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Revue hebdomadaire de la presse israélienne du 8 au 13 janvier 2012
Service de Presse de l’ambassade de France en Israël
Article mis en ligne le 14 janvier 2012

Elimination d’un chercheur iranien
La presse israélienne s’est largement fait l’écho de l’attentat de mercredi matin à Téhéran dans lequel a été tué Mostafa Ahmadi Roshan, directeur adjoint du site de Nantaz. Selon la presse, ce chercheur était responsable des procédés de séparation nécessaires à l’enrichissement d’uranium. C’est la cinquième fois en deux ans que des responsables du programme nucléaire iranien sont victimes d’attentats, sans qu’aucun des auteurs de ces attentats n’ait été arrêté.

Le vice-président iranien, Mohammad Reza Rahimi, a immédiatement accusé Israël d’être à l’origine de cet attentat qui s’ajoute aux explosions mystérieuses qui ont touché ces dernières semaines plusieurs sites militaires et industriels iraniens. Des responsables iraniens ont menacé de s’en prendre en représailles à des responsables israéliens et de frapper des cibles à l’étranger.

 

Pour leur part, les Américains ont démenti toute implication dans la mort de Mostafa Ahmadi Roshan et aussi bien le Département d’Etat que la Maison Blanche ont condamné cet acte. Ces condamnations américaines, plus sévères que lors d’attentats précédents, ont mené la presse à s’interroger sur un possible manque de coordination entre Israël et les Etats-Unis. Selon le New York Times, ces réactions officielles « témoignent de l’inquiétude des Etats-Unis face au nombre grandissant d’incidents mortels qui, selon certains experts, pourrait agir comme un boomerang et nuire à de futurs pourparlers avec l’Iran Â».

 

Alex Fishman, du Yediot Aharonot, estime en revanche que les réactions américaines visent uniquement à sauver les apparences.

 

Les Américains ont été pris au dépourvu / Alex Fishman – Yediot Aharonot

 

Les pleurs que font entendre les hauts responsables du Département d’Etat après une nouvelle élimination d’un scientifique iranien pourraient laisser croire que les coups que subissent l’Iran et son programme nucléaire attristent profondément le gouvernement américain. Le New York Times va même jusqu’à citer des fonctionnaires américains qui réclament (peut-être du suspect numéro un, Israël) que cessent ces attaques, par crainte d’une riposte iranienne. Tout cela n’est cependant qu’hypocrisie et larmes de crocodile.

 

Tout a commencé en début de semaine, lorsque le New York Times, citant un haut responsable du Conseil pour la sécurité nationale, a révélé un secret d’Etat. Selon ce haut responsable, les sanctions qu’impose Washington à l’Iran visent en fait à renverser le régime des mollahs. Le Département d’Etat s’en est arraché les cheveux. Alors qu’ils affirment au monde entier que les sanctions n’ont pour but que de stopper le programme nucléaire, la vérité est dite : Il s’agit de renverser un régime. Comment expliquer au monde qu’il vienne même à l’esprit du gouvernement Obama de renverser un régime élu.

 

Tout cela alors que les Américains tentent de convaincre les Chinois et les Russes de prendre part, ne serait-ce que de manière symbolique, aux sanctions contre l’Iran. Tant qu’il s’agit de contrer le programme nucléaire, on peut en discuter. Mais si le motif est de remplacer le régime, on peut être certain que Pékin et Moscou s’opposeront.

 

Avant même que le Département d’Etat ce ressaisisse, voilà qu’un scientifique iranien est tué au cÅ“ur de Téhéran. Or les Américains sont à la croisée des chemins : d’une part, il y a une démarche extrêmement délicate dans le cadre de laquelle il serait possible de reprendre le dialogue avec les Iraniens, sur la base d’un plan américain qui leur a été présenté il y a plusieurs semaines. De l’autre, on a un durcissement notable des sanctions contre l’Iran qui risque, en fin de compte, de mener à un affrontement militaire.

 

En outre, l’atmosphère devient de plus en plus explosive dans le détroit d’Ormuz. Il est de plus en plus probable que si un conflit militaire éclate avec l’Iran, ce ne soit pas à cause d’une offensive israélienne mais à cause d’une erreur quelconque des Américains ou des Iraniens dans le détroit. Hillary Clinton a condamné l’attentat pour apaiser les Iraniens mais, dans le même temps, elle consulte ces jours-ci les Etats du Golfe pour élaborer une position tant sur la crise dans le détroit d’Ormuz que sur un renforcement de la production de pétrole de ces pays.

« Oups, encore un… Â», Caricature de Shlomo Cohen, Israël Hayom 12.01.12

 

·      Intérieur

 

Yaïr Lapid et Noam Shalit se lancent dans une carrière politique

 

L’actualité de la semaine a été marquée par la décision de deux personnalités bien connues des Israéliens de s’engager en politique.

