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Les bahas en Isral et dans le monde musulman

Enqute de Nathalie Szerman et Masri Feki * @ Isral Magazine

lundi 21 mai 2007
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En allant la rencontre des bahas de Hafa, o se trouvent les quartiers gnraux de la communaut bahae mondiale, nous nous attendions tre accueillis par des guides spirituels mi-chiites, mi hindous en costumes traditionnels. Mais l’Amricain Douglas Moore, directeur du bureau d’Information, et son assistante Natascha Pilgrim, ressembleraient plutt de fins diplomates onusiens - aimables, distingus et surtout trs occidentaux. Qui sont les bahas ? D’o viennent-ils ? Et qu’est-ce qui les diffrencie des autres communauts minoritaires du Moyen-Orient ?

« Le prosélytisme est interdit en Israël. Nous refusons les demandes de conversion israéliennes. »

Le nombre des adeptes du bahaïsme, répandus dans 178 pays, s’élève à près de 6 millions, soit un peu moins de 0,1% de la population mondiale. Parmi ceux-ci, 50% se trouvent en Asie, principalement en Inde où vit près d’un million et demi de fidèles. Un autre groupe réside en Iran et compte environ 350 000 adeptes. Il n’y a pas de bahaïs israéliens : « Le prosélytisme est interdit en Israël. Une des premières instructions du fondateur de la foi bahaïe a été de ne pas faire de prosélytisme en Israël. C’est pourquoi il n’y a pas de communauté bahaïe dans ce pays. Nous n’acceptons aucune conversion », affirme Douglas Moore. Uniquement des jardins, immenses et somptueux, des édifices grandioses, et un sanctuaire pour recevoir les pèlerins du monde entier - dont les visites ne peuvent excéder neuf jours, selon la réglementation bahaïe.

Baha’ullah (1817-1892), fondateur de la foi bahaïe, est pour les bahaïs le dernier des prophètes dans une lignée où s’inscrivent Abraham, Moïse, Jésus et Mahomet, mais aussi Bouddha, Krishna et Zoroastre. Il est enterré à Saint-Jean d’Acre, en Israël. La foi bahaïe contredit l’islam en ce que Mahomet n’y est ni « le dernier », ni « le plus grand » des prophètes. Elle contredit en particulier le chiisme, qui attend l’avènement du 12ème imam, l’ imam zaman (imam caché) ou le Mahdi, vu que ce personnage messianique ne serait autre que Baha’ullah.

Il n’y a pas de guide spirituel bahaï dans le monde, mais uniquement un Conseil élu siégeant à Haïfa

A la mort de Baha’ullah, son fils aîné, Abbas Effendi (Abdoul-Baha), devient son successeur. Ce dernier a désigné son petit-fils, Shoghi Effendi Rabbani, comme Gardien de la foi bahaïe. Le Gardien a traduit et expliqué de nombreux écrits bahaïs et œuvré à la diffusion les idéaux de la communauté dans le monde. C’est aussi Shoghi Effendi qui a conçu les jardins de Bahji ainsi que ceux du Mont Carmel que nous allons arpenter. Effendi n’ayant pas eu de descendants, aucun guide spirituel ne dirige plus la communauté des bahaïs depuis sa disparition. Le Conseil élu à Haïfa le remplace.

Les bahaïs s’abstiennent d’alcool et de drogues. Les mois sont de 19 jours, et l’année bahaïe de 19 mois. Le dernier mois de l’année, qui clôt l’hiver, est un mois de jeûne, que les bahaïs observent du lever au coucher du soleil. Oui : nos hôtes sont donc en train de jeûner, ce qui n’altère en rien leur courtoisie.

On recommande aux bahaïs de venir une fois dans leur vie faire le pèlerinage à Haïfa, s’ils en ont les moyens. Les communautés bahaïes pauvres ne reçoivent pas d’aide financière. Pour venir en Terre sainte, les bahaïs doivent poser leur candidature. Des groupes arrivent toutes les deux semaines. Ils visitent les lieux saints et le sanctuaire et repartent au bout de neuf jours.



Tous les cinq ans, les représentants des communautés bahaïes du monde entier se réunissent à Haïfa pour élire les membres de la Maison universelle de Justice

Nous entreprenons la descente des profonds jardins bahaïs, un oasis de verdure, d’arbres et de fleurs, de chemins de cailloux aménagés pour les visiteurs. C’est à peu près ainsi que l’on se représenterait le Paradis. Notre guide soutient que l’irrigation de ces interminables pelouses ne mobilise pas des quantités astronomiques d’eau, l’intégralité des jardins étant irriguée par la technique d’invention israélienne du goutte-à-goutte. Eblouis par la vue panoramique de Haïfa qui s’offre à nos yeux, ainsi que par les fontaines et les arbres fruitiers qui surgissent sur notre route, nous ne tardons pas à sentir nos jambes trembler et le sol se dérober sous nos pieds, un effet de l’accumulation des marches. Tout en bas, point culminant de la descente, se trouve le sanctuaire bahaï à la coupole dorée, soutenu par des colonnes blanches.

