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Qu’est-ce qu’un président de la République ?

Par Robert Redeker, philosophe. Auteur en 2007 de : Il faut tenter de vivre (Éditions du Seuil) et Philosophie et Dépression (Éditions Pleins Feux)

vendredi 18 mai 2007
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Qu’est-ce qu’un président de la République française ? On se place sur le chemin de la réponse en réfléchissant aux causes des deux derniers échecs de la gauche (2002, 2007) à l’élection à la magistrature suprême. Le slogan de Lionel Jospin en 2002 s’étalait sur tous les murs : « Le président citoyen ». Ce n’était pas sans rappeler Louis-Philippe, qui ne fut pas vraiment un roi du fait d’avoir été « le roi citoyen ».

« La France présidente » fut le slogan de Ségolène Royal en 2007. Un stimulant paradoxe surgit : la rhétorique de ces deux slogans traduit un refus intime du poste publiquement convoité. Dans les deux cas, le président est effacé. « Président citoyen » et « La France présidente » sont deux contresens sur la nature de cette magistrature et sur ce que le peuple en attend. Pourquoi ?

Que signifiait le slogan « Le président citoyen » ? Que le président serait tout le contraire d’un président ! Qu’il s’agirait d’un président fondu dans la masse des citoyens, d’un homme du commun, du porte-voix du « on » anonyme qui constitue la société. Qu’il serait un citoyen comme tous les autres ! Autrement dit, la formule de la campagne de Lionel Jospin réduisait la présidence à une simple fonction sociale. On serait président de la République comme on l’est d’un conseil d’administration ! Évidemment, la formule « Le président citoyen » est une négation de la politique dans sa dimension onirique. Cette diminution de l’imaginaire politique à une simple fonction sociale a fait fuir les électeurs. Le slogan jospinien manque la magie présidentielle, héritière démocratique du caractère sacré des rois qui firent la France. Trop sociologique et trop matérialiste. Trop horizontal.

Parallèlement, le mot d’ordre de Ségolène Royal, « La France présidente », participe de la même dilution de la présidence. Plus : c’en est la véritable négation, le véritable effacement. Chez Ségolène Royal aussi, la présidence n’est qu’une simple fonction du social, de la simple administration, sans verticalité. Dans les deux cas, le président n’est plus qu’un rouage de la machinerie sociale. Inconsciemment, en niant la verticalité, ces deux slogans nient que la France soit autre chose qu’une société, refusent qu’elle soit une nation (c’est-à-dire un imaginaire).

Le slogan de Ségolène Royal a le mérite de pointer une absence. Refus de la présidence, de la personnalisation, de la verticalité, le syntagme « La France présidente » désigne une place vide, un lieu déserté. Il n’y a personne à la place présidentielle ! Aucun nom ! Or, dans l’imaginaire national, le président est une réalité dévolue. Il faut qu’il y ait quelqu’un à cette place. Le président occupe la place qui fut autrefois celle du roi. Ségolène Royal ne l’a pas compris : le vide de cette place est aussi insupportable au peuple français que de regarder le soleil ou la mort en face. De fait, le président est à la fois le corps du roi reconstitué et le remords du régicide. Le roi a été assassiné par le peuple, certes, mais sa place ne peut rester vide. Le peuple ne veut pas de « la France présidente ». Il veut un ou une président(e) en personne, de stature verticale et non horizontale, qui soit d’une autre nature que la nature humaine ordinaire, pour faire un pont par-dessus le régicide entre la République et l’Ancien Régime. La méconnaissance de cet imaginaire politique national, auquel François Mitterrand resta scrupuleusement attentif, est la cause du double échec des candidats socialistes.

Différencions représentation et figuration. Une caractéristique rapproche le président du roi : le président ne représente pas les Français, il figure la France ! L’Assemblée nationale représente les Français, le président figure leur pays. Il est le personnage dans lequel la France se figure, se voit et se mire comme une personne vivante dotée d’une unité. Il est aussi le miroir qui reconstitue, en une unité, la nation, l’infinie diversité du peuple. « La France est une personne », a dit Michelet. Mais elle ne peut l’être que par la médiation unificatrice d’une figure, le roi ou le président. Les dizaines de millions de citoyens sur le territoire savent qu’ils forment une nation s’étant hissée au rang de personne, la France, parce qu’ils voient cette unité nationale apparaître sur le visage et le corps d’une personne en chair et en os, le président. Ce dernier est la personne concrète qui permet à une autre personne, la France, impalpable, de se reconnaître, de se donner un visage.

À travers le président, la France se figure unie dans un corps, héritier du corps du roi, réunifié après la séparation violente commise par le régicide le 21 janvier 1793. « Nul peuple, écrivit, la plume tremblante d’émotion, Jules Michelet, n’aima autant ses rois que le peuple français. » L’exigence formulée par le peuple français que cette place soit occupée, autrement dit qu’on n’ait affaire ni à un « président citoyen », ni à une « France présidente », est l’avatar républicain de cet amour monarchiste. Utilisé par Jacques Chirac lors de l’annonce de sa non-candidature à l’élection de 2007, puis par Nicolas Sarkozy lors de son magnifique discours de victoire au soir du 6 mai 2007, le mot amour, dans ces circonstances, n’est pas de la vaine rhétorique.

L’amour est gratuit, il ne se commande ni ne s’administre. D’où le fait qu’il n’y a pas plus de fonction présidentielle qu’il n’y avait, avant la coupure de l’histoire de France en deux, de fonction royale. Dans un de ses livres, la philosophe Chantal Delsol différencie « rôle » et « fonction ». Être président n’est pas une fonction, c’est un rôle. Être roi, c’était un rôle. La députation est une fonction, celle de la représentation du peuple français dans ses divisions, sa diversité, ses oppositions. La démocratie se doit d’exalter ces oppositions.

La France n’est pas une machine, mais une personne ; par conséquent, être à sa tête n’est pas une fonction, mais un rôle. C’est le rôle de la figuration, dans lequel l’amour occupe la place centrale. L’exception française n’est pas là où on la voit d’habitude. Elle est dans la singulière, et belle, continuité entre l’Ancien Régime et la République que le rôle présidentiel assure sous la double forme de la figuration et du remords. L’identité de la France se trouve résumée et concentrée dans cette continuité transhistorique dont le président est à la fois le garant et le gardien.


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