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Beaucoup de bruit pour pas grand-chose….
par David Ruzié, professeur émérite des universités, spécialiste de droit international
Article mis en ligne le 22 décembre 2008

Au risque de « refroidir  » l’enthousiasme de certains dirigeants israéliens, enclins àfaire de l’autosatisfaction, nous ne pensons pas que la décision prise, le 8 décembre, par les 27 ministres des affaires étrangères de l’Union européenne de renforcer les liens avec Israë l, en relevant, en quelque sorte, leur degré, ait une réelle portée pratique.

Certes, sur le plan politique, ce geste est de nature àrompre l’isolement dont fait, souvent, l’objet Israë l sur la scène internationale, où mis àpart le soutien indéfectible des Etats-Unis, rares sont les pays (ex. : Australie, Canada) qui lui apportent, notamment, aux Nations Unies, un soutien appuyé.

Même la France, suivant les moments, apparaît tiraillée entre l’empathie avérée du président Sarkozy et la réserve, pour ne pas dire l’hostilité traditionnelle, du Quai d’Orsay.

A cet égard, l’attitude fréquemment divergente adoptée d’une part, par l’ambassadeur en Israë l (en poste àTel Aviv) et le Consul général àJérusalem est tout àfait révélatrice de cette dichotomie de la politique française.

Certes, les médias anti-israéliens et les organisations palestiniennes se sont empressés de crier àla « capitulation devant Israë l  », alors que ce qu’il est convenu d’appeler le « rehaussement du dialogue politique entre l’Union européenne et Israë l  » ne présente nullement ce caractère, non seulement quant àson contenu, mais, également et surtout, quant àson contexte.

Sur le fond, Israë l passerait, pour reprendre la formule de Michel Bôle-Richard, correspondant àJérusalem, du journal Le Monde , dans le numéro daté des 21-22 décembre, du statut d’associé établi en 1995, et entré en vigueur en 2000, àcelui de « partenaire privilégié  ». Cela se traduira, notamment, selon le résumé qu’en a fait le journaliste du Monde , par trois réunions annuelles au niveau des ministres des affaires étrangères, une coopération plus étroite en matière de sécurité, un dialogue sur les questions stratégiques, la possibilité d’organiser des sommets de chefs d’Etat et de gouvernements sur des questions spécifiques, une intensification du dialogue ministériel et parlementaire.

Sur ce dernier point, on s’étonnera de cet engagement pris par le Conseil affaires générales et relations extérieures s’agissant d’orienter les travaux du Parlement européen, jaloux de son indépendance et d’ailleurs peu animé, généralement, d’une empathie àl’égard d’Israë l.

Mais, surtout, il ne s’agit que de discussions et non de plans d’action commune.

Sans doute, le document consacré aux rapports avec Israë l est il relativement développé, mais le renforcement des relations avec Israë l s’inscrit dans le cadre plus large du « Renforcement des relations de l’Union européenne avec ses partenaires méditerranéens  » et si les Etats concernés (Maroc, Tunisie, Jordanie, Algérie, Libye, Egypte et Syrie) ne font l’objet que de quelques lignes, déjàl’approfondissement des relations avec l’Autorité palestinienne donne lieu àdavantage de précisions.

Il est vrai que comme le rappelle Michel Bôle-Richard, Bernard Kouchner a fait remarquer que « le rehaussement des relations avec la Palestine allait suivre  », « ce qui sera plus difficile, car les Palestiniens n’ont pas d’Etat  ».

De plus, le contexte atténue sensiblement l’impression favorable qui se dégage de la lecture des divers niveaux de discussions, qui s’ouvrent au dialogue entre l’Union européenne et Israë l.

Ainsi, dans les « Résultats du Conseil affaires générales et relations extérieures  » de la réunion des 8-9 décembre dernier, rédigés par la présidence (française) de l’Union européenne, il est indiqué que « les ministres ont validé le principe du renforcement de la relation entre l’Union européenne et Israë l, en particulier en matière de dialogue politique, et insisté pour que cet approfondissement incite les autorités israéliennes à faire plus pour améliorer les conditions de vie sur le terrain (gel immédiat de la colonisation, ouverture des points de passage vers Gaza , allègement des restrictions à la circulation qui étouffent l'économie et entravent la vie quotidienne des Palestiniens) » (souligné par nous).

Et dans les Conclusions du Conseil sur le Processus de paix au Proche-Orient, l’attitude est encore plus ferme car « l’Union européenne insiste pour que la situation sur le terrain change significativement, conformément aux engagements pris au titre de la feuille de route, pour renforcer la confiance mutuelle  » (souligné par nous).

Heureusement, pour une fois, en premier lieu « l’Union européenne condamne toutes les violences spécialement àGaza ainsi que les tirs de roquettes contre la population civile, qui doivent totalement cesser ; la lutte contre le terrorisme doit être poursuivie sans relâche. Le caporal Gilad Shalit doit être libéré sans condition  ».

Mais immédiatement après, « L’UE reste profondément préoccupée par l’accélération récente de l’extension des colonies de peuplement. Il est urgent de mettre fin à la poursuite de la colonisation, ce qui inclut l’expansion naturelle, y compris à Jérusalem-Est . Celle-ci est contraire au droit international et elle compromet la création d’un Etat palestinien viable. Les entraves àla circulation vers les Territoires palestiniens occupés et àl’intérieur de ceux-ci doivent être levées, notamment pour favoriser le développement économique. La situation humanitaire àGaza doit s’améliorer de toute urgence, grâce àla poursuite de la trêve, àla réouverture des points de passage et àla fourniture des biens et services au bénéfice de la population. La capacité des agences en charge de l’assistance, notamment de l’UNRWA, àfournir leur aide doit être assurée. Il importe enfin que les prisonniers palestiniens soient libérés en plus grand nombre, en priorité les mineurs  » (souligné par nous).

Certes, n’y a t-il aucun lien entre le renforcement des relations avec Israë l et les négociations de paix, mais seulement une déclaration parallèle.

Toutefois, Michel Bôle-Richard ne manque pas de se référer àde hauts responsables européens, qui ont fait valoir que « ce rapprochement permettrait àl’UE d’influer sur le cours du processus de paix  » et le journaliste du Monde d’intituler son analyse « le pari israélien de l’Union européenne  ».

Aussi, les dirigeants israéliens risquent d’être souvent mis sur le gril au cours des multiples réunions àdivers niveaux programmés àcompter d’avril prochain, c’est àdire au lendemain de l’arrivée vraisemblable d’une nouvelle équipe gouvernementale.

C’est làau moins une éventualité tout aussi vraisemblable que les bénéfices réels escomptés des modalités du rehaussement du dialogue politique.