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L’héritage d’Hitler : L’antisémitisme islamique et l’impact des « Frères Musulmans »

Par Matthias Küntzel - Adaptation française de Sentinelle 5768 ©

lundi 5 novembre 2007
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Aujourd’hui, je vais souligner particulièrement l’antisémitisme de l’ancêtre de toutes les formes d’islamisme, les « Frères Musulmans ». Pourquoi ? Parce que il me semble que cette organisation possède une présence particulièrement forte en Grande Bretagne. Parce que - autant que je puisse dire - ce n’est qu’en Grande Bretagne qu’elle est parvenue à forger une alliance avec certaines fractions de la Gauche - le « Socialist Workers Party* » et Ken Livingstone [Maire de Londres gauchiste, Ndt] vient ici à l’esprit.

Cette alliance peut aussi expliquer en partie pourquoi on entend des propositions prononcées en Grande Bretagne, qui nous laissent en Allemagne, pensant à ce qui s’est passé en 1933, tout simplement sidérés. Je pense ici à des propositions de boycott d’Israël, et je me félicite de la réaction di gouvernement britannique au « Rapport de l’enquête parlementaire interpartis sur l’antisémitisme » qui déclare que « de tels boycotts sélectifs... sont anti-juifs en pratique » et sont une « attaque contre la liberté universitaire et les échanges intellectuels ». [1]

L’antisémitisme islamique n’affecte pas seulement la Grande Bretagne bien sûr. Dans certains cercles en Allemagne aussi, l’antisémitisme est devenu de plus en plus une part de l’identité musulmane. Nous entendons le mot « Juif » utilisé comme une injure, nous sommes témoins de l’adulation de ’rappers’ qui incitent à attaquer les Juifs, et nous entendons le terme « nazi » utilisé comme un compliment.

A Berlin un écolier musulman a lancé un appel pour que « tous les Juifs soient gazés ». Un gang d’étudiants a tendu un traquenard à l’un de leur condisciple dans un laboratoire de chimie, lui déclarant « maintenant, nous allons ouvrir les robinets de gaz », et pendant la visite du Musée de l’Histoire de l’Allemagne, un groupe d’étudiants musulmans s’est assemblé autour d’une réplique de chambre à gaz et a applaudi. Voyez-vous, ils ne considéraient pas l’Holocauste comme une alerte, et ils ne niaient pas qu’il soit arrivé ; C’était voulu comme une source d’inspiration, une preuve que c’est possible, que des millions de Juifs puissent être tués. Mais les choses vont-elles mieux en Grande Bretagne ?

« Dans la banlieue de Hampstead Garden, des swastikas et les mots ’Kill all Jews’ [Tuez tous les Juifs] et ’Allah’ étaient barbouillés sur la maison et la voiture de Justin Stebbing » rapporte ’the Times’. Le Dr Stebbing, qui travaille dans un hôpital, déclara : « Je me suis sentie violée. C’est horrible. »[2] Swastika, « kill all Jews » and « Allah » - Voilà le thème de mon intervention aujourd’hui.

Selon le journaliste Richard Littlejohn, « J’ai rencontré un guide pour le tour ’Jack l’éventreur » dans l’est de Londres, qui a été battu par un groupe de jeunes Musulmans, qui après avoir vu son costume d’époque - un long manteau noir et un chapeau noir - a cru qu’il s’agissait d’un Juif orthodoxe, et que donc il méritait une correction. Ils ne voulaient d’un ’sale Juif’ dans ’leur’ voisinage ".

