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C’est le Moyen-Orient, idiot

Par Michael B. Oren | Washington Post - Adaptation française de Sentinelle 5768 ©

dimanche 2 mars 2008
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Cela commence par une seule roquette Qassam, l’un des milliers de projectiles ‘artisanaux’ tirés ces dernières années par les islamistes radicaux du Hamas depuis la bande de Gaza vers le Sud d’Israël. Les roquettes ont transformé la vie de nombreux Israéliens en un cauchemar, mais elles ont largement manqué leurs cibles. Mais celle-ci a de la « chance » : elle frappe une école élémentaire, blessant 40 enfants et en tuant 15.

Le gouvernement israélien, qui jusqu’à présent a répondu aux Qassams par des frappes aériennes et de petits raids terrestres, ne peut résister à l’exigence d’action montant de la nation. En quelques heures, des dizaines de milliers de soldats israéliens et des centaines de tanks se ruent dans Gaza, se battant de maison en maison dans les camps de réfugiés surpeuplés. Aussi vivement, des officiels palestiniens accusent Israël de perpétrer un massacre, et invitent la presse étrangère à photographier les cadavres répandus dans les décombres. Les images font le tour du Moyen-Orient sur la télévision al Jazeera et provoquent de violentes manifestations dans les capitales arabes.

Le Hezbollah, la milice libanaise Shiite, se lance dans l’action, faisant pleuvoir des roquettes Katioushas sur le Nord d’Israël. Mais quand les avions de guerre israéliens bombardent les batteries de Katioushas, la Syrie franchit le pas, envoyant ses commandos en représailles pour s’emparer des bunkers israéliens essentiels au sommet des hauteurs du Golan occupées par les israéliens. La contre-attaque d’Israël ne réussit qu’à précipiter une grêle de missiles Scud-D syriens, dont certains équipés de têtes chimiques, vers des villes israéliennes. Puis, au moment où des avions israéliens réduisent en cendres la principale usine d’électricité de Damas, la première parmi des centaines de roquettes Shehab-3, pré positionnée en direction de Tel Aviv, décolle de Téhéran.

Cela vous paraît fantastique ou trop horrible à envisager ? Pas pour les analystes israéliens du renseignement. L’armée israélienne a récemment mené un ensemble de ‘jeux de guerre’ à grande échelle, fondés précisément sur ce scénario. Dans certains cas, Israël parvenait à humilier le Hamas et le Hezbollah en descendant la majorité des roquettes syriennes et iraniennes avec ses propres systèmes anti-missiles ‘Patriot’ et ‘Arrow’. Mais d’autres projections allaient beaucoup moins bien : Israël survit, mais à peine, avec ses villes dévastées, et un nombre incalculable de civils tués.

Voilà le désastre qui va bientôt atterrir sur les bras du Président Clinton , du Président Obama ou du Président McCain . Malgré les ombres du 11 septembre et l’Irak, la première session des USA a été jusqu’à présent dominée par l’économie. Mais c’est une erreur de croire que la prochaine présidence le sera. Au lieu d’une lune de miel, le nouveau Président pourrait hériter d’un feu de broussailles faisant rage sans contrôle dans une région volatile où l’engagement des USA n’a jamais été aussi profond. Provoquera-t-il (ou elle) simplement une réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU, ou une défense urgente d’Israël ? Et comment, dans le cas d’une guerre généralisée au Moyen-Orient, le Président sauvegardera les forces américaines tristement exposées en Irak ?

Le Moyen-Orient continuera d’être la source des menaces les plus graves pour la sécurité des USA, que ce soit dans le long terme sous forme de l’Iran dotée de l’arme nucléaire, ou dans le court terme avec une guerre imprévue engageant plusieurs Etats. Aussi les candidats doivent être pressés de questions sur la façon dont ils gèreront une chaîne de réactions dans la quelle des évènements à Gaza engloberont soudain la région. Pour paraphraser un vieux slogan : C’est le Moyen-Orient, idiot.

L’éventualité qu’une petite bagarre à la frontière entre les Israéliens et les Palestiniens puisse allumer une conflagration régionale ne devrait pas être trop surprenante. Un enchaînement très similaire d’évènements a conduit à l’éruption la plus volcanique dans l’histoire moderne de la région, faisant convulser de façon irréparable le Moyen-Orient, et taillant beaucoup des sillons qui le déstabilisent encore.

Ce conflit aussi commença par des attaques palestiniennes en Israël, une série de représailles israéliennes, et une protestation de masse appelant à la revanche. Le compte à rebours commença il y a juste 43 ans, la veille du Nouvel An de 1964, quand des terroristes palestiniens appartenant à la faction Fatah traversèrent la frontière du Liban pour attaquer Israël. Malgré l’interception des infiltrés, le chef du Fatah, Yasser Arafat, déclara que cette attaque était une victoire héroïque et osa mettre au défi les dirigeants arabes de faire montre de la même audace.

