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Apartheid, ou la guerre des slogans
Michèle Mazel | Article paru dans le Jérusalem Post en Français le 20 avril 2016
Article mis en ligne le 27 avril 2016

Les accusations de ségrégation pleuvent sur l’Etat juif. Pourtant celui-ci pourrait donner de belles leçons de démocratie àses détracteurs :Alors qu’Israë l se prépare àcélébrer dans l’allégresse la fête de Pâque, symbole de la liberté retrouvée après les dures années d’esclavage en Egypte, un peu partout dans le monde les détracteurs de l’Etat Juif, clament en cÅ“ur que c’est le pays de l’apartheid. En seraient victimes les Arabes qui vivent dans ce pays. Une accusation qui fait référence àdes périodes sombres de l’humanité. Mais de quoi s’agit-il au juste ?

L’Apartheid, nous dit le Larousse, c’est « la ségrégation systématique des gens de couleur pratiquée jusqu’en 1994 par l’Afrique du sud  ». Une ségrégation solidement ancrée dans des lois.

La population noire n’y a obtenu le droit de vote qu’en 1993. Les Etats-Unis ont eux aussi longtemps connu cette honteuse pratique même après la guerre de Sécession qui a mis fin àl’esclavage ; compartiments différents dans les transports, refus d’accès dans des restaurants, des hôtels et même des piscines. Il a fallu attendre l965 pour qu’une loi soit votée garantissant le droit de vote aux Afro-Américains, et cette loi est aujourd’hui encore battue en brèche dans certains états, nécessitant de fréquents recours aux tribunaux pour assurer son application. Prévue au départ pour une période de vingt-cinq ans seulement, la loi a été prorogée en 2006 pour une nouvelle période de 25 ans.

Qu’en est-il d’Israë l ? La déclaration d’indépendance de 1948 confère le droit de vote àtous les citoyens, (y compris, et ce n’est pas anecdotique, aux femmes ; ce n’est que quatre ans auparavant que les femmes françaises avaient obtenu ce droit et les citoyennes des pays arabes ont dà» attendre encore de nombreuses années pour que ce droit leur soit reconnu.) Deux listes arabes se sont présentées en 1949 lors des premières élections àla Knesset, le parlement d’Israë l. Aux dernières élections en 2015, la liste arabe unie a remporté 13 sièges, ce qui en fait le troisième parti de la Knesset. Il faut ajouter les quatre Arabes élus sur d’autres listes.

Il n’existe évidemment pas de ségrégation dans les transports publics en Israë l et citoyens Juifs et Arabes se côtoient dans les universités, les grands centres commerciaux, les restaurants, les hôtels et les plages. 12% du personnel médical des hôpitaux israéliens est arabe et cette proportion monte à35% pour les pharmaciens.

Mais le « mur de l’apartheid  » diront certains. Les faits : àpartir de 2002 àla suite d’une vague d’attentats qui a fait d’un millier de morts israéliens au cours de la seconde intifada, Israë l a commencé àconstruire une barrière physique qui suit plus ou moins la fameuse « ligne verte. » Il s’agit des lignes de cessez-le-feu de la guerre d’indépendance de 1948 séparant l’Etat d’Israë l de la Cisjordanie occupée par la Transjordanie après cette guerre. Aujourd’hui, d’un côté de ce mur on trouve un million et demi d’Arabes israéliens vivant àl’intérieur d’Israë l ; de l’autre côté, les Territoires Palestiniens dont la direction déclare haut et fort que lorsque l’Etat palestinien verra enfin le jour, aucun Israélien juif n’aura le droit d’y vivre.

Où donc est l’apartheid ?

Bien sà»r, il existe des tensions au sein de la société israélienne. On y trouve des manifestations de racisme comme on en trouve en France, aux Etats Unis, en Europe – et dans les pays arabes. Ces manifestations sont sanctionnées en Israë l comme dans les pays occidentaux, ce qui n’est pas le cas dans les pays arabes. Mais ce n’est pas en brandissant des slogans qu’on résoudra les problèmes.