Enfin, une enquête d’opinion en 2006 - selon le ’Times - « révéla qu’un horrible nombre de 37 % des Musulmans sondés pensaient que la communauté juive en Grande Bretagne était une cible légitime ... et pas moins de 46 % pensait que la communauté juive constituait une ligue avec les Francs-Maçons pour contrôler les media et la politique ». [3]

Cela n’est pas seulement l’antisémitisme ’normal’ de préjugé racial ou de discrimination religieuse ou sociale. Cela n’est pas non plus le type d’hostilité envers les Juifs trouvés dans le Coran. Nous avons affaire ici avec le cœur de l’antisémitisme qui déshumanise et diabolise les Juifs et qui a beaucoup en commun avec l’idéologie nazie. Dans l’islamisme, cette haine des Juifs reçoit un nouveau versant radical par son association avec l’idée de guerre de religion - avec une mission religieuse globale, une croyance au paradis et aux récompenses du martyre. Cela le rend dans le même temps suicidaire et génocidaire. [4]

Prenons l’exemple de Mohammed Sidique Khan, le chef du cercle des attentats à la bombe de Londres, qui vivait à Leeds et avait travaillé comme animateur de jeunes à Beeston. Qu’est-ce qui l’a conduit à se faire exploser parmi des personnes innocentes ?

La vidéo testament de Sidique Khan est très claire. Elle ne montre aucun signe de désespoir, mais la détermination d’un soldat. Citons Sidique Khan : « Notre motivation motrice ne provient pas de biens tangibles que ce monde peut offrir... Nous sommes en guerre, et je suis un soldat ». [5]

La vidéo testament de Shehzad Tenweer, un autre perpétrateur de l’attentat du 7 juillet 2005 qui vivait à Leeds et étudiait à la « Leeds Metropolitan University », est aussi très clair. Citons le : « Nous sommes engagés à 100 % pour la cause de l’Islam. Nous aimons la mort autant que vous aimez la vie ». [6]

Cette culture de la mort qui éteint l’instinct qui unit normalement tous les êtres humains - l’instinct de survie - est quelque chose qui dépasse l’imagination. C’est quelque chose que même George Orwell n’a pas pu décrire. La malignité choquante de tels messages conduit une personne qui souhaite garder prise sur de fermes modèles de la raison à les supprimer ou les arrêter. « Nous détournons instinctivement le regard comme nous le faisons quand nous sommes confrontés à une monstrueuse difformité », écrit David Gelertner. « Rien n’est plus dur ni plus effrayant à voir qu’un autre humain qui perd sa forme ». [7) Mais alors que cela peut dans une certaine mesure excuser l’attitude du citoyen ordinaire, cela ne peut pas justifier la manière dont les media, l’université et les politiciens se sont comportés. Notre tâche est de faire le contraire. Nous ne devons pas détourner le regard, mais plutôt examiner le monde des fantasmes des perpétrateurs, et chercher à saisir la logique immanente derrière leurs actes. Si l’on veut combattre et repousser l’idéologie islamiste, il faut d’abord la prendre au sérieux sous son aspect spécifique, avec ses propres principes et son histoire.

De fait, l’islamisme contemporain ne peut être expliqué que dans le contexte des 80 ans de son histoire.

Cela est démontré par l’exemple de Shehzad Tenweer. Avec son « Nous aimons la mort autant que vous aimez la vie », il se plaçait dans la tradition directe de Hassan al-Banna, qui fonda les « Frères Musulmans » en 1928. Dix ans plus tard, en 1938, Hassan al-Banna publia sa conception du jihad dans un article intitulé « l’industrie de la mort » qui devait devenir fameux. Ici, le terme « industrie de la mort » ne dénote pas quelque chose d’horrible mais un idéal. Al-Banna écrivait : « C’est seulement à une nation qui perfectionne l’industrie de la mort et qui sait mourir noblement, que Dieu confère une vie fière dans ce monde et une grâce éternelle dans la vie à venir ». Ce slogan fut repris avec enthousiasme par les « soldats de Dieu », comme les ’Frères Musulmans’ se désignaient eux-mêmes. Alors que leurs bataillons marchaient sur les boulevards du Caire en formation semi fasciste, ils entonnaient le chant : « Nous ne sommes pas effrayés par la mort, nous la désirons... Mourons pour racheter les Musulmans ! »

L’approche que je compte utiliser aujourd’hui est historique. Mon intervention est centrée sur trois incursions dans l’histoire. La première nous ramène plus en détails sur les racines de l’islamisme chez les ’Frères Musulmans’.

