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Sans le vouloir, Bush a réussi à diviser et à conquérir le Moyen Orient

Edward N. Luttwak | Wall Street Journal |Traduit de l’américain par Albert Soued

jeudi 1er février 2007
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L’administration Bush avait l’immense ambition de transformer le Moyen Orient en remodelant l’Irak en une démocratie prospère. Ayant échoué dans cet honorable projet, un autre résultat plus prosaïque a été obtenu, par inadvertance, celui d’une puissance impériale, soit « diviser pour régner », et pour pas cher !

L’antipathie ancestrale entre les Sunnites et les Shiites est devenu un conflit en marche, pas seulement au sein de l’Irak, mais à travers tout le Moyen Orient ; et les principaux protagonistes de chaque bord recherchent l’appui de la puissance américaine.

Une fois que l’administration Bush aura compris ce qu’elle a « forgé » dans la région, elle cessera de se battre pour obtenir plus de troupes en Irak, parce qu’il est devenu absurde de patrouiller et de circonvenir une guerre civile, alors que moins d’un quart des troupes en place seraient suffisantes pour contrôler la situation. C’est le début de ce qui peut être réalisé dans la région, avec des forces limitées, et une diplomatie plus fine.

Le 4 décembre 2006, AbdoulAziz alHakim, chef du plus grand parti Irakien est venu à la Maison Blanche pour plaider sa cause auprès du président Bush. Fils d’un ayatollah et lui-même un militant clérical de longue date, M Hakim n’est pas un allié naturel des Etats-Unis, alors que vivant pendant 23 ans en Iran, il a dû plus d’une fois crié « mort à l’Amérique ! ». Mais comme chef de la population arabe shiite d’Iran, il n’avait pas le choix. Tous les jours on assiste à des attaques sunnites. Alors que les sunnites sont renforcés par des volontaires et par l’argent venant de l’extérieur, les Shiites aussi ont besoin de toute l’aide qu’ils peuvent trouver, notamment l’entraînement de la police et de l’armée par les Américains. Pour le président Bush, le visiteur M Hakim a apporté avec lui des promesses de coopération contre son rival agressif Moqtada al Sadr, aussi bien que contre les insurgés sunnites. Il n’est plus étonnant aujourd’hui que le meilleur allié des Etats-Unis en Irak est le parti de M Hakim, le Suprême Conseil pour la révolution Islamique en Irak, le SCRII dont le simple titre évoque le modèle radical de la théocratie iranienne.

Alors que la menace sunnite sur la majorité qui gouverne l’Irak oblige le SCRII à coopérer avec les Etats-Unis, la perspective d’un Irak dominé par les Shiites oblige par ailleurs les états arabes sunnites, notamment l’Arabie Saoudite, les émirats et la Jordanie, à rechercher l’aide américaine contre le pouvoir Shiite naissant. Certains Sunnites percevaient l’Iran avec suspicion, même sous le règne du Shah, parce que ce seul état Shiite pouvait être à l’origine de troubles dans les zones shiites minoritaires et opprimées d’Arabie. Plus récemment, les états arabes sunnites de la région ont été préoccupés par l’alliance militaire entre l’Iran, la Syrie et le Hezbollah du Liban. Aujourd’hui qu’un Irak gouverné par des Shiites peut créer la continuité territoriale pour cette alliance, le « croissant shiite », allant du Pakistan à la Méditerranée, ce ne sont pas seulement les sunnites d’Arabie qui se sentent menacés. Toute l’orthodoxie musulmane est défiée par l’expansion du pouvoir hétérodoxe shiite.

Bien que les Etats-Unis aient été responsables de la fin de la suprématie sunnite en Irak, ils n’en demeurent pas moins les seuls appuis pour les états sunnites qui résistent à l’alliance shiite. L’Amérique n’a aucun intérêt dans une querelle séculaire-sectaire, mais il y a une convergence réelle d’intérêts avec les états arabes sunnites, l’Iran étant l’ennemi commun.