Mais avant d’y arriver, nous passons devant la Maison universelle de justice, créée en 1963, où sont gérées les affaires spirituelles et administratives de la Communauté internationale bahaïe, et le Centre d’éducation international, dont la construction s’est achevée en 2001. L’une des fonctions de la Maison de justice est de légiférer sur les questions absentes des écritures bahaïes. Tous les cinq ans, les représentants des communautés bahaïes dans le monde se réunissent à Haïfa pour élire les membres de la Maison. Le personnel administratif bahaï en Israël (près de 600 personnes) est composé de volontaires originaires de divers pays, qui viennent travailler pour une période limitée à Haïfa et Saint-Jean d’Acre.

Le sanctuaire de Haïfa abrite la dépouille du Bab.

A l’entrée du sanctuaire se tient une jeune femme souriante, à proximité d’une pile de livres de prières bahaïes, prières formulées en arabe par le guide spirituel Baha’ullah de son vivant. Ce dernier étant persan, son recours à l’arabe comme langue de culte affirme sans doute sa volonté de s’inscrire dans la continuité de l’islam. Nous nous déchaussons pour entrer, un livre à la main.

L’intérieur du sanctuaire est aussi somptueux que les jardins environnants, mais ici, les représentations (illustrations et sculptures) sont interdites. Dans cet espace plus limité qu’il n’y paraît de l’extérieur, le silence règne. Sur le riche tapis qui recouvre le sol, une fidèle se teint recroquevillée, en prière. Un rideau de perles transparentes la sépare de grands candélabres ciselés. Sur le mur de droite, une prière du Baha’ullah en arabe ; sur le mur de gauche, sa traduction en anglais.

En 1844, en Perse, le Bab (« Porte », en arabe) annonçait la venue d’un nouveau messager divin (Baha’ullah). Son présage a engendré une vague de persécutions menées par le Shah et les autorités cléricales chiites de l’époque. Le Bab a été emprisonné et exécuté, et quelques 20 000 fidèles à travers la Perse ont été massacrés. Ce sanctuaire abrite la dépouille du Bab.

Persécutés en Iran, les bahaïs sont une menace pour le régime islamique

Née d’une scission avec les chiites, la foi bahaïe a été durement combattue en Iran depuis le Révolution islamique de 1979, où les bahaïs sont désormais considérés comme des « infidèles non protégés », « des non-personnes qui n’ont ni droits, ni protection », comme l’indique la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) dans son rapport de 2003 sur les discriminations religieuses en Iran. Ils n’ont pas le droit de percevoir de retraite, d’inscrire un nom sur la tombe de leurs défunts, d’hériter, de se réunir pour pratiquer leur culte... Leurs lieux de culte et leurs cimetières ont été détruits et les biens de nombreux bahaïs confisqués par le régime islamique. Des pressions sont exercées sur les employeurs pour licencier les salariés soupçonnés d’être bahaïs.

D’après Douglas Moore, les dirigeants iraniens sont conscients du grand nombre de personnes qui se convertiraient à la foi bahaïe s’ils en avaient la possibilité. En effet, la caractéristique majeure de cette foi est de réconcilier religion et modernité, réconciliation qui représente aujourd’hui le principal défi posé à l’islam et aux pays musulmans. Les bahaïs prônent la démocratie, l’égalité des hommes et des femmes, la liberté d’expression et plus généralement, la pensée moderne. Ils valorisent la connaissance et le savoir, d’où la création du Centre international d’éducation dans les jardins de Haïfa. Cette valorisation de la connaissance représente une menace pour les dictatures du Moyen-Orient qui, selon Douglas Moore, assoient leur pouvoir sur l’ignorance des populations. Pour les bahaïs, la connaissance est émancipatrice.

Sans papiers, victimes de perquisitions et déclarés apostats par le gouvernement égyptien

L’Iran n’est toutefois pas le seul pays de la région à persécuter les bahaïs. En Egypte, les quelques 10 000 bahaïs, qui y sont implantés depuis plus de 150 ans, sont également réprimés. Le 28 novembre 2002, le Comité des droits de l’Homme des Nations unies regrettait l’interdiction de culte imposée à la communauté bahaïe en Egypte [1] et appelait les autorités égyptiennes à reconsidérer leur « position déplorable » vis-à-vis de la communauté bahaïe [2]

Le 9 avril 2003, la Commission des droits de l’Homme des Nations unies [3] a en outre déploré le fait que les membres de la communauté soient surveillés par la police égyptienne, soumis à des perquisitions et privés de leurs droits civiques. En dépit de l’article 46 de la Constitution égyptienne qui garantit la liberté de conviction et de culte, la pratique par les bahaïs de leur foi est jugée « hors la loi ». Comme l’a aussi noté récemment le Rapporteur spécial sur le droit à la liberté d’opinion et d’expression des Nations unies, les bahaïs sont régulièrement dénoncés comme apostats.