Les racines de l’islamisme

Malgré des erreurs courantes, l’islamisme n’est pas né dans les années 1960, mais dans les années 1930. Son ascension ne fut pas inspirée par la faillite du nassérisme mais par l’ascension du fascisme et du nazisme.

Ce fut ’l’Organisation des Frères Musulmans’, fondée en 1928 en Egypte, qui établit l’islamisme comme un mouvement de masse. La signification des ’Frères’ pour l’islamisme est comparable à celle du Parti Bolchevik pour le communisme. Elle fut et demeure jusqu’à aujourd’hui le point de référence idéologique et le cœur organisationnel pour tous les autres groupes islamistes suivants, y compris al Qaïda et le Hamas ou le groupe autour de Sidique Khan.

Il est vrai que la politique coloniale britannique a produit l’islamisme, dans la mesure où l’islamisme se considérait comme un mouvement de résistance contre la « modernité culturelle ». Leur « lutte de libération », cependant, avait plus en commun avec la « lutte de libération » des nazis qu’avec tout autre mouvement progressiste.

Ainsi, les ’Frères’ plaidaient pour le remplacement du parlementarisme par un Etat d’ordre « organique » fondé sur le califat. Ils exigeaient l’abolition de l’intérêt et du profit à remplacer par une communauté d’intérêts imposée de force entre le capital et le travail.

Au premier plan des efforts des « Frères », il y a le combat contre les tentations « sensuelles et matérialistes du monde communiste et capitaliste ». A l’âge tendre de 13 ans, Al-Banna pubescent avait fondé une « Société pour la Prévention de l’Interdit » [8] et c’est ce que les ’Frères’ étaient et sont essentiellement - une communauté de zélotes mâles, dont le premier souci est d’empêcher tous les pêchés sensuels et sexuels interdits selon leur interprétation du Coran. Leur signature était très clairement apparente quand ils réduisaient périodiquement en cendres les night-clubs locaux, les maisons closes et les cinémas - constamment identifiés à l’influence juive.

Enferrée dans cette phobie, la société des ’Frères Musulmans’, depuis le jour de sa fondation, apporta un havre à tout homme dédié à la restauration de la suprématie masculine. Au moment même où la libération des femmes de l’infériorité décrétée par l’islam traçait graduellement sa route, les ’Frères Musulmans’ se posèrent en point de ralliement pour la restauration de la domination patriarcale.

C’est d’un côté un mouvement religieux conservateur : pour al-Banna, seul un retour à l’islam orthodoxe pouvait ouvrir la voie à la fin des conditions et humiliations intolérables des Musulmans, et rétablir l’ordre islamique légitime. [9] C’était en même temps un mouvement politique révolutionnaire, et comme tel, un pionnier dans beaucoup de domaines. Les « Frères » étaient la première organisation islamique à poser des racines dans les villes, et à organiser un mouvement de masse capable en 1948 de rassembler un million de personnes en Egypte seulement. C’était un mouvement populiste et militant, non pas élitiste, et c’était le premier mouvement qui s’occupa de construire systématiquement une sorte « d’Internationale islamiste ».

La réponse des islamistes à tout était l’appel à un nouvel ordre fondé sur la sharia. Mais le jihad des « Frères » n’était pas dirigé d’abord contre les Britanniques. Plutôt, il se concentrait presque exclusivement contre le sionisme et les Juifs. L’appartenance aux « Frères » grimpa de 800 à 200.000 de 1936 à 1938. [10] Pendant ces deux années, les « Frères » conduisirent seulement une grande campagne en Egypte, campagne dirigée contre le sionisme et les Juifs.

