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Discrimination, même dans le malheur

par David Ruzié, professeur émérite des université, spécialiste de droit international

mardi 19 décembre 2006
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Nous avons, ici, même, le 31 octobre dernier, évoqué la sollicitude de l’ONU à l’égard des Palestiniens, susceptibles d’être lésés par l’édification de la barrière de sécurité.
De fait, l’Assemblée générale, sur proposition du Secrétaire général sortant, a décidé, le 15 décembre dernier, d’établir un « Registre destiné à répertorier les dommages causés à toutes les personnes affectées par la construction par Israël du mur dans le Territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et sur le pourtour de Jérusalem-Est ».

Comme nous l’avions laissé prévoir, ce « Registre des Nations Unies » sera établi et tenu par un Bureau d’enregistrement des dommages, dont l’administration sera placée sous l’autorité du Secrétaire général et installé dans les locaux de l’Office des Nations Unies à Vienne.

Et comme chacun sait l’Organisation mondiale est suffisamment riche pour financer « un programme de sensibilisation destiné à informer l’opinion publique palestinienne des possibilités et des conditions de dépôt de demandes d’enregistrement de dommages3.

La résolution de l’Assemblée générale a été adoptée par 162 voix pour, 7 voix contre (Australie, États-Unis, Îles Marshall, Israël, États fédérés de Micronésie, Nauru et Palaos) et 7 abstentions (Cameroun, Canada, Côte d’Ivoire, Malawi, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Tonga et Ouganda).

Tout en relevant, au passage, que 16 Etats étaient absents au moment du vote, il semble bien que la France, cette fois suivie par les autres membres de l’Union européenne a donc approuvé cette initiative.

La preuve en est la grande satisfaction manifestée, sur ce point, par le Porte-parole du Quai d’Orsay, au cours de son point de presse du 18 décembre.

« Nous saluons l’adoption par l’Assemblée générale des Nations Unies d’une résolution demandant au Secrétaire général de procéder à l’élaboration d’un registre des dommages causés par le mur, ainsi que de mettre en place les structures chargées de sa gestion » a déclaré ce haut fonctionnaire du Ministère des Affaires étrangères (souligné par nous).

On comprend cet enthousiasme, puisqu’il s’agirait « d’une avancée importante, qui répond de manière concrète à l’appel lancé par l’Assemblée générale des Nations unies au Secrétaire général, dans sa résolution du 20 juillet 2004, en vue de la création de ce registre »

Et, dans le droit fil de ce « lyrisme diplomatique », le Porte-parole a poursuivi « Nous espérons que, le moment venu, ce registre pourra contribuer à un mécanisme de réparation concrète pour les individus et entités ayant subi des dommages du fait de la construction du mur ».

Et la naïveté, ou plutôt le ridicule n’étant pas exclus, il a continué en indiquant « Nous espérons également qu’Israël coopérera, autant que de besoin, avec les Nations Unies, pour les aider à établir ce registre ».

Nous n’en doutons pas.

Mais a-t-on entendu parler au Quai d’Orsay des dégâts matériels et des pertes en vie humaines causés en Israël par les activités terroristes, auxquelles, précisément, cette barrière doit mettre un frein ?

Certainement pas.

C’est seulement pour brimer les Palestiniens que les Israéliens ont engagé des sommes considérables pour se protéger de l’action de tueurs, venus de nulle part.

Mais cette discrimination dans le malheur ne se manifeste pas seulement, à propos de l’édification de la barrière.

On la retrouve en ce qui concerne le problème des réfugiés.

Il n’est fait généralement état que du droit des réfugiés palestiniens, alors qu’à aucun moment on n’évoque l’exode massif auquel ont été contraints des centaines de milliers de Juifs, obligés de fuir les Etats arabes, à la suite de la création de l’Etat d’Israël.

De fait, ils furent près de 900 000 contre 550 000 Arabes, qui, en 1948, ont quitté les territoires qui allaient constituer le futur Etat d’Israël.

Mais, depuis quand les Juifs et les Israéliens peuvent-ils prétendre être traités comme les Arabes et les Musulmans ?


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