Elimination d’un chercheur iranien
La presse israélienne s’est largement fait l’écho de l’attentat de mercredi matin à Téhéran dans lequel a été tué Mostafa Ahmadi Roshan, directeur adjoint du site de Nantaz. Selon la presse, ce chercheur était responsable des procédés de séparation nécessaires à l’enrichissement d’uranium. C’est la cinquième fois en deux ans que des responsables du programme nucléaire iranien sont victimes d’attentats, sans qu’aucun des auteurs de ces attentats n’ait été arrêté.
Le vice-président
iranien,
Mohammad Reza Rahimi, a immédiatement accusé Israël d’être Ã
l’origine de
cet attentat qui s’ajoute aux explosions mystérieuses qui ont touché
ces
dernières semaines plusieurs sites militaires et industriels iraniens.
Des
responsables iraniens ont menacé de s’en prendre en représailles à des
responsables israéliens et de frapper des cibles à l’étranger.
Pour leur part,
les
Américains ont démenti toute implication dans la mort de Mostafa Ahmadi
Roshan
et aussi bien le Département d’Etat que la Maison Blanche ont condamné
cet
acte. Ces condamnations américaines, plus sévères que lors d’attentats
précédents, ont mené la presse à s’interroger sur un possible manque de
coordination entre Israël et les Etats-Unis. Selon le New York Times,
ces
réactions officielles « témoignent de l’inquiétude des Etats-Unis
face au
nombre grandissant d’incidents mortels qui, selon certains experts,
pourrait
agir comme un boomerang et nuire à de futurs pourparlers avec
l’Iran ».
Alex Fishman, du
Yediot Aharonot,
estime en revanche que les réactions américaines visent uniquement Ã
sauver les
apparences.
Les
Américains ont été pris au dépourvu / Alex Fishman – Yediot
Aharonot
Les pleurs que font entendre les hauts responsables du Département d’Etat après une nouvelle élimination d’un scientifique iranien pourraient laisser croire que les coups que subissent l’Iran et son programme nucléaire attristent profondément le gouvernement américain. Le New York Times va même jusqu’à citer des fonctionnaires américains qui réclament (peut-être du suspect numéro un, Israël) que cessent ces attaques, par crainte d’une riposte iranienne. Tout cela n’est cependant qu’hypocrisie et larmes de crocodile.
Tout a commencé en début de semaine, lorsque le New York Times, citant un haut responsable du Conseil pour la sécurité nationale, a révélé un secret d’Etat. Selon ce haut responsable, les sanctions qu’impose Washington à l’Iran visent en fait à renverser le régime des mollahs. Le Département d’Etat s’en est arraché les cheveux. Alors qu’ils affirment au monde entier que les sanctions n’ont pour but que de stopper le programme nucléaire, la vérité est dite : Il s’agit de renverser un régime. Comment expliquer au monde qu’il vienne même à l’esprit du gouvernement Obama de renverser un régime élu.
Tout cela alors que les Américains tentent de convaincre les Chinois et les Russes de prendre part, ne serait-ce que de manière symbolique, aux sanctions contre l’Iran. Tant qu’il s’agit de contrer le programme nucléaire, on peut en discuter. Mais si le motif est de remplacer le régime, on peut être certain que Pékin et Moscou s’opposeront.
Avant même que le Département d’Etat ce ressaisisse, voilà qu’un scientifique iranien est tué au cœur de Téhéran. Or les Américains sont à la croisée des chemins : d’une part, il y a une démarche extrêmement délicate dans le cadre de laquelle il serait possible de reprendre le dialogue avec les Iraniens, sur la base d’un plan américain qui leur a été présenté il y a plusieurs semaines. De l’autre, on a un durcissement notable des sanctions contre l’Iran qui risque, en fin de compte, de mener à un affrontement militaire.
En
outre,
l’atmosphère devient de plus en plus explosive dans le détroit d’Ormuz.
Il est
de plus en plus probable que si un conflit militaire éclate avec
l’Iran, ce ne
soit pas à cause d’une offensive israélienne mais à cause d’une erreur
quelconque des Américains ou des Iraniens dans le détroit. Hillary
Clinton a
condamné l’attentat pour apaiser les Iraniens mais, dans le même temps,
elle
consulte ces jours-ci les Etats du Golfe pour élaborer une position
tant sur la
crise dans le détroit d’Ormuz que sur un renforcement de la production
de
pétrole de ces pays.
« Oups, encore un… », Caricature de
Shlomo
Cohen, Israël Hayom 12.01.12
·
Intérieur
Yaïr Lapid et
Noam Shalit
se lancent dans une carrière politique
L’actualité de la
semaine a
été marquée par la décision de deux personnalités bien connues des
Israéliens
de s’engager en politique.