Le coup de départ de cette campagne, qui établit les « Frères » comme un mouvement antisémite de masse, fut tiré lors d’une rébellion en Palestine dirigée contre l’immigration juive et initiée par le fameux Grand Mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini. Les « Frères » organisèrent des manifestations de masse dans les villes égyptiennes avec les slogans : « Mort aux Juifs ! » et « Juifs hors d’Egypte et de Palestine ». Leur haine des Juifs provenait d’un côté de sources islamiques. D’abord, les islamistes considéraient, et considèrent toujours, la Palestine comme un territoire islamique. Un ’Dar al islam’, où les Juifs ne doivent pas diriger un seul village, sans parler d’un Etat. Ensuite les islamistes justifient leur aspiration à éliminer les Juifs de Palestine en invoquant l’exemple de Mohammed, qui au 7ème siècle n’expulsa pas seulement deux tribus juives de Médine, mais décapita aussi la totalité de la population mâle d’une troisième tribu, avant de procéder à la vente en esclavage de toutes les femmes et enfants. Troisièmement, ils trouvèrent un soutien et un encouragement à leurs actes et projets dans la célèbre phrase coranique : « Les Juifs doivent être considérés comme les pires ennemis des croyants ».

Leur haine des Juifs était aussi inspirée par les influences nazies : des bulletins appelaient au boycott des biens et des magasins juifs, et le journal des « Frères », al-Nadhir, comportait un éditorial régulier sur le « danger des Juifs en Egypte », qui publiait les noms et adresses des hommes d’affaires juifs et des éditeurs de journaux présumés juifs partout dans le monde, attribuant tout le mal, depuis le communisme jusqu’aux maisons closes, au « danger juif ».

La campagne des « frères » utilisa non seulement les modèles nazis d’actions et de slogans mais aussi le financement allemand. Et l’Historien Brynjar Lia rapporte dans sa monographie sur les « Frères », des « documents saisis dans l’appartement de Wilhelm Stellbogen, directeur de l’agence d’information allemande affiliée à la légation allemande au Caire, montrant qu’avant octobre 1939, les » Frères Musulmans recevaient des subsides de cette organisation. Stellbogen fut essentiel dans le transfert de ces fonds aux « Frères », fonds considérablement plus importants que ceux offerts à d’autres activistes antibritanniques. Ces transferts paraissent avoir été coordonnés par Hadj Amin al-Husseini et certains de ses contacts palestiniens au Caire ". [11]

Pour résumer notre premier voyage dans l’histoire : nous avons vu que l’ascension du nazisme et de l’islamisme eurent lieu à la même période. Cela n’était pas un hasard, car les deux mouvements représentaient des tentatives de répondre à la crise économique mondiale de 1929 et à la crise du capitalisme libéral. Quelles qu’aient pu être leurs différentes réponses, ils partagèrent un critère central crucial : dans les deux cas, le sens d’appartenir à une communauté homogène avait été créé en se mobilisant contre les Juifs.

D’abord cependant, l’antisémitisme européen se révéla un outil inefficace dans le monde arabe. Pourquoi ? Parce que le fantasme européen sur la conspiration juive mondiale était étranger à la vision islamique originelle sur les Juifs. Ce n’est que dans la légende de Jésus Christ que les Juifs apparaissent comme une force fatale et puissante qui serait allé aussi loin que le meurtre du fils unique de Dieu. L’Islam raconte une histoire très différente. Là ce n’étaient pas les Juifs qui assassinèrent le prophète, mais le prophète qui tua les Juifs de Médine. En conséquence, les caractéristiques de l’antisémitisme chrétien ne se sont pas développées dans le monde musulman. Il n’y avait pas de crainte de conspiration ou de domination juives, pas d’accusation de mal diabolique. Au lieu de cela, les Juifs étaient traités avec mépris ou une tolérance condescendante. Cet héritage culturel rendait absurde l’idée que les Juifs au sein d’un peuple pouvaient représenter un danger permanent pour les Musulmans, et pouvaient contrôler les media et la politique en association avec les Francs-Maçons. Cela nous amène à notre second point : le transfert de l’antisémitisme européen au monde musulman entre 1937 et 1945 sous l’impact de la propagande nazie.


Islamisme et National-socialisme

Amin al-Husseini, le tristement célèbre mufti de Jérusalem, étroitement lié aux « Frères Musulmans », recherchait déjà une alliance avec l’Allemagne nazie dès le printemps 1933. D’abord, cependant, Berlin montra du dédain. D’un côté, Hitler avait déjà déclaré sa croyance dans « l’infériorité raciale » des Arabes dans ’Mein Kampf’ alors que de l’autre, les nazis étaient très anxieux de ne pas gâcher une conciliation avec les Britanniques.

