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Retour des vieux démons du Quai d’Orsay ?
Michèle Mazel
Article mis en ligne le 17 février 2016

Coalition internationale militaire – oui militaire contre Israë l ? Boycott ? Suspension de toute coopération ? Allusion aux lobbies juifs ? Non, il ne s’agit pas d’une nouvelle initiative du BDS mais la très sérieuse proposition faite par un « collectif d’ambassadeurs  » comprenant douze anciens ambassadeurs de France àl’étranger àla tête des quels se trouve un ancien vice-président de l’institut du monde arabe qui fut en poste en Jordanie, au Yémen, en Syrie, au Maroc, en Tunisie et en Egypte.

C’est le journal Le Monde qui accueille ce brà»lot. Jugez-en : « Depuis de nombreuses semaines une intifada àl’arme blanche et àla voiture bélier se poursuit dans les territoires palestiniens, àJérusalem et en Israë l même. Cette vague de violence, si déplorable soit-elle, exprime la frustration et l’humiliation ressenties après près de cinquante ans d’occupation militaire et policière par Israë l. Elles sont aggravées par les rumeurs concernant la récupération par les Juifs du Mont du Temple.  » Ainsi débute la tribune, intitulée « Paris et Bruxelles doivent agir pour sauver l’Etat palestinien,  » publiée le 3 février dernier. Il est urgent d’agir, pensent ces diplomates chevronnés, mais malheureusement « l’Europe est inhibée par l’ombre de la Shoah et la puissance des lobbies (sic) qui défendent les options les plus extrêmes de la droite israélienne.  »

C’est pourquoi ils ont pris la plume pour proposer un plan d’action. « Ne pourrait-on pas imaginer que la coalition internationale contre Daesh fasse un effort équivalent àcelui qu’elle fait sur le plan militaire dans la recherche d’une paix qui permettrait au peuple palestinien de jouir enfin de ses droits ?  » Se demandent les ambassadeurs, qui suggèrent que, dans l’attente d’une telle mesure, il faudrait reconnaître immédiatement l’état palestinien, suspendre le traité d’association entre Israë l et l’union européenne et mettre en veilleuse la coopération économique et scientifique. D’ailleurs au fond, n’agissent-t-ils pas pour le bien d’Israë l ? Ecoutons-les : « Il faut oser cette rigueur pour détourner Israë l d’une politique d’apartheid où il perdra son âme.  »

Beau programme en effet. Et les commentaires, que le modérateur laisse passe, lui, sans état d’âme, sont àl’avenant. Deux exemples : « Hollande n’agit que pour l’Etat israélien ( !!!) , il fait harceler judiciairement les citoyens qui exercent leur droit de boycotter pacifiquement un Etat qui maltraite toute une population ;  » « Les Etats arabes sont intervenus en mai 1948 pour protéger la population palestinienne qui était en train d’être expulsée massivement par les milices sionistes. Le sionisme est àl’origine de ce conflit. Légitimer le sionisme n’est donc pas une solution.  »

Mais revenons au manifeste des douze valeureux diplomates. Difficile de décider de ce qu’il y a de plus choquant. L’appel àpeine voilé àune intervention militaire ? Le ramassis d’accusations éculées sur les lobbies dont la puissance inhiberait l’Europe ? Le collectif parle de rumeurs concernant la récupération par les Juifs du Mont du Temple. Qui colporte ces rumeurs cent fois démenties par le gouvernement israélien ? Comment de ne pas relever ce choix du mot « Juifs.  » De quelle politique d’apartheid est-il question ? De celle qui fait du Parti arabe uni le troisième parti de la Knesset israélienne ? Et comment comprendre que des personnalités comme Jean Marc de la Sablière, qui a représenté la France àl’ONU, et de Jean-Louis Lucet qui fut ambassadeur de France en Israë l de 1993 à1995, aient pu accepter d’apposer leur nom au bas de ce texte répugnant ? Tout de même, les signataires sont tous àla retraite et il faut espérer que le Quai d’Orsay qu’ils ont longtemps servi ne partage pas leurs vues.

Publié le 17 février 2016 dans la rubrique « opinion  » du Jerusalem Post en français