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Quand les Juifs perdent leur voix

Par David Horovitz | Jerusalem Post édition française

dimanche 16 mars 2008
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Il y a quelques semaines, à la veille d’un référendum national qui a failli coûter cher au président vénézuélien Hugo Chavez, le principal centre communautaire juif de Caracas a été pris d’assaut par la police fédérale.

Un incident regrettable, de ceux qui n’attirent que furtivement l’attention des médias locaux : alors que des centaines de Juifs assistaient à la célébration d’un mariage dans la synagogue adjacente Union Israelita, des policiers sont entrés à grand fracas et se sont mis à chercher des armes et des explosifs. Pour repartir - est-il besoin de le préciser - les mains vides.

Il y a deux ans, la police avait fait un raid similaire dans une école juive de la capitale. Dans les deux cas, le message était clair : les Juifs sont surveillés de près par un régime dont le leader rencontre régulièrement le président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Hugo Chavez avait en outre déclaré que « les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ » avaient « pris possession de toutes les richesses de la terre ».

Il ne fait pas bon être juif aujourd’hui au Venezuela. Dans une récente émission télévisée, un acolyte de Chavez a accusé les leaders juifs de fomenter, de mener et de financer des mouvements de protestations estudiantins antigouvernementaux, et autres conspirations. « Nous devons être très attentifs à ce qui se passe aujourd’hui au Venezuela », mettait en garde l’orateur. « Les hommes d’affaires juifs qui ne sont pas impliqués dans une conspiration doivent le faire savoir publiquement. » Et de citer deux rabbins ainsi qu’une famille juive aisée soupçonnés d’être au coeur de complots, tout en précisant « on ne peut pas me reprocher d’être antisémite ».

La semaine dernière, un Juif ayant vécu au Venezuela et installé aujourd’hui à Miami devait déclarer au Jerusalem Post : « Chavez et son gouvernement n’aiment pas les Juifs. » Selon lui, si la communauté vénézuélienne ne s’exile pas en masse, c’est pour la même raison qui avait empêché les Juifs allemands de quitter en d’autres temps leur pays : le « déni », le fait de fermer les yeux devant le danger potentiel. Un ami israélien d’origine vénézuélienne, ancien officiel de l’immigration et militant, se rappelle d’une amère expérience lors de son dernier voyage à Caracas, quand il a participé à une marche de protestation devant l’ambassade iranienne contre les propos négationnistes d’Ahmadinejad sur la Shoah. Les membres de la communauté juive présents étaient conscients de la nécessité de ce mouvement contestataire, mais se sont exécutés dans la crainte. Ainsi, sur insistance des organisateurs, la marche s’est déroulée dans le silence. « La communauté avait littéralement perdu sa voix. »

Pourtant, certains leaders juifs vénézuéliens affirment que la situation n’est pas si terrible. Ils peuvent se déplacer librement, ils ne se sentent pas menacés (hormis lors des raids de la police) et ils ont trouvé un moyen de coopérer avec Chavez.

La communauté juive, qui recensait 30 000 membres dans ses meilleures années, entre 1960 et 1970, en compte aujourd’hui 14 000 selon certains, 9 000 selon d’autres. S’il n’y a pas eu d’exode massif dû à un mouvement de panique, de nombreux Juifs vénézuéliens sont partis s’installer à Miami.

Quelques-uns sont venus en Israël.
Mais l’option israélienne n’est pas souvent privilégiée étant donné les défis - économiques, linguistiques, sociaux - dont elle s’accompagne. Israël, pourtant, essaye de leur faciliter la tâche. Zeev Boïm, au début de son mandat de ministre de l’Intégration, prévoyait un programme de grande échelle pour encourager l’Aliya des Juifs vénézuéliens. Mais l’initiative n’aura pas vraiment porté ses fruits.

« Le problème avec nous [les Juifs vénézuéliens], c’est que nous ne sommes pas prêts à renoncer à notre mode de vie », avait alors expliqué Roberto Kulka Kohn. « Personne ici [au Venezuela] ne veut vraiment aller en Israël. Il faudrait avoir au moins dix fois plus d’argent pour conserver le même train de vie », poursuivait cet industriel aisé de Caracas, propriétaire d’une usine textile.