En juin 1937 cependant, les nazis changèrent d’avis. Le déclencheur fut la solution à deux Etats du plan Peel. Berlin voulait à tout prix empêcher la naissance d’un Etat juif, et donc accueillit favorablement les avances du mufti. L’antisémitisme arabe allait disposer d’un promoteur puissant.

Un rôle central dans l’offensive de propagande a été tenu par une station de radio nazie, aujourd’hui presque totalement oubliée. Depuis les jeux olympiques de Berlin de 1936, un village dénommé Zeesen, situé au sud de Berlin, fut le siège à cette époque du transmetteur radio à ondes courtes le plus puissant du monde. Entre avril 1939 et avril 1945, Radio Zeesen touchait les masses musulmanes illettrées grâce à des programmes quotidiens en arabe, qui étaient aussi diffusés en langues persane et turque. A cette époque, écouter la radio dans le monde arabe se situait d’abord dans les squares publics ou les bazars ou les cafés. Aucune autre station n’était plus populaire que ce service nazi de Zeesen, qui mêlait habilement une propagande antisémite avec des citations du Coran et de la musique arabe. Les alliés de la Deuxième Guerre Mondiale étaient présentés comme des laquais des Juifs, et le tableau des « Nations Unies juives » s’enfonçait dans le crâne de l’auditoire. Au même moment, les Juifs étaient attaqués comme les pires ennemis de l’Islam : « le Juif depuis l’époque de Mohammed n’a jamais été un ami du Musulman, le Juif est l’ennemi, et il plaît à Allah de le tuer ». [12]

Depuis 1941, la programmation de Zeesen en arabe avait été dirigée par le mufti de Jérusalem qui avait émigré à Berlin. Le but du mufti était « d’unifier toutes les terres arabes dans une haine commune des Britanniques et des Juifs », comme il l’écrivit dans une lettre à Adolf Hitler. L’antisémitisme, fondé sur la notion d’une conspiration juive mondiale, cependant, n’était pas enraciné dans la tradition islamique mais plutôt, dans des modèles idéologiques européens.

Le mufti s’empara donc du seul instrument qui faisait vraiment bouger les masses arabes : l’islam. Il inventa une nouvelle forme de haine antijuive en la redistribuant dans le moule islamique. Il fut le premier à traduire l’antisémitisme chrétien en langage islamique, créant ainsi un « antisémitisme islamique ». Son premier manifeste majeur portait le titre : « Islam-Judaïsme. Appel du grand mufti au monde islamique en l’an 1937 ». Ce pamphlet de 31 pages atteignit tout le monde arabe, et il existe de indications montrant que des agents nazis y contribuèrent. Citons au moins un de ses brefs passages :

« La lutte entre les Juifs et l’islam a commencé quand Mohammed s’enfuit de la Mecque à Médine... Les méthodes juives étaient, même à cette époque, les mêmes qu’aujourd’hui. Comme toujours, la leur était la calomnie... Ils disaient que Mohammed était un escroc... Ils commencèrent à poser à Mohammed des questions insensées et insolubles... et ils s’efforcèrent de détruire les Musulmans... Si les Juifs pouvaient trahir Mohammed de cette manière, comment vont-ils trahir les Musulmans de nos jours ? Les versets du Coran et des hadiths vous prouvent que les Juifs étaient les opposants les plus féroces de l’Islam et continuent de tenter de le détruire ».

Ce que nous avons ici est une forme popularisée de haine antijuive, fondée sur la tradition du conte populaire oriental, qui va constamment d’avant en arrière entre le 7ème et le 12ème siècles. Cette espèce de haine antijuive est utilisée aujourd’hui par le groupe britannique Hizb ut-Tahir. En 2002, cette organisation reproduisit un bulletin sur son site Internet déclarant : « les Juifs sont un peuple de calomnie... Ils fabriquent des mensonges et distordent les mots hors de leur vrai contexte... Tuez les où que vous les trouviez ». [13]

La littérature islamique classique avait pour règle de traiter la rupture de Mohammed avec les Juifs de Médine comme un épisode mineur de la vie du prophète. Les passages antijuifs dans le Coran et les hadiths étaient restés dormant ou considérés de peu de d’importance pendant les siècles précédents.