Depuis le 16 décembre 2006, les bahaïs d’Egypte sont sans papiers. Jusqu’à présent, ils parvenaient à obtenir des documents d’état civil permettant l’obtention de cartes d’identité rédigées à la main, grâce à des arrangements officieux. Dans un pays où tous les citoyens doivent indiquer leur religion sur leur état civil, la Cour administrative suprême égyptienne leur a dernièrement dénié le droit de s’identifier comme étant bahaïs. Elle les prive ainsi d’inscrire leurs enfants dans les établissements scolaires, aussi bien publics que privés, de postuler pour un emploi, de détenir un compte en banque, d’accéder aux soins et de bénéficier de tout service public (à part les transports en commun).

Cette affaire a démarré au printemps 2006 lorsqu’un couple marié (Husam Izzat Musa et Ranya Enayat Rushdy), se sont vu confisquer cartes d’identité et passeports quand ils ont demandé à y inscrire les noms de leurs filles, dont les actes de naissance mentionnaient la religion bahaïe. En avril, un tribunal administratif avait statué en leur faveur [4], obligeant l’Etat à leur délivrer des cartes d’identité indiquant leur religion. L’arrêt affirmait que même si le gouvernement ne reconnaissait pas à la foi bahaïe le caractère d’une religion, ses membres devaient néanmoins pouvoir inscrire leur appartenance religieuse dans les papiers officiels.

Les dignitaires d’Al-Azhar arguent que le bahaïsme n’est pas mentionné dans le Coran

Ce jugement a provoqué un tollé parmi les dignitaires d’Al-Azhar [5] qui se sont élevés contre toute mention officielle d’une religion autre que celles évoquées dans le Coran. Une quantité d’articles, de témoignages, de commentaires, d’émissions télévisées, et même de débats en direct dans les médias égyptiens et arabes ont relayé l’affaire et ses retombées, ouvrant un véritable débat dans la société civile sur les questions de liberté de conscience et de tolérance religieuse.

En mai, le gouvernement a fait appel de la décision du tribunal administratif et l’a portée devant la Cour administrative suprême. Le 2 décembre, les avocats des bahaïs ont plaidé le rejet de l’appel du gouvernement, arguant que l’arrêt du tribunal administratif était conforme à la loi, ce qui a été finalement rejeté par la justice égyptienne. C’est en vertu de ce rejet que les citoyens égyptiens de confession bahaïe se retrouvent sans papiers.

Excellentes relations avec l’Etat d’Israël

Si les relations entre la communauté bahaïe mondiale et la grande majorité du Moyen-Orient sont mauvaises, Douglas Moore nous confirme que les relations avec l’Etat d’Israël ont toujours été, et sont encore, excellentes. Toutefois, la presse juive ultra-orthodoxe a parfois, dans son ignorance, critiqué les bahaïs, affirmant que leurs beaux jardins de Haïfa avaient été créés pour « tenter les Juifs ».

Les bahaïs ont-ils des projets pour Israël ? Peut-être d’étendre les jardins. Mais c’est un projet encore en gestation qui ne verra - peut-être - le jour que dans une dizaine d’années. Les actuels projets concernent surtout San Diego, au Chili, où un temple bahaï est actuellement en construction. Mais leur action ne se limite pas à la construction de jardins et de temples :

« Considérant l’ONU comme un progrès majeur vers l’unification de la planète, les bahaïs soutiennent ses activités par tous les moyens (...) La Communauté internationale bahaïe participe activement aux consultations de l’ONU sur les droits des minorités, la condition féminine, la prévention de la criminalité, le contrôle des narcotiques, le bien-être des enfants et de la famille, enfin le mouvement en faveur du désarmement », apprend-on sur leur site. Bien qu’évitant soigneusement de prendre position sur les sujets politiques, les bahaïs sont entendus sur les questions sociales... qui touchent à la politique internationale.

  • Nathalie Szerman est journaliste franco-israélienne et Masri Feki est le fondateur du Middle East Pact

[1] Comité des droits de l’homme des Nations unies, 76ème session, Examen des rapports présentés par les Etats parties en vertu de l’article 40 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, Observations finales du Comité des droits de l’homme, Egypte, par. 17-a, 28/11/2002.

[2] Ibid.

[3] Commission des droits de l’homme des Nations unies, 59ème session, Compte rendu analytique de la 38ème séance tenue au Palais des Nations à Genève sous la présidence de M. Kariyawasam, 09/04/2003.

[4] Al-Ahram du 24 mai 2006.

[5] Plus haute instance de l’Islam sunnite dans le monde et institution représentative des musulmans d’Egypte.


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