Mais le projet visait davantage à attirer les Juifs pauvres, en particulier les quelques milliers qui vivent véritablement dans des situations précaires. La municipalité de Kfar Saba avait alors été sélectionnée comme un refuge potentiel. Des logements avaient été rendus disponibles, un ensemble de bénéfices financiers avaient été négociés et quelques émissaires de la Aliya recrutés. Pourtant, les résultats s’avéreront décevants. La campagne n’attirera qu’un nombre pitoyable de candidats. En clair, peu importe leur situation économique et leur avenir politique peu engageant : même les Juifs vénézuéliens les plus misérables préfèrent rester collés au diable qu’ils connaissent déjà.

Le fait que le plan de sauvetage de cette population n’ait pas cherché à intéresser les échelons les plus élevés de la communauté - puisqu’il s’adressait aux plus nécessiteux - démontre bien la mauvaise opinion qu’Israël a de lui-même, et ce qu’il pense avoir à offrir.

L’Etat juif n’a pas conscience de l’excellente réputation dont il jouit parmi d’autres immigrés potentiels motivés idéologiquement. En effet, avec tous ses défis, Israël demeure le garant des valeurs démocratiques. Son économie est prospère (notamment grâce au high-tech) et ses valeurs culturelles reconnues à l’étranger. A l’ère de la mondialisation, le pays représente une base géographique pour les entrepreneurs les plus ambitieux de chaque secteur.

Aujourd’hui, la diaspora comprend trop de pays comme le Venezuela, dont les communautés juives sont en crise ou menacées et ferment les yeux devant la menace, jusqu’à en perdre la voix. Quand on leur parle d’Israël, les Juifs étrangers invoquent de grandes difficultés financières et leur peur de s’y confronter.

L’Aliya devrait être une réponse sérieuse aux Juifs en difficulté. L’interaction diaspora-Israël devrait offrir de nombreuses réponses aux Juifs dans le monde.

Reconstruire proprement ce pont est un impératif urgent. Aujourd’hui, il n’y a aucune excuse au manque de communication entre Jérusalem et les quatre coins de la planète. Israël doit faire cet effort de communiquer, de raconter les fruits de son expérience, et ainsi d’agir efficacement pour sauvegarder la nation juive globale.

Cet officiel israélien, témoin du silence de la manifestation contre Mahmoud Ahmadinejad il y a deux ans, a également parlé d’un meeting qui avait eu lieu il y a trente ans en Israël, en présence du Premier ministre de l’époque Menahem Begin.

C’était l’été 1978. Begin rencontrait une délégation de leaders juifs d’Iran, dont Habib Elghanian, le leader de sa communauté. Il les implorait de conduire leur peuple en Israël. « Les islamistes prennent du pouvoir », prévenait-il. Le chah peut être renversé. Pour des raisons de sécurité, ils doivent venir.

Les Juifs iraniens avaient alors balayé ses inquiétudes, lui affirmant que le chah resterait toujours en place, que les Juifs iraient bien, que ce dont ils avaient besoin c’était d’une meilleure éducation juive.
Déçu et frustré, Menahem Begin acceptait pourtant de changer de sujet pour s’entretenir avec eux de questions d’éducation. La discussion devait alors porter sur le nombre d’enseignants dont la communauté juive iranienne avait besoin. Au terme des débats, il avait été décidé que deux éducateurs israéliens seraient envoyés en Iran pour enseigner le judaïsme aux jeunes Juifs iraniens, Israël payant les trois quarts de la note et les Juifs iraniens le quart restant.

Au début de l’année 1979, le monde devait assister à la fuite du chah et au triomphe de la révolution islamique et de l’ayatollah Khomeini. Le 16 mars, Habib Elghanian était arrêté. Jugé par un tribunal islamique révolutionnaire sur des accusations qui comprenaient ses « contacts avec Israël et le sionisme » et son « amitié avec les ennemis de Dieu », il allait être condamné à mort et exécuté deux mois plus tard.

« Notre situation n’est pas agréable », avait alors déclaré anonymement un intellectuel juif de Téhéran au journaliste du Time Magazine, en mai 1979, « mais il n’y a pas de raison de paniquer. »


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Ce Colloque des Intellectuels Juifs de Langue Française a pour thème, ’la montée des violences’. Ce thème aura toujours accompagné l’histoire de l’humanité. Violences politique, religieuse, sociale, économique, voire même discursive, les humains n’auront cessé de se faire violence, et ce même lorsqu’ils prétendaient l’éradiquer en cherchant à dispenser le bien. Cette relance du Colloque des Intellectuels Juifs de Langue Française apporte une attention toute particulière à ce qu’il convient de nommer une résurgence de la violence affectant aujourd’hui les communautés juives de France et d’Europe.


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