Ces éléments étaient désormais investis d’une vie et d’une vigueur nouvelles. Maintenant, le mufti commençait d’attribuer une véritable signification cosmique à une attitude présumée hostile des tribus juives de Médine envers le prophète. Désormais, il relevait les accès de haine occasionnels trouvés dans le Coran et les hadiths, et bourrait sans arrêt le crâne des Musulmans en toute occasion disponible - y compris par la radio à ondes courtes de la station de Berlin.

Radio Zeesen fut un succès non seulement au Caire ; elle eut de l’impact à Téhéran aussi. L’un de ses auditeurs réguliers était un certain Ruhollah Khomeiny. Quand au cours de l’hiver 1938, Khomeiny âgé de 36 ans retourna dans la ville iranienne de Qom depuis l’Irak, il « apporta avec lui un récepteur radio construit par la compagnie britannique Pye... La radio s’avéra un bon achat... » De nombreux mollahs se rassemblaient à son domicile, souvent sur la terrasse, le soir, pour écouter Radio Berlin et la BBC « , écrit son biographe Amir Taheri. Même le consulat allemand à Téhéran était surpris par le succès de sa propagande. » A travers le pays, les chefs spirituels du pays sortent pour dire que « le douzième imam avait été envoyé dans le monde par Dieu sous la forme d’Adolf Hitler » apprenait-on dans un rapport à Berlin en février 1941.

Ainsi, sans aucune implication de la légation, une forme de plus en plus efficace de propagande avait monté, qui voyait le führer et l’Allemagne comme une réponse à chaque prière... Une manière de promouvoir ce courant est de souligner vivement la lutte de Mohammed contre les Juifs dans les temps anciens, et celle du führer aujourd’hui ". [14] Alors que Khomeiny n’était pas un partisan de Hitler, ces années pourraient bien avoir forgé ses attitudes antijuives, qui à leur tour allaient plus tard forger les attitudes de son partisan le plus ardent, Mahmoud Ahmadinejad.

Pour résumer : la trace historique fait mentir l’hypothèse de l’antisémitisme islamique déclenché par la politique sioniste ou israélienne. En 1937 - onze ans avant la fondation d’Israël ! - l’Allemagne commença à disséminer un antisémitisme islamique qui fusionne aujourd’hui dans l’opinion islamique traditionnelle sur l’infériorité des Juifs, avec la notion européenne de leur puissance cachée. Dans le même temps, nous trouvons que les Juifs sont vilipendés comme des « porcs et des singes », tout en étant simultanément diabolisés comme les maîtres marionnettistes du monde politique. Cette forme spécifique de l’antisémitisme a été diffusée dans le monde islamique par radio Zeesen. Au moment même où les « Frères Musulmans » égyptiens étaient financés par l’Allemagne nazie pour la promotion de leur agitation antijuive. Radio Zeesen a cessé d’opérer en Avril 1945. Mais pourquoi, 62 ans plus tard, trouvons-nous l’association de la swastika et des mots « Kill all Jews » ([Tuez tous les Juifs] et « Allah » à Hampstead et ailleurs ? Cela m’amène à mon troisième et dernier point.