 

Dimanche, le journaliste Yaïr Lapid a annoncé sa démission de la deuxième chaîne, où il présentait le journal du vendredi soir, pour pouvoir entamer une carrière politique. Cela faisait plusieurs mois, voire plusieurs années, que le nom de Lapid était évoqué comme le possible dirigeant d’un nouveau parti de centre. Pour l’heure, son programme reste un mystère même si, sur la base des positions qu’il a exprimées jusqu’ici, on sait juste qu’il compte créer un parti de centre qui défendra un ordre du jour social et laïc. Il ne semble toutefois pas que Yaïr Lapid, qui est considéré comme un journaliste très consensuel, compte adopter la plateforme laïque très militante avec laquelle son père, Yossef Lapid, avait obtenu en 2003 quinze sièges à la Knesset.

 

Selon des sondages publiés lundi et mardi, un parti dirigé par Yaïr Lapid pourrait obtenir entre onze et seize sièges à la Knesset, un score dont Kadima, l’autre parti de centre, ferait principalement les frais. D’ailleurs, selon le sondage publié par le quotidien Yediot Aharonot, si Yaïr Lapid rejoignait Kadima, le parti remporterait largement les élections même si, pour l’heure, le bloc des partis de droite semble encore majoritaire.

 

Certains commentateurs estiment cependant que Yaïr Lapid s’est lancé trop tôt dans la bataille et que sa popularité ne fera que s’émousser d’ici les élections dont personne ne sait quand elles se tiendront.

 

Lundi, c’est Noam Shalit, le père de Guilad Shalit, qui a annoncé sa candidature aux prochaines élections primaires travaillistes, dans l’espoir d’obtenir une place sur la liste du parti à la Knesset. Cette candidature a suscité de nombreuses critiques contre Noam Shalit, certains l’accusant d’utiliser la sympathie qu’ont ressentie pour lui les Israéliens suite à l’enlèvement de son fils et le soutien de l’opinion publique à la campagne pour la libération de Guilad.

 

Même si toutes ces démarches donnent le sentiment que les élections législatives se rapprochent, dans l’entourage du Premier ministre Netanyahu on continue à affirmer que ces élections n’auront pas lieu avant le début 2013, voire même à la date prévue, en octobre 2013, ce qui serait exceptionnel, toutes les élections de ces vingt dernières années ayant été anticipées.

 

Aluf Ben du Haaretz estime qu’avec un programme aussi consensuel, Yaïr Lapid aura du mal à contrer Binyamin Netanyahu :

 

Le parti de la vie confortable / Aluf Ben – Haaretz

 

            L’objectif politique de Yaïr Lapid est d’imposer au Premier ministre Netanyahu d’avancer les élections. Pas trop, pour que le nouveau venu sur la scène politique ait le temps de s’organiser, mais suffisamment, pour que sa popularité n’ait pas le temps de s’émousser. A présent, C’en est fini des tergiversations et de la volonté de gagner du temps. Lapid doit prendre l’initiative et appeler à de nouvelles élections en réclamant un changement de priorités en Israël. Comme son ancienne consÅ“ur, Shelly Yechimovich, Yaïr Lapid a compris que le discours politique est déconnecté des Israéliens. Les téléspectateurs ne s’intéressent pas aux territoires, aux colonies et au « processus de paix Â» qui n’aboutit pas. Ce qui les intéresse c’est leur sécurité économique et l’éducation de leurs enfants.

 

            La contestation sociale de l’été dernier a été l’occasion à saisir pour Lapid et Yechimovich, et ils ont su l’utiliser avec succès. Yechimovich a été élue à la tête du parti travailliste, et Lapid se lance sur la scène politique en tant que sauveur de la nation, en obtenant des scores élevés dans les sondages sans même avoir de parti ou de militants.

 

            Comme sa camarade Shelly Yechimovich, Lapid ne propose que de bonnes choses. Leur monde ressemble aux heures de grande audience de la deuxième chaîne : sans Arabes, sans conflit, sans même de politique étrangère. Ils veulent revenir au monde d’antan : elle à l’état-providence socialiste du parti travailliste, lui à un consensus national débarrassé du nationalisme religieux et de l’exploitation des ultra-orthodoxes. Donnez au peuple un nouveau mode de régime et une bonne éducation et tout sera comme au temps de David Ben Gourion, propose Yaïr Lapid.

 

            Avec une plateforme aussi conviviale, Lapid ne vise pas le poste de Premier ministre, mais cherche à être celui qui fera pencher la balance et décidera de l’identité du prochain Premier ministre. L’ennui c’est que, selon les sondages, Lapid et Yechimovich se partagent la dépouille du parti Kadima et le bloc de centre-gauche se scinde en trois partis de taille moyenne. Netanyahu n’a plus qu’à manÅ“uvrer entre ces partis et choisir comme partenaire celui qui réclame le prix le plus bas. Si Yaïr Lapid veut réellement provoquer un changement, il devra faire comme Ariel Sharon lorsqu’il a créé le Likoud en 1973 : Il doit profiter de sa popularité pour imposer au parti travailliste, à Kadima et aux déçus de Netanyahu de faire liste commune face au Likoud.


Yaïr Lapid : « Quel ennui. Mets la chaîne parlementaire Â», Caricature de Moshik, Maariv 10.01.12