Peu le pouvaient. Le monde arabe à l’époque était divisé entre deux camps en guerre : les dictateurs socialistes, prosoviétiques en Egypte, Syrie, et en Irak, et les monarques conservateurs pro-occidentaux en Arabie saoudite, Jordanie et ailleurs. Le dirigeant enflammé de l’Egypte, Gamal Abdel Nasser, qualifiait joyeusement le roi Hussein de Jordanie de « putain » sioniste, faisant monter la tension en suggérant que les rois étaient des laquais des Américains. Malgré la rhétorique, les dirigeants arabes ne voulaient pas vraiment la guerre avec Israël. Mais le défi d’Arafat leur laissa peu de choix.

Nasser répondit en ordonnant que l’Organisation de Libération de la Palestine, créée à l’origine comme outil de propagande égyptienne, lance des attaques à travers sa frontière. Les Israéliens répliquèrent, faisant sauter les quartiers généraux du Fatah sur la Rive Occidentale. La Jordanie accusa Nasser de se « cacher derrière les jupes » des soldats de la paix de l’ONU déployés dans le Sinaï pour séparer l’Egypte et Israël. Mortifié, Nasser expulsa les forces de l’ONU le 15 mai 1967, et ferma la voie maritime stratégique de la Mer Rouge aux bateaux israéliens. Soudain, Nasser était le champion de la « rue arabe », acclamé par d’immenses manifestations qui exigeaient la destruction d’Israël. Dépouillés d’alliés internationaux, les Israéliens étaient sûrs d’être confrontés à l’annihilation.

Mais alors, Israël frappe d’abord. Le matin du 5 juin, des avions de guerre israéliens détruisirent pratiquement toute la force aérienne égyptienne, et les tanks israéliens grondèrent à travers le Sinaï et Gaza. A l’issue des Six jours de combats, Israël avait presque quadruplé les territoires sous son contrôle, dont la Rive Occidentale, les Hauteurs du Golan et Gaza. Une nouvelle ère - et de nouvelles sources de bains de sang au Moyen-Orient - avaient commencé.

Depuis, beaucoup de choses ont changé au Moyen-Orient. La Guerre Froide est bien oubliée, de même que dans les années 1960 l’inimitié entre les régimes arabes. Israël demeure une locomotive, avec davantage de compagnies de « High Tech » qu’en Europe de l’Ouest, une alliance à toute épreuve avec les Etat Unis et (hypothèse largement acceptée) un arsenal nucléaire. Le successeur d’Arafat, Mahmoud Abbas, dirige maintenant la Rive Occidentale comme chef de l’Autorité Palestinienne, engagée officiellement dans la coexistence avec l’Etat juif.

Mais malgré toutes ces transformations, le Moyen-Orient demeure dans le même contexte explosif de conflit que dans les années 1960. La région est toujours divisée amèrement - non pas entre le nationalisme arabe et le conservatisme, mais entre la modération religieuse et l’éruption de l’islamisme radical encouragé, en partie, par la Guerre des Six Jours. Soutenue par la Syrie et l’Iran, une phalange de groupes terroristes menace aussi bien les sociétés israélienne et arabes. Israël a signé des traités de paix avec l’Egypte et la Jordanie, et est de nouveau engagée dans des pourparlers de paix avec les Palestiniens, mais elle demeure un objet d’abomination pour l’immense majorité des Moyen-Orientaux. Et la violence à Gaza - maintenant dirigé par un gouvernement Hamas élu démocratiquement - peut encore faire jaillir des manifestations agitées à travers les rues de la région.

S’il est possible, le Moyen-Orient est encore plus inflammable aujourd’hui que dans les années 1960 du fait des innombrables milliers de missiles à courte et longue portées dans les arsenaux de ses armées. Ces armes amplifient largement le potentiel de destruction de toute confrontation militaire tout en réduisant considérablement le temps de la prise de décision qui peut être nécessaire pour empêcher une guerre totale. Et les armes modernes, y compris non conventionnelles, rendent tout plus effrayant. Un conflit entre Israël et l’Iran pourrait bien ne pas durer six jours mais six heures, déchaînant des ondes de choc encore plus sismiques que celles de 1967.

Les dirigeants contemporains du Moyen-Orient ne peuvent se permettre d’ignorer ces leçons. Pas plus que ceux qui prennent les décisions - et ceux qui le deviendront - aux Etats Unis. Bien que l’administration Bush en déclin soit concentrée pour tenter d’obtenir un traité de paix israélo-palestinien, un soutien à l’Irak et une démonstration de muscle à l’Iran, elle ne doit pas minimiser le danger qu’une escarmouche frontalière d’apparence limitée puisse rapidement se hisser à une catastrophe régionale.

Pas plus que le successeur de Bush. Le prochain commandant en chef pourrait avoir à passer directement de la cérémonie d’inauguration [le 20 janvier 2009, Ndt] à la Salle de Situation pour désamorcer une crise au Moyen-Orient de dimensions monumentales. Cet instant pourrait bien se tenir à un jet de Qassam.


http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2008/02/25/AR2008022502224.html

Michael B. Oren, expert de haut niveau au” Shalem Center in Jerusalem”, est l’auteur de « Six Days of War » et de « Power, Faith, and Fantasy : America in the Middle East, 1776 to the Present. »


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