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Assad altère son interview au New York Times : un message aux Américains, un autre aux Syriens

MEMRI

dimanche 11 janvier 2004
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Dans un article affiché le 5 décembre 2003 sur Al-Rai, site du parti communiste syrien, le journaliste syrien Subhi Hadidi (1) critique l’omission de longs passages dans la version syrienne de l’interview accordée par le président Bashar Assad au New York Times le 30 novembre 2003.

L’interview a été menée en arabe, puis traduite en anglais par le bureau des publications d’Assad pour le New York Times, tandis qu’une version arabe a été publiée par l’ Agence de presse Sana, affiliée au gouvernement syrien, ainsi que par le quotidien Al-Sharq Al-Awsat, édité en arabe à Londres. Voici quelques extraits de l’article de Hadidi affiché sur Al-Rai : (2)


Deux langues, deux versions

" Le président syrien a accordé une longue interview au journal américain New York Times, révélant la mentalité de Bashar Assad quant à ses paroles, ses actions et sa façon de faire. Il s’agit de l’interview la plus importante d’Al-Assad accordée à la presse américaine, interview qui fournit un bon exemple de la philosophie qui domine au palais présidentiel (…)

Peut-on concevoir que le président fasse des déclarations destinées à la presse américaine (et donc internationale, vu que l’interview a été menée en anglais), et que ces déclarations diffèrent de celles publiées par les médias syriens ? Si tel est bien le cas (…) comment ce président peut-il être considéré comme jeune, moderne et partisan de la réforme (même au sens le plus large du terme), et comment peut-il être considéré comme responsable ?

Commençons par mentionner les chiffres : la version anglaise, publiée sur le site du New York Times, contenait 11.280 termes (…) L’agence de presse syrienne Sana et la presse syrienne officielle ont publié une prétendue ’version complète’, qui ne contenait que 5.500 termes. Le journal londonien Al-Sharq Al-Awsat publie la ’version arabe complète de l’interview’, qui comprend quant à elle 7.667 mots.

Où ont disparu les 2.200 termes si, comme l’affirme la presse américaine, c’est bien le bureau présidentiel qui s’est chargé de la traduction en anglais ? Qu’a dit Al-Assad à l’Amérique et au monde entier qu’il n’a pas cru bon de révéler aux Syriens ?

La partie omise comportait des questions et des réponses portant sur la situation intérieure [en Syrie], l’Irak, le Hezbollah, la normalisation avec l’Etat hébreu et la coopération sécuritaire entre les Etats-Unis et la Syrie. Ce sont là des domaines qui nécessitent des progrès particuliers, mais je me contenterai de mentionner brièvement une étonnante déclaration du président Al-Assad, présente aussi bien dans la presse occidentale qu’arabe :

’A cette époque [en référence aux années 80], Saddam Hussein envoyait de gros wagons chargés d’explosifs dans le but de tuer des milliers de Syriens. Il a abattu plus de 15.000 personnes en quatre ans.

Est-ce bien vrai ? Saddam Hussein a-t-il tué 15.000 Syriens en seulement quatre ans ? Quand donc Saddam a-t-il perpétré ces massacres terrifiants, et où ? Pourquoi n’en entend-on parler que maintenant ? Comment le gouvernement a-t-il pu si longtemps garder le silence sur un nombre aussi impressionnant de victimes parmi ses citoyens ?

Ne s’agit-il pas là d’une déclaration surprenante, si elle est vraie, et plus surprenante encore si elle est fausse ? Et si c’est un simple lapsus, n’est-il pas plus gênant encore qu’un mauvais pas dû au manque d’expérience ou qu’une bévue due à un manque de savoir-faire ? "


Assad : L’opposition en Syrie est loyale à la Syrie face aux Etats-Unis

" Le contenu omis par les médias syriens avait trait à la situation intérieure et peut être divisé en deux [parties] : des questions gênantes posées par l’interviewer, contenant, il faut bien l’admettre, une pression menaçante, et les réponses à ces questions (…)

L’une des réponses du président fut : ’(…) L’opposition syrienne dans et en dehors de Syrie n’est pas favorable au régime syrien, à la constitution ou au gouvernement syrien. Toutefois, elle est contre les déclarations américaines concernant l’apport de la démocratie en Irak. Je veux dire qu’elle s’oppose à l’importation de la démocratie par la force ou par d’autres moyens. Telle est clairement son opinion, comme on peut le constater à la télévision ou dans les journaux (…)

Si Al-Assad est conscient d’une telle conformité d’opinion de la part de l’opposition syrienne et la mentionne aux Américains presque avec fierté, pourquoi la cache-t-il au peuple syrien ? Ce malheureux peuple est-il arriéré au point que même cela lui soit caché - bien qu’il finisse tout de même par être mis au courant par la télévision et les journaux, comme le fait remarquer le président lui-même ? Et si le peuple syrien est aussi arriéré, comment Al-Assad peut-il en faire si généreusement l’éloge quand il évoque l’ ’amour’ du peuple pour le président ? (…) « Assad : Les exigences des minorités concernant leurs droits n’ont rien à voir avec l’opposition au régime syrien » En est-il de même des autres parties omises, qui consistent en ce que l’on pourrait appeler ’un dialogue de sourds’ ? (…) Prenons par exemple cet échange entre le journaliste américain et le président syrien :

’[Question]  : Il fut une époque où le dialogue était ouvert, où les gens allaient à des forums et où il y avait des débats. Tout cela a pris fin. Pourquoi donc ?

Al-Assad  : Rien n’a pris fin. Vous pouvez vous rendre à l’Institut Al-Atassi, et nous en avons beaucoup d’autres.