Aujourd’hui, c’est au Liban que la nouvelle alliance Sunnite-Etats-Unis est le plus active. Avec les manifestations de masse et les discours menaçants, le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah essaie de forcer le gouvernement de Fouad Siniora à quitter pour une nouvelle coalition qu’il pourrait dominer. La Syrie et l’Iran soutiennent M Nasrallah, alors que les Etats-Unis soutiennent M Siniora, qui a par ailleurs l’appui des Druzes et de la plus grande partie des Chrétiens. Siniora résiste en tant que chef sunnite, ce qui lui a valu l’appui de l’Arabie qui le finance, soutient les contre manifestations, et tente même d’acheter le Hezbollah. C’est grâce à l’identité arabe que le Hezbollah a obtenu le statut de héros, du fait que l’armée israélienne n’a pas pu le vaincre totalement, lors de la guerre du Liban. Mais évidemment, beaucoup d’Arabes sunnites au Liban ou en dehors le considèrent plutôt comme le parti des shiites sectaires, obéissant au doigt et à l’oeil à l’Iran.

Ce qui convient aux Etats-Unis, car aussi bien l’Iran que le Hezbollah sont ses ennemis aussi. La coopération Sunnite-Amérique au Liban, coexistant avec l’alliance Shiite-Amérique en Irak peut entrainer des résultats stratégiques importants en détachant la Syrie de l’alliance shiite. A l’origine, cette alliance était nécessaire pour les deux pays car l’Irak était en guerre contre l’Iran et, de temps en temps, Saddam Hussein cherchait à renverser le régime Assad en Syrie. Maintenant que l’Irak n’est plus une menace pour les deux pays, l’Iran néanmoins a besoin de la Syrie comme pont vers le Hezbollah. Mais pour la Syrie cette alliance est devenue obsolète sur le plan stratégique et sans consistance du fait de l’identité arabe et sunnite de la Syrie (1). ... ce qui explique pourquoi la Syrie ne pousse pas fort à la destitution de Siniora, un appui trop évident au Hezbollah shiite risquant d’être mal vu par la majorité sunnite syrienne. Mais une autre raison pourrait être la promesse d’aide économique et d’investissements de l’Arabie et des émirats dans une économie syrienne anémique. Ce qui favoriserait l’éloignement ou même la séparation de la Syrie par rapport à l’Iran et au Hezbollah. De son côté l’Amérique ne cherche plus à pousser la Syrie dans les bras de l’Iran, en menaçant d’attaquer Damas ; le dernier rapport Baker sur l’Irak pousserait même vers des négociations avec la Syrie, d’où le récent ton conciliant de Bashar al Assad.

L’alliance Sunnite-Amérique qui fonctionne au Liban hésite encore en Syrie, mais elle pourrait devenir effective si l’Iran était privé de son seul allié arabe. En parallèle l’alliance Shiite-Amérique a été renforcée suite à la visite de M Hakim à Washington. L’insurrection sunnite n’a pas diminué, mais au moins la secte d’Al Sadr est affaiblie par l’action d’autres groupes shiites.

Quang M Bush est venu au pouvoir, seules l’Egypte et la Jordanie étaient de réels alliés. L’Iran et l’Irak étaient des ennemis déclarés, la Syrie était hostile et même les amis supposés de la péninsule arabique n’étaient nullement enclins à coopérer et à s’opposer à al Qaeda....

La guerre d’Irak a introduit un nouveau Moyen Orient, dans lequel les sunnites arabes ne peuvent plus voir avec jubilation les intérêts américains piétinés, parce qu’ils ont besoin du soutien américain contre la menace mortelle d’une suprématie shiite ; alors qu’en Irak, le cœur du monde arabe, la Shiah est l’alliée de l’Amérique ;

Ce que les chefs impériaux d’antan cherchaient toujours à obtenir, avec ruse et cynisme, l’administration Bush l’a obtenu, sans le vouloir expressément, par ricochet. Mais le résultat est là, « diviser pour régner » !

  • Edward N. Luttwak est conseiller au Centre International d’études Stratégiques et auteur de « Stratégie : la logique de la paix et de la guerre » (Belknap 2002).

Note :

(1) la Syrie est gouvernée par une minorité alaouite, une secte de la shiah qui représente mopins de 10% de la population. Cette foi hétérodoxe qui croit en Noël et dans la transmigration des âmes (comme les druzes) est très différente de la shiah d’Irak, du Liban ou même d’Iran, où elle aurait été persécutée. 70% des Syriens sont des musulmans sunnites.


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