La seconde division du monde

Après le 8 mai 1945, le National-socialisme fut pratiquement banni à travers le monde. Dans le monde arabe, cependant, l’idéologie nazie continua de se propager. Dans son rapport sur le procès en 1961 d’Adolf Eichmann, Hannah Arendt discuta les réactions au procès dans les media arabes :

« ... Des journaux à Damas et Beyrouth, au Caire et en Jordanie ne cachaient pas leur sympathie pour Eichmann ou leur regret qu’il »n’ait pas fini le boulot«  ; Une émission au Caire le jour de l’ouverture du procès apporta même une note légèrement anti-germanique dans ses commentaires, se plaignant qu’il n’y ait pas ’le moindre incident dans lequel un avion allemand ait survolé une installation juive pour y lancer une bombe pendant toute la dernière guerre ». [15]

Le vœu profond de voir tous les Juifs éliminés fut aussi exprimé en avril 2001 par l’éditorialiste Ahmad Ragab dans le second plus grand quotidien égyptien, Al-Akhbar, contrôlé par l’Etat : « remerciez Hitler. Il a pris une revanche en avance sur les Israéliens, au nom des Palestiniens. Notre seule complainte contre lui était que sa revanche ne fût pas assez complète ». [16]

Manifestement, après le 8 mai 1945, il survint une division en deux du monde. La division du système économique et politique est bien connue sous le nom de « Guerre Froide ». La seconde division - qui fut masquée par la Guerre Froide - concernait l’acceptation et la poursuite de l’influence des modes de pensée national-socialiste.

En Novembre 1945, tout juste six mois après la fin du 3ème Reich, les « Frères Musulmans » réalisèrent les pires pogromes antijuifs de l’histoire de l’Egypte, quand des manifestants pénétrèrent dans les quartiers juifs du Caire lors de l’anniversaire de la Déclaration Balfour. Ils mirent à sac les maisons et les boutiques, attaquèrent des non musulmans, et mirent le feu aux synagogues. Six personnes furent tuées, et plusieurs centaines blessées. Quelques semaines plus tard, les journaux ’islamistes’ se tournèrent vers une attaque frontale contre les Juifs égyptiens, les insultant comme sionistes, communistes, capitalistes et suceurs de sang, comme proxénètes et marchands d’armes, ou en général, comme éléments subversifs dans tous les Etats ou sociétés « , comme Gudrun Krämer l’écrivit dans son étude » les Juifs en Egypte 1914 - 1952 ".

En 1946, les « Frères Musulmans » s’assurèrent que Amin al-Husseini, l’ancien grand mufti se voyait accorder l’asile politique et un nouveau bail dans la vie politique en Egypte. A cette époque, al-Husseini était recherché pour des charges de crimes de guerre par, entre autres, la Grande Bretagne et les Etats-Unis. Entre 1941 et 1945, il avait dirigé les divisions musulmanes SS dans les Balkans, et avait été personnellement responsable du fait que des milliers d’enfants juifs, qui auraient pu autrement être sauvés, furent envoyés à la mort dans les chambres à gaz. Tout cela était connu en 1946. Cependant, la Grande Bretagne et les Etats-Unis choisirent de renoncer à une poursuite criminelle d’al-Husseini de façon à éviter de gâter leurs relations avec le monde arabe. La France, qui détenait al-Husseini, le laissa délibérément s’échapper.

Les années de propagande nazie en arabe avaient fait du mufti la personnalité politique de loin la plus connue dans le monde arabe et islamique. Mais en 1946, l’amnistie de facto par les puissances occidentales augmenta encore le prestige du mufti. Les Arabes voyaient dans cette impunité, écrivit Simon Wiesenthal en 1946, « non seulement une faiblesse des Européens, mais aussi une absolution pour les évènements passés et futurs. Un homme qui est l’ennemi n°1 d’un empire puissant - et cet empire ne peut pas l’écarter - apparaît aux Arabes comme un chef convenable ». [17]

Désormais, le passé pro-nazi commença de devenir une source de fierté, non pas une honte, et les criminels nazis sur la liste des recherchés en Europe affluèrent dans le monde arabe. Quand le 10 juin 1946 les titres de la presse mondiale annoncèrent la « fuite du mufti de France »... les quartiers arabes de Jérusalem et toutes les villes et villages arabes furent couverts de guirlandes et de drapeaux, et le portrait du grand homme pouvait être vu partout « , rapporta un observateur contemporain. [18] Mais les plus grands partisans du mufti furent les » Frères Musulmans ", qui à cette époque pouvaient mobiliser un million personnes en Egypte seulement. [19] Ce furent eux, en effet, qui avaient organisé le retour du mufti, et avaient défendu ses activités nazies contre toute critique.