Question  : Il y a tout juste deux mois, ils ont essayé d’en organiser un [forum] à Alep, et les hommes ont été arrêtés à leur arrivée.

Al-Assad  : Il s’agissait d’un débat sur une certaine ethnie. Ils ne critiquaient pas le gouvernement ; ils évoquaient les droits des Kurdes (…) C’est l’unité nationale qui est en jeu quand on parle d’ethnies. Nous avons des Tchétchènes, des Arméniens, et la loi en Syrie ne permet pas d’en parler. C’est notre loi. Je ne connais pas ces gens, mais ils font des manifestations que notre loi interdit. Cela n’a rien à voir avec le régime.’

La vérité est que les gens comprennent pourquoi les médias syriens évitent de publier ce passage. Il n’existe pas d’institut Al-Atassi ; il y a seulement un club de ce nom. Les résidents d’Alep n’étaient pas en train de manifester, mais de participer à un symposium politique portant sur les droits des Kurdes ; mais même s’ils avaient manifesté, quel crime auraient-ils commis ?

Le président sait-il que des centaines de milliers de Kurdes syriens n’ont toujours pas la citoyenneté ? Sait-il que leur situation est pire que celle des Bédouins du Koweït ? (…)

Un autre exemple d’omission révèle l’un des aspects de la philosophie du président Assad : (…) [Assad] imagine que l’Etat et les citoyens vivent dans une saine [réalité] démocratique, et fait l’éloge excessif des réformes qui se mettent doucement en place.

Devant rendre compte de la lenteur des réformes, il ne met toutefois pas en cause l’opposition de la ’vieille garde’, du parti Baath ou des personnes corrompues au plus haut niveau du régime, mais l’attribue à pratiquement une seule cause : le manque de personnel qualifié à même de [gérer] la réforme.

Voyons le dialogue qui suit :

’Question  : Il y a deux ans, à Damas, on pouvait assister à toutes sortes de débats sur la démocratie, la loi et la réforme économique, mais tout cela a disparu.

Al-Assad  : C’est faux. Je vais vous donner l’adresse d’Atassi, qui représente l’opposition.

Question  : Mais cela ne fait qu’une personne. Autrefois, il y en avait des dizaines.

Al-Assad  : Permettez que je vous pose une question : quel est le chiffre idéal ?

Question  : Ce n’est une question de chiffre : les gens ne se sentent plus libres d’avoir un débat public.

Al-Assad  : Pourquoi n’allez-vous pas pour vous faire une idée par vous-même ?

Question  : J’ai cherché des débats. Il est très difficile d’en trouver.

Al-Assad  : Vous voulez qu’on vous donne des noms ?’

Assad veut-il dire que les clubs existent encore, comme autrefois ? Suffit-il de communiquer l’adresse de l’Institut Al-Atassi pour prouver l’existence de la liberté d’expression, sans même parler de la mise en place de la démocratie ? "


Assad cherchant à couvrir la corruption

" L’autre partie est encore plus surprenante, vu qu’elle repose sur l’exemple classique de la dérobade, au moyen de la langue politique moderne, de raffinement artistique, de tromperie et de l’art de s’esquiver.

L’[interviewer] interroge Al-Assad sur la corruption de l’entourage du président ; Al-Assad demande : ’Pourquoi de mon entourage ? Que voulez-vous dire par là ?’ Sans hésiter, l’[interviewer] mentionne le cousin du président, qui fut pris dans une affaire de téléphones portables, et précise : ’La liste est longue’. Le président répond : ’Il est syrien comme tous les Syriens, et peu importe qu’il s’agisse de mon cousin, de mon frère ou de qui que ce soit d’autre. Il existe une loi en Syrie.’

Est-ce [la même] loi qui a puni Riyad Seif (3) d’avoir révélé les merveilles de l’affaire du téléphone portable ? Est-ce en vertu de l’esprit de cette loi que le président laisse entendre que Seif est en prison pour impôts non payés, tandis que d’autres ont essayé de menacer l’unité de l’Etat en ’portant atteinte au régime syrien pluraliste ? (…)’

L’art de la dérobade devient silence dès qu’il s’agit du cousin, vu qu’il est syrien comme tous les Syriens, mais se transforme en accusation contre Riyad Seif, qui peut-être n’est pas syrien, et qui met en danger l’unité de l’Etat en s’occupant de problèmes ethniques (…)

Qui donc a édité, amendé et censuré l’interview du président ? Est-ce le protagoniste de l’entretien lui-même ? Est-ce un autre organisme, mieux versé dans la doctrine de la magie et du secret ? Pourquoi la traduction fournie au New York Times n’a-t-elle pas aussi été censurée ? Le palais [présidentiel] souhaite-t-il, en fournissant une traduction complète, persuader la presse américaine que le régime est géré avec intégrité et transparence, méprisant ce faisant l’intelligence des Syriens qui n’ont eu droit qu’à des passages sélectionnés ? "

(1) Hadidi réside actuellement à Paris et écrit, entre autres, pour le quotidien londonien Al-Qods Al-Arabi.

(2) Al-Rai (Syrie), le 5 décembre 2003 http://www.arraee.com/artical/nov/a...

(3) Ancien membre du Parlement syrien condamné en juillet 2002 à cinq ans de prison pour avoir « illégalement tenté de changer la constitution. »

L’Institut de Recherche Médiatique du Moyen-Orient (MEMRI) est une organisation indépendante à but non lucratif qui traduit et analyse les médias du Moyen-Orient. Des copies des articles et autres documents cités, ainsi que toute information d’ordre général, sont disponibles sur simple demande.

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