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Vous avez dit « injustice » ?

par David Ruzié, professeur émérite des universités, spécialiste de droit international

dimanche 16 septembre 2007
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Ce sont sans doute les fêtes de Rosh Hachana qui expliquent la discrétion avec laquelle les médias, du moins en France, ont rendu compte de la visite de Monsieur Bernard Kouchner en Israël et dans les territoires palestiniens. Ce sont sans doute les fêtes de Rosh Hachana qui expliquent la discrétion avec laquelle les médias, du moins en France, ont rendu compte de la visite de Monsieur Bernard Kouchner en Israël et dans les territoires palestiniens.

Au risque de choquer un certain nombre d’internautes, ce n’est pas la phrase mise en avant par le correspondant du journal en Israël qui m’a indisposé : « Mr. Kouchner : il faut « un Etat palestinien  » au plus vite » (encore qu’il ne faille pas, à nos yeux, confondre vitesse et précipitation).

En revanche, nous avons été choqué par la référence faite par Bernard Kouchner à des « injustices ».

Voici les propos du ministre, tels qu’ils ont été reproduits par le journal français et qui, à notre grand étonnement n’ont pas été évoqués lors du Grand Jury RTL-Le Figaro- LCI du 16 septembre, devant lequel le ministre français s’exprimait.

« Il faut réparer les injustices » et de préciser : « Mais, d’abord, il faut commencer par l’injustice des injustices, un peuple sans nation et sans territoire et qui attend depuis 1947 ».

On reste consterné devant tant d’ignorance.

Ce n’est pas le souci de mettre en avant le terme d « injustice », qui nous révolte, mais son application dans un contexte inapproprié.

Certes, certains ministres du nouveau gouvernement français ont pu surprendre d’aucuns par l’emploi de certains mots : ex. : le « plan de rigueur » pour la fonction publique évoqué par la ministre des finances, voire l’utilisation par le président Sarkozy lui-même de « situations indignes », s’agissant des régimes spéciaux de retraite.

Mais, ici, il ne s’agit pas de maladresse, mais d’une véritable faute.

Comment un ministre français peut-il à ce point ignorer des données incontestables de l’histoire ?

Chacun sait qu’en novembre 1947, le monde arabe, y compris la population du territoire sous mandat britannique de la Palestine, a rejeté le plan de partage, dont on va, dans quelques semaines, commémorer le 60ème anniversaire.

Il ne tenait qu’aux habitants de ce territoire de se prévaloir de la résolution 181 du 29 novembre 1947 pour se constituer en « Etat arabe », au même titre que les représentants du Yichouv juif acceptèrent la création d’un « Etat juif », en acceptant, même, durant une période transitoire de 10 ans à ne pas y voir incluse la ville de Jérusalem, constituée en « corpus separatum ».

Il est vrai qu’à l’époque, personne, mis à part quelques idélogues ne parlaient d’un peuple palestinien et qu’en réalité les Etats arabes existants ne tenaient nullement à voir apparaître un nouvel Etat arabe, chacun « rêvant », certainement, de placer l’ancien territoire sous mandat sous sa propre souveraineté.

Si, l’Egypte se contenta, dans un premier temps, d’occuper seulement la Bande de Gaza, la Transjordanie, elle, n’hésita pas à annexer le territoire de Cisjordanie, ayant , pourtant, vocation à faire partie de l’Etat arabe, conçu par la Nations Unies.

On aurait pu parler d’injustice si devant la demande de la population du territoire, la communauté internationale avait effectivement refusé de faire droit à sa demande d’autodétermination, alors que la Charte des Nations Unies, récemment entrée en vigueur, reconnaissait le droit des peuples à disposer d’eux mêmes.

Et on ne répétera jamais assez que précisément les Juifs installés dans le territoire sous mandat britannique firent valoir un tel droit, qui leur fut donc reconnu, sans que cela porte pour autant atteinte au droit d’un autre peuple.

