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Le bloc-notes de Bernard-Henri Lévy Pour que s’arrête la guerre àGaza
122 | 7 mars 2024 | Le Point 2692
Article mis en ligne le 6 mars 2024

Un soldat américain, Aaron Bushnell, qui s’immole par le feu en signe de solidarité avec la Palestine. Un électorat qui, aux États-Unis, conteste de plus en plus violemment le soutien de Biden àIsraë l.
Le Brésil de Lula, l’Afrique du Sud de Mandela, qui crient au crime contre l’humanité, àl’apartheid, au génocide.
Et, maintenant, l’image atroce du convoi humanitaire àGaza City et de ses dizaines de morts, certains écrasés par la foule affamée, certains passés sous les roues des ca- mions, et certains tués par des soldats de l’escorte israélienne paniqués.
Trop c’est trop, gronde alors la foule mondialisée.

Et, maintenant, l’image atroce du convoi humanitaire àGaza City et de ses dizaines de morts, certains écrasés par la foule affamée, certains passés sous les roues des camions, et certains tués par des soldats de l’escorte israélienne paniqués.
Trop c’est trop, gronde alors la foule mondialisée.
C’en est assez, déclarent, àl’unisson, les chancelleries àpeu près sans exception.
Et c’est une bronca, un tumulte, une clameur planétaire, un tollé c’est un vent de haine qui souffle sur Israë l mais aussi, de San Dieg.o àZurich en passant par Paris, sur les communautés juives du monde.
Peu importe, pour tous ces gens, que ce soit Tsahal lui- même qui, dans le drame du convoi humanitaire, ait diligenté l’enquête concluant (chose peu courante chez une armée « génocidaire  » !) àsa part de responsabilité.
Peu importe qu’un cinquième de la population de ce pays « sous apartheid  » soit composé d’Arabes, musulmans et palestiniens, qui (sans parler des minorités chrétienne, druze ou bédouine) jouissent des mêmes droits que leurs concitoyens juifs.
Et tant pis pour l’ahurissante inversion des rôles qui fait que crient au génocide ceux-làmêmes qui en appellent àla naissance d’une Palestine qui irait de la mer au Jourdain, c’est-à-dire, si les mots ont un sens, qui implique- rait une épuration ethnique purgeant la région de toute présence juive.
Nous en sommes là.
Ces Palestiniens imaginaires ne bronchent guère quand la Chine génocide ses Ouïgours, l’Iran ses Kurdes et Pou- tine les Tchétchènes ou les Ukrainiens.
Ils ne trouvent rien àredire au fait que la Turquie néo-ottomane reprenne sa guerre sans fin contre le peuple arménien.
Et je ne sache pas que l’on se mobilise dans les campus quand c’est un État arabe, la Syrie, qui tue, non pas des milliers, mais des centaines de milliers de civils.
Là, il s’agit d’Israë l.
Il s’agit de ce pays minuscule qu’une communauté internationale ivre du sang juif versé, pendant 2 000 ans, a fini par reconnaître aux rescapés de la Shoah.
Il s’agit d’un petit pays fragile et menacé qui, confronté àl’attaque terroriste la plus sadique de tous les temps, y répond comme n’importe quelle démocratie y aurait répondu àsa place et comme, de fait, répliquèrent les États-Unis envahissant l’Afghanistan après le 11 Septembre ou la France quand, après le Bataclan, elle bombarda Mossoul.
Et, au lieu de le soutenir dans sa légitime défense, on l’accuse d’empoisonner les puits et d’affamer les populations civiles ; ce n’est plus une opinion, c’est une démonisation ; et c’est la non-pensée unifiée du 2.0 de l’humanité, c’est l’enchaînement de ses discours et de ses réflexes, qui tiennent pour acquis qu’Israë l est « indéfendable  » et que c’est la survie même du peuple juif sur cette terre qui devient, en bonne logique, discutable.

Face àcette mise en accusation d’une tristesse infinie, face àce déferlement inouï de haine politique et numé- rique, face àces foules amnésiques dont tout indique que le pogrom du 7 octobre 2023 est devenu, àleurs yeux, un détail de l’Histoire, qu’est-il permis d’espérer ?
Que Tsahal, bien entendu, continue de faire tout ce qui est en son pouvoir pour, face àun ennemi tapi dans sa population et s’en servant comme d’un bouclier humain, limiter les morts civiles.
Et que le pays, une fois la guerre finie, persévère dans sa volonté, attestée par tous les sondages, de tourner la funeste page Netanyahou.
Mais, en attendant, quand on n’est pas israélien mais français, il n’y a pas trente-six solutions, il y en a deux.
Persister, comme font les Monsieur Homais des rues du monde chauffées àblanc, àscander « cessez le feu ! cessez le feu  » : cela aurait pour immanquable effet de don- ner la victoire au Hamas ; de prolonger son emprise sur une population dont il a fait le cobaye de sa course àla mort ; et de voir son aura grandir, grandir encore, au-delàmême de Gaza, avec toutes les conséquences cataclysmiques que l’on peut imaginer.
Ou bien attendre de la communauté internationale et, en tout cas, des pays parrains du Hamas qu’ils exigent de lui, l’agresseur, deux choses très simples et qui auraient pour conséquence immédiate de mettre un terme àcette guerre atroce et aux souffrances qu’elle engendre : libérer, non pas une poignée, mais la totalité des otages israé- liens encore en vie ; et déposer les armes en reconnaissant, d’une manière ou d’une autre, sa défaite.
Qui aura le courage d’exiger cela ?
Qui aura suffisamment àcÅ“ur le sort des Israéliens et des Gazaouis pour, au lieu d’appeler l’agressé àse soumettre, forcer l’agresseur àstopper son monstrueux chantage ?
Il suffit pour cela de changer de programme et, au lieu de « Palestine vaincra  », penser « la Paix maintenant  ».