La 32ème édition du festival de Pesaro consacré à Rossini mettait à l’honneur trois opéras : Moïse en Égypte, Adélaïde Bourgogne et Le voyage à Reims.
Cette édition du festival, dédiée au 150ème anniversaire de l’unité italienne, a démontré une fois de plus « la totale liberté » laissée par les responsables du festival aux metteurs en scène.!!! ???
Lors de la première du Moïse en Egypte, où la police est intervenue pour calmer des spectateurs indignés, ni la musique sublime, ni le chœur subtil, ni la direction incandescente d’Abbado, ni l’orchestre du Théâtre communal de Bologne, ni la qualité des chanteurs n’étaient mis en cause.
Le scandale posait la question des pouvoirs du metteur en scène et des droits de l’œuvre et des spectateurs à se défendre. Graham Vick qui avait choisi de profiter de cet opéra pour représenter les conflits récents au Moyen Orient en faisant de Moïse un intégriste belliqueux sous les traits d’Oussama Ben Laden, souhaitait « pousser les spectateurs à s’impliquer émotionnellement.  »
Il a pleinement atteint son but !

(resmusica.com)
Déguiser un Moïse en Ben Laden et le peuple juif en Palestiniens semble un jeu de confusion pervers, une réinterprétation étroite et incomplète de l’Histoire qui retire aux personnages toute possibilité symbolique. Certains spectateurs ont cru lire aussi dans la vision de Vick, une évocation de la torture à Guantanamo, la crise des otages à Moscou en 2002 et le massacre de Beslan en 2004… Il aurait été plus intelligent alors d’aller jusqu’au bout et, comme le suggère Alfred Caron, musicologue et seul journaliste français à suivre régulièrement le festival, de retirer tous les symboles juifs pour sortir des faits historiques. Le personnage de Moïse, que le livret représente effectivement comme un chef de guerre, aurait pris ainsi une portée universelle et aurait pu être vraiment représentatif des excès qui caractérisent aujourd’hui les extrémismes religieux.