Dans les décennies suivantes, de grands tirages des écrits diffamatoires les plus infâmes sur les Juifs, « les Protocoles des Sages de Sion », furent publiés sur l’ordre de deux anciens membres très connus des « Frères Musulmans », Gamal Abdel Nasser et Anouar Sadat. Aussi bien la solidarité inconditionnelle des « Frères Musulmans » avec al-Husseini, et leurs émeutes antijuives quelques mois après Auschwitz montrent que les « Frères Musulmans » ne firent aucune objection, c’est le moins qu’on puisse dire, à la tentative d’Hitler d’exterminer les Juifs d’Europe.

Les conséquences de cette attitude, cette cécité à l’impact international de l’Holocauste, continue d’affecter le cours du conflit entre Arabes et Juifs aujourd’hui. Nous en voyons une expression à travers le refus permanent de « Conseil Musulman de Grande Bretagne », une branche britannique des « Frères Musulmans » de reconnaître la nature spécifique de l’Holocauste et d’assister aux évènements de « Holocaust Memorial Day » [jour de Commémoration de l’Holocauste] [20]

Comment les islamistes expliquent-ils le soutien international à Israël en 1947 ? Ignorant le destin réel des Juifs pendant la seconde Guerre Mondiale, ils se tournent vers des théories de la conspiration, considérant la création de l’Etat juif comme une attaque inspirée par les Juifs, par les Etats Unis et l’Union soviétique sur le monde arabe. De même, les « Frères Musulmans considèrent toute l’intervention des Nations Unies comme un complot international mené par les Américains, les Russes et les Britanniques, sous l’influence du sionisme ». La notion folle d’une conspiration juive mondiale, supprimée en Allemagne depuis le 8 mai 1945, a survécu et prospéré dans la culture politique du monde arabe.

Un exemple particulièrement frappant est la Charte adoptée en 1988 par les « Frères Musulmans » en Palestine, mieux connus sous le nom de Hamas. Dans cette Charte - qui semble avoir été copiée dans les feuillets de « Der Stürmer » [journal antisémite allemand paraissant avant et pendant la 2ème Guerre mondiale, Ndt] ; comme Sari Nusseibeh, ancien représentant de l’OLP à Jérusalem l’a écrit - le Hamas se définit lui-même comme le « fer de lance et l’avant-garde de la lutte contre le sionisme mondial ».

Dans la Charte, les Juifs sont accusés d’être derrière tous les chocs de la modernité : « ils tentent de saper les sociétés, de détruire les valeurs, de corrompre les consciences, de détériorer l’identité et d’annihiler l’Islam. Ils se trouvent derrière le commerce de la drogue et l’alcoolisme sous toutes ses formes, pour faciliter son contrôle et son expansion ». De plus ils sont tenus pour responsables de toute catastrophe majeure dans l’histoire moderne : les Juifs étaient derrière le Révolution française et la Révolution communiste... Ils étaient derrière la Première Guerre Mondiale... Ils furent derrière la Seconde Guerre Mondiale, grâce à laquelle ils firent d’énormes profits financiers dans le commerce des armements, et ouvrirent la voie à l’établissement de leur Etat...

Il n’y a aucune guerre en cours nulle part où ils n’aient leur part de responsabilité... « Leur plan, déclare l’article 32 de la Charte, est incarné dans le ’Protocole des Sages de Sion’, et leur conduite actuelle est la meilleure preuve de ce que nous disons ». Comment se peut-il que d’ardents partisans du Hamas comme Azzam Tamini, qui est un invité régulier sur la BBC et Channel 4, ne soit jamais sérieusement mis en question sur le contenu antisémite de la Charte ?


L’islamisme et la Gauche politique

Texte d’une conférence donnée à l’Université de Leeds, le 10 octobre 2007

A lecture delivered at the Leeds University, on 10th October 2007

Lire en cliquant ici la totalité de ce texte important

M Kunzel Hitler’s Legacy 10 10 0

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