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L’Egypte : le pire ennemi d’Israël

Par Ugo Rankl, grand reporter - L’enjeu n°30 8 decembre 2006

mardi 12 décembre 2006
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Le train de nuit en provenance de Louxor approche de la Gare Ramsès, au Caire, aux premières lueurs de l’aube. Les wagons, pas très vieux pourtant, grincent de tous leurs rivets. Au fil des heures, cette interminable plainte de ferraille mal ajustée est devenue une véritable torture. Quelques images arrachées à la nuit mourante, le long du Nil, quand le train est encore loin du Caire, font oublier pendant quelques trop brefs instants l’insupportable vacarme.

La houe sur l’épaule, des colonnes de fellahs marchent vers leurs champs. L’eau scintille dans le quadrillage parfait des canaux d’irrigation. Un homme et une femme, face à face, vannent du sésame. L’Egypte des paysans du Nil survit aux portes du Caire. Mais la ville s’annonce trop