Dimanche, le
journaliste Yaïr
Lapid a annoncé sa démission de la deuxième chaîne, où il présentait le
journal
du vendredi soir, pour pouvoir entamer une carrière politique. Cela
faisait
plusieurs mois, voire plusieurs années, que le nom de Lapid était
évoqué comme
le possible dirigeant d’un nouveau parti de centre. Pour l’heure, son
programme
reste un mystère même si, sur la base des positions qu’il a exprimées
jusqu’ici, on sait juste qu’il compte créer un parti de centre qui
défendra un
ordre du jour social et laïc. Il ne semble toutefois pas que Yaïr
Lapid, qui
est considéré comme un journaliste très consensuel, compte adopter la
plateforme laïque très militante avec laquelle son père, Yossef Lapid,
avait
obtenu en 2003 quinze sièges à la Knesset.
Selon des sondages
publiés
lundi et mardi, un parti dirigé par Yaïr Lapid pourrait obtenir entre
onze et
seize sièges à la Knesset, un score dont Kadima, l’autre parti de
centre,
ferait principalement les frais. D’ailleurs, selon le sondage
publié par
le quotidien Yediot Aharonot, si Yaïr Lapid rejoignait Kadima, le parti
remporterait largement les élections même si, pour l’heure, le bloc des
partis
de droite semble encore majoritaire.
Certains
commentateurs
estiment cependant que Yaïr Lapid s’est lancé trop tôt dans la
bataille et
que sa popularité ne fera que s’émousser d’ici les élections dont
personne ne sait quand elles se tiendront.
Lundi, c’est Noam
Shalit, le
père de Guilad Shalit, qui a annoncé sa candidature aux prochaines
élections
primaires travaillistes, dans l’espoir d’obtenir une place sur la liste
du
parti à la Knesset. Cette candidature a suscité de nombreuses critiques
contre
Noam Shalit, certains l’accusant d’utiliser la sympathie qu’ont
ressentie pour
lui les Israéliens suite à l’enlèvement de son fils et le soutien de
l’opinion
publique à la campagne pour la libération de Guilad.
Même si toutes ces
démarches
donnent le sentiment que les élections législatives se rapprochent,
dans
l’entourage du Premier ministre Netanyahu on continue à affirmer que
ces
élections n’auront pas lieu avant le début 2013, voire même à la date
prévue,
en octobre 2013, ce qui serait exceptionnel, toutes les élections de
ces vingt
dernières années ayant été anticipées.
Aluf Ben du
Haaretz estime
qu’avec un programme aussi consensuel, Yaïr Lapid aura du mal à contrer
Binyamin Netanyahu :
Le
parti de la vie confortable / Aluf Ben – Haaretz
L’objectif politique de Yaïr Lapid est d’imposer au Premier ministre Netanyahu d’avancer les élections. Pas trop, pour que le nouveau venu sur la scène politique ait le temps de s’organiser, mais suffisamment, pour que sa popularité n’ait pas le temps de s’émousser. A présent, C’en est fini des tergiversations et de la volonté de gagner du temps. Lapid doit prendre l’initiative et appeler à de nouvelles élections en réclamant un changement de priorités en Israël. Comme son ancienne consœur, Shelly Yechimovich, Yaïr Lapid a compris que le discours politique est déconnecté des Israéliens. Les téléspectateurs ne s’intéressent pas aux territoires, aux colonies et au « processus de paix » qui n’aboutit pas. Ce qui les intéresse c’est leur sécurité économique et l’éducation de leurs enfants.
La contestation sociale de l’été dernier a été l’occasion à saisir pour Lapid et Yechimovich, et ils ont su l’utiliser avec succès. Yechimovich a été élue à la tête du parti travailliste, et Lapid se lance sur la scène politique en tant que sauveur de la nation, en obtenant des scores élevés dans les sondages sans même avoir de parti ou de militants.
Comme sa camarade Shelly Yechimovich, Lapid ne propose que de bonnes choses. Leur monde ressemble aux heures de grande audience de la deuxième chaîne : sans Arabes, sans conflit, sans même de politique étrangère. Ils veulent revenir au monde d’antan : elle à l’état-providence socialiste du parti travailliste, lui à un consensus national débarrassé du nationalisme religieux et de l’exploitation des ultra-orthodoxes. Donnez au peuple un nouveau mode de régime et une bonne éducation et tout sera comme au temps de David Ben Gourion, propose Yaïr Lapid.
Avec une plateforme aussi conviviale, Lapid ne vise pas le poste de Premier ministre, mais cherche à être celui qui fera pencher la balance et décidera de l’identité du prochain Premier ministre. L’ennui c’est que, selon les sondages, Lapid et Yechimovich se partagent la dépouille du parti Kadima et le bloc de centre-gauche se scinde en trois partis de taille moyenne. Netanyahu n’a plus qu’à manœuvrer entre ces partis et choisir comme partenaire celui qui réclame le prix le plus bas. Si Yaïr Lapid veut réellement provoquer un changement, il devra faire comme Ariel Sharon lorsqu’il a créé le Likoud en 1973 : Il doit profiter de sa popularité pour imposer au parti travailliste, à Kadima et aux déçus de Netanyahu de faire liste commune face au Likoud.
Yaïr Lapid : « Quel ennui. Mets la
chaîne
parlementaire », Caricature de Moshik, Maariv 10.01.12