Car, n’en déplaise à Bernard Kouchner, mis à part l’éphémère tentative d’instaurer un Royaume chrétien à Jérusalem au XIème siècle, ce territoire ne constitua jamais une entité souveraine jusqu’à la fin du mandat britannique.

De fait, ce territoire relevait de la souveraineté ottomane, qui l’avait divisé en plusieurs entités administratives (Wilayets et sandjaks) et lorsqu’il fut enlevé à l’Empire ottoman, à titre de sanction infligée à un vaincu de la Première guerre mondiale, au même titre que l’Allemagne fut privée de ses colonies en Afrique, la Société des Nations reprit l’appellation de Palestine forgée par les Romains, lorsqu’ils détruirent le Royaume de Judée.

Mais, ce territoire ne fut jamais le territoire d’aucun autre Etat que d’un Etat juif, pas plus que Jérusalem ne fut d’ailleurs la capitale d’un autre Etat que d’un Etat juif (même la Transjordanie ne songea pas à transférer sa capitale d’Amman à Jérusalem, après l’annexion de la Cisjordanie.

Et ce que l’on peut au mieux considérer comme une « erreur » volontairement commise, en 1947, par le monde arabe - et même pas par la communauté internationale - se perpétua, par la suite.

Car, ainsi que nous l’avons déjà évoqué, à plusieurs reprises, ici-même, rien n’empêcha, par la suite, la création d’un Etat arabe, ou palestinien (s’il est vrai qu’à un moment donné, la conscience de l’existence d’un peuple palestinien se fit effectivement jour - ce dont on peut, cependant, douter du fait de l’attachement à la notion de l’unité de la nation arabe ou plutôt musulmane - umma).

Pourquoi l’Egypte n’encouragea-t-elle pas la création d’un tel Etat à partir de la Bande de Gaza, placée sous son autorité sans que, officiellement, elle n’en réclame la souveraineté ?

Pourquoi les Etats arabes qui ne reconnurent pas l’annexion de la Cisjordanie ne firent-ils pas pression sur le roi Hussein pour qu’il renonce à toute prétention (ce qu’il ne fit que bien plus tard, en 1988).

Il est trop facile de reprocher aux Israéliens de s’être opposés à cette création, alors qu’avant la guerre de Six jours, ils n’exerçaient aucune autorité sur ces territoires.

Le fameux slogan « La paix contre les territoires » est une véritable imposture, car, avant même le franchissement le la Ligne verte par les troupes israéliennes, en 1967, Israël se voyait contester le droit à l’existence, même dans les limites résultant de la guerre de légitime défense menée contre les agresseurs arabes.

Il paraît que le nouveau ministre français des affaires étrangères, se calant sur la politique de rupture annoncée par le Président Sarkozy, se prévaut de sa volonté de pratiquer une « diplomatie de rupture ».

On n’en voit guère la trace, en ce qui concerne le conflit israélo-arabe, au travers de cette formule malencontreuse qu’il vient d’utiliser.

Cela nous rappelle au contraire les propos désobligeants sur Israël tenus par un ambassadeur de France (même s’il est vrai qu’ils ont été prononcés au cours d’une conversation privée) ou encore l’idée qu’Israël ne serait qu’une « parenthèse de l’histoire », « une erreur historique », comme l’aurait déclaré Dominique de Villepin, à l’époque où il était secrétaire général de l’Elysée.

En tout état de cause, l’erreur - pour ne pas dire la faute - commise par Bernard Kouchner ne cadre nullement avec les propos mesurés prononcés par le président Sarkozy, au cours de son allocution devant les ambassadeurs de France, le 27 août dernier.

La récente déclaration de Bernard Kouchner fait, malheureusement, oublier ce qu’il écrivit, dans les pages du Monde , en avril 2002 : « l’État d’Israël au regard de l’histoire et de la morale demeure une nécessité vitale ».

Car, évoquer l’injustice dont seraient encore victimes les arabes palestiniens apporte de l’eau au moulin de certains dirigeants musulmans, tels le président iranien Ahmadinedjad, qui considèrent Israël non comme une erreur, mais comme un crime.


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