du mal à présenter des excuses si le rapport de l’ONU recommande à Israë l de n’exprimer que des regrets.
Suite à la décision du Premier ministre Netanyahu, la Turquie a l’intention de lancer son « plan B  » de lutte diplomatique et juridique contre Israë l. Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a déclaré hier que les relations avec Israë l ne reviendront pas à la normale tant qu’Israë l n’aura pas présenté des excuses et dédommagé les familles des victimes.
M. Erdogan a également ajouté que le gouvernement turc compte accentuer la pression sur Israë l : « Aussi bien le gouvernement turc que les familles des victimes prendront de nouvelles mesures à ce sujet. C’est un nouveau processus qui est sur le point d’être lancé  ».
Selon de hauts responsables du ministère des Affaires étrangères, le Premier ministre Erdogan fait référence à un plan qu’a élaboré ces derniers mois Ankara au cas où Israë l refuserait de présenter des excuses. Ce plan prévoit une campagne juridique et diplomatique contre Israë l au sein des institutions de l’ONU et notamment auprès de la Cour internationale de La Haye. De même, les familles des victimes seront encouragées à porter plainte contre de hauts responsables israéliens auprès de tribunaux européens.
Les mesures de représailles de la Turquie comprendront aussi une nouvelle dégradation des relations diplomatiques avec Israë l. L’ambassadeur d’Israë l à Ankara, Gaby Lévy, quittera ses fonctions dans trois semaines et son remplaçant n’a pas encore été nommé. A Jérusalem on craint en effet que la Turquie rejette le nouvel ambassadeur et, de fait, abaisse ainsi le niveau des relations diplomatiques entre les deux pays.
La Turquie a également l’intention d’abaisser le niveau de sa représentation diplomatique en Israë l. Depuis un an, il n’y a pas d’ambassadeur turc à Tel Aviv et l’ambassadeur adjoint fait office de chargé d’affaires. Or, ce dernier doit quitter Israë l dans les prochaines semaines sans être remplacé. Cela signifie que la Turquie sera représentée en Israë l par un diplomate au grade subalterne de premier secrétaire. La Turquie envisage d’autres mesures telles qu’une visite médiatisée du Premier ministre Erdogan dans la bande de Gaza au cours de laquelle il exprimera son soutien au Hamas. Le gouvernement turc pourrait aussi aider le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à obtenir des soutiens au sein de la communauté internationale en vue du vote aux Nations Unies sur la reconnaissance d’un Etat palestinien en septembre.
Lors de son entretien avec la secrétaire d’Etat américaine, mardi soir, M. Netanyahu a expliqué son refus de présenter des excuses par sa volonté de préserver sa coalition. Selon un haut fonctionnaire israélien, le Premier ministre a dit qu’il n’est pas prêt à se laisser dicter des excuses : « J’ai accepté d’exprimer des regrets et de verser des dédommagements mais, de toute façon, des excuses ne rétabliront les relations avec la Turquie  ».
M. Netanyahu a ajouté qu’une formule qui comporterait des excuses à la Turquie ne serait pas approuvée par la majorité des ministres du Forum des huit ou du cabinet restreint. Le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Liberman, un des principaux opposants à des excuses à la Turquie, s’est félicité hier soir de la décision du Premier ministre Netanyahu : « Dommage que nous n’ayons pas pris cette décision plus tôt. Ce retard montre que nous n’avons pas confiance en nous  ». Le vice-premier ministre, Moshé Yaalon, a lui déclaré que c’est une bonne décision : « Des excuses à la Turquie auraient causé un préjudice stratégique à Israë l dans la région  ».
D’autres raisons politiques semblent avoir influencé le Premier ministre Netanyahu. Selon un ministre de premier plan, le Premier ministre aurait pris connaissance il y a quelques jours d’un sondage selon lequel une large majorité des Israéliens s’oppose à des excuses. « Netanyahu doit faire face ces jours-ci à une contestation sociale qui l’affaiblit politiquement, il n’a pas voulu ouvrir un nouveau front face aux Israéliens  ». Au bureau du Premier ministre on dément formellement avoir eu vent d’un tel sondage.