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Les druzes du Golan

Nathalie Szerman et Masri Feki Isral Magazine

lundi 9 juillet 2007
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Les druzes du Golan, du fait sans doute de la proximit de la frontire syrienne (une partie de la communaut se trouve de l’autre ct de la frontire), se dmarquent par leurs ides des autres communauts druzes d’Isral. Alors que les druzes sont rputs tre solidaires d’Isral et faire d’excellents citoyens israliens, ceux du Golan ont une position plus rserve et parfois prosyrienne.

La plupart des druzes vivent aujourd’hui dans les régions montagneuses de la Syrie , du Liban, d’Israël et de Jordanie. Ils sont en tout à peu près un million, répartis pour près de la moitié ou un peu moins en Syrie, 30%-40% au Liban, seulement 6%-7% en Israël et une « poignée » en Jordanie. Il existe aussi une importante communauté druze aux Etats-Unis. A la différence des autres sectes issues du chiisme, la confession druze ne connaît pas de prosélytisme. Les druzes sont arabes.

Hassan est le seul druze de Metula, où il se sent « parfaitement intégré »

Hassan, notre guide druze, roule à vive allure sur une route qui contourne la montagne. Situé très en hauteur, au cœur des montagnes, le village de Majdal Shams apparaît soudain devant nos yeux. C’est l’un des six villages du Golan où la population est restée après 1967, avec Masa’da, Baqa’ta, Ein Qenea, Al Ghagar et Suheeta. Pour le profane, il s’agit là d’un village arabe comme tant d’autres : enseignes en arabe sur les boutiques, magnifiques demeures côtoyant des immeubles au bord de l’effondrement, enfants à vélo dans les ruelles étroites qui montent et qui descendent... Mais l’habit de l’« élite » religieuse ne trompe pas : noir, avec une large calotte blanche pour les hommes et un long hijab blanc pour les femmes, qui leur recouvre une partie du visage. Les jeunes druzes que nous croisons sont en revanche habillés à l’occidentale : jeans, tee-shirts moulants...

Hassan Mahmoud, né en Syrie, est arrivé en Israël à l’âge de neuf ans. Il est avocat et marié à une Ukrainienne. D’allure moderne, il a quitté son village pour la ville israélienne de Metula, située à quelques kilomètres de là, à la frontière du Liban. Il est le seul druze de Metula, où il entretient d’excellentes relations avec ses voisins et se sent « parfaitement intégré ».

Alors que dans la voiture, il s’était montré volubile et plein d’assurance, nous le voyons changer radicalement d’attitude au contact des autorités de son village. Certes, Salman Fakhreddine, qui nous accueille à Al Marsad, le Centre arabe des droits de l’homme dans le Golan, est une personnalité. Mais Hassan s’efface totalement en sa présence : une cigarette à la bouche, il l’écoute sans émettre le moindre commentaire. Nous avons le sentiment que ce brillant avocat, qui aime le village où il a grandi, est toutefois tenu de faire profile bas, ayant choisi d’épouser une non druze et, peut-être plus grave, d’envoyer son fils dans Tsahal.

Le film israélien d’Eran Riklis « La fiancé syrienne », réalisé en 2004 et applaudi dans le monde entier (Prix du public du festival de Locarno, Grand Prix des Amériques, prix de la FIPRESCI et du public au festival de Montréal), est inspiré de l’histoire de la sœur de Hassan. Salman relate qu’en vertu de la tradition druze, le film a fait l’objet d’un débat entre les personnalités du village, entre « les pour et les contre ». Il en est ressorti que le film a été fidèle à la réalité et a parfaitement saisi les difficultés et les dilemmes de la communauté, déchirée de part et d’autre de la frontière.

Le Centre arabe pour les droits de l’homme Al-Marsad

Salman Fakhreddine, homme d’une grande culture politique maîtrisant en outre plusieurs langues, est ouvrier de profession. Mais il n’exerce plus depuis longtemps, préférant se consacrer au Centre arabe pour les droits de l’homme. Sa principale fonction est de recevoir les journalistes et les personnalités publiques. L’objectif révélé du centre est de « faire l’inventaire des graves violations de l’occupation israélienne contre les Arabes syriens du Golan afin de faire connaître à la communauté internationale la situation des Droits de l’homme dans le Golan » et d’encourager une intervention internationale. L’un de ces abus serait le « nettoyage ethnique » des Arabes syriens du Golan effectué par Israël. Al-Marsad, fondé en octobre 2003 « par un groupe d’avocats et de professions libérales » est une organisation indépendante à but non lucratif. Une brochure explique le détail de ses activités. Hier, Salman a accueilli un groupe d’enfants arabes en tant que guide, leur faisant découvrir la nature de la région. Demain, il reçoit une délégation d’avocats anglais. Il milite en outre pour le dialogue israélo-syrien. Salman semble être le centre à lui tout seul, ce dernier étant par ailleurs désert.

Est-ce dû à des sympathies baasistes ? Salman Fakhreddine revendique un athéisme militant, qui le conduit à nous parler très librement et sans beaucoup d’égards de la religion druze, sujet pourtant tabou et secret : « Considérez que je suis un traître si vous le voulez par rapport à cette religion », prononce-t-il avec un geste de dédain. « Il n’y a pas de religion sans racisme », estime-t-il.

Les druzes se divisent entre initiés et non initiés ; leur religion est secrète.

