Qu’est-ce qui explique la capacité de l’antisionisme à agréger les luttes au nom de l’émancipation, et qu’Israë l soit devenu le « mauvais objet  » de la critique s’énonçant depuis l’université ? Dans un texte mesuré et éclairant, Bruno Karsenti interroge pas à pas la grammaire des mobilisations étudiantes pour dégager une perspective sur les reconfigurations politiques qui s’annoncent. Dans cette grammaire deux notions sont opposées comme des irréconciliables : la nation, seule forme politique réalisée de l’émancipation collective et individuelle, et un fétiche apolitique — solutions à tous les maux — l’autochtonie. Une critique à la dérive hante l’université qui au lieu de reprendre le potentiel de la forme politique nation — qui indéniablement a conduit à des crimes — lui oppose le fantasme d’un peuple pur et authentique. Or, sans que les étudiants le sachent nécessairement, c’est alors la vieille ‘question juive’ qui trouve une nouvelle formulation, autour de l’impensable persistance du peuple juif dans la nation moderne.
Les mobilisations étudiantes et l’antisémitisme de l’avenir
k-larevue.com/- Bruno Karsenti
Article mis en ligne le 5 juin 2024