Les druzes sont une minorité moyen-orientale issue d’un mouvement de réforme de l’islam, dont les origines remontent au XIème siècle. Parmi les réformes établies figurent l’abolition de l’esclavage (qui sévit encore dans certains pays musulmans), la suppression de la polygamie et la séparation entre affaires religieuses et profanes. Bien que ces réformes n’aient pas été adoptées par l’islam orthodoxe, elles l’ont été par les druzes et d’autres courants minoritaires de l’islam.

Les druzes croient dans la Bible et le Coran et s’attachent en particulier à leur sens ésotérique ou non révélé. Le Coran est considéré comme supérieur à la Bible. Les écritures druzes comprennent près de trente manuscrits, rédigés, selon certaines études, entre 1017 et 1043, le plus important étant les « Epîtres de la Sagesse ».

La société druze est divisée en deux principales classes : la classe des « initiés » (« uqqal ») qui connaissent les enseignements religieux et les « non-initiés » (« juhhal ») qui ne connaissent pas le détail de la doctrine druze, celle-ci ne devant en aucun cas être révélée aux profanes. La majeure partie de la population druze est composée de profanes. Ces derniers peuvent toutefois demander à entrer dans les rangs des initiés s’ils le souhaitent. Leur acceptation dépendra en principe de leur intégrité morale. La société druze est dualiste : les affaires religieuses sont l’affaire des initiés et les affaires profanes, notamment militaires, celles des non initiés, et les sujets importants font l’objet de débats entre deux camps ou familles opposés, ce qui assure une parfaite dialectique.

« Avant l’arrivée des Européens, la région n’était certes pas démocratique, mais elle était tolérante et pluraliste. »

Dans le village de Majdal Shams, les écoles sont mixtes : druzes et Arabes chrétiens les fréquentent ensemble. Ces deux communautés vivent en bonne harmonie, assure Salman. « Toutes les religions monothéistes sont issues du Moyen-Orient », affirme-t-il, ajoutant : « Jésus était notre voisin. »

De manière générale, Salman considère que c’est l’Occident, et en particulier l’Europe colonialiste, qui est responsable de la montée de l’extrémisme au Moyen-Orient. « Avant l’arrivée des Européens et du fascisme européen, la région n’était certes pas démocratique, mais elle était tolérante et pluraliste. » Pour Salman, la notion de citoyenneté doit toutefois passer avant les droits des minorités. Nous montrant sa carte d’identité, il nous révèle ne détenir pour sa part ni la nationalité israélienne, ni la nationalité syrienne. « Nationalité : indéfinie », peut-on lire sur son passeport israélien, et « Druze » sur sa carte d’identité israélienne.

Salman est un fervent adepte de la mouvance féministe. Il relate fièrement avoir aidé de nombreuses femmes à poursuivre leurs études et se bâtir une carrière. Une raison de plus de mépriser la religion, « qui relègue les femmes à un rang inférieur ». Est-ce du à l’influence de « La fiancée syrienne », que beaucoup ont vu ici et qui adopte le point de vue des femmes ? Salman estime que le village prend de plus en plus conscience de la nécessité d’encourager les femmes à se réaliser : « Quand les épouses sont déprimés, les maris le sont aussi », commente-t-il sobrement.

« Les deux seules juives du village, toutes deux mariées à des Druzes, devaient être expulsées de la communauté »

Il relate en particulier un épisode qui a marqué la communauté : dans un contexte politique tendu, il avait été décidé par l’élite religieuse que les deux seules juives du village, toutes deux mariées à des druzes, seraient expulsées de la communauté. Face à ce verdict, les maris n’avaient pas leur mot à dire. Salman raconte avoir milité âprement pour faire annuler cette décision. « En revanche, Limor Livnat a appuyé la décision de les expulser », relate-t-il. Quel est donc le pouvoir de cette « élite religieuse », qui semble être omniprésente et qui est pourtant quasi-invisible ? « Elle a un pouvoir de persuasion, comme le rav Ovadia Yossef chez les Israéliens juifs ! », compare Salman.

Salman et Hassan ne sont pas peu fiers de leur village, où bien que la majorité des hommes travaillent dans l’agriculture ou l’industrie israélienne, le niveau général est très élevé. D’après eux, le nombre de personnes ayant intégré l’université dans le village s’élèverait à 30%. Nombre de druzes du village sont allés étudier à Damas avant 1984. A partir de 1995, Israël aurait autorisé l’envoi de nouveaux groupes d’étudiants en Syrie.

Des mines anti-personnelles dans le village

Nous quittons le centre pour visiter le village. En hauteur, un poste israélien surplombe les lieux. A notre niveau, les villas côtoient des mines anti-personnelles. « Prenez-les en photo ! » demande Salman, « c’est absolument illégal. »

Un peu plus loin, une famille druze prend, de bonne heure, son dîner devant sa maison. Nous sommes spontanément invités à participer au repas. On mange debout ou assis, assez voracement. Il faut dire que le repas est savoureux : des brochettes et un taboulet vert très diététique. Déchirant le pain druze, travaillé à la main par les femmes « qui seules savent le faire », nos hôtes nous en donnent de larges morceaux à plonger dans les assiettes de houmous. Le pain druze ressemble à une immense crêpe de sarrasin souple et sèche, mais est conçu à base de blé complet.

Après le repas, nous sommes conviés à une pièce de Shakespeare en arabe, interprétée par les lycéens du village. Pour le moins inattendu dans un village druze reculé du Golan ! Les activités culturelles sont valorisées et encouragées, nous explique Salman. Mais le soleil se couche déjà et nous quittons Majdal Shams, la tête remplie de couleurs et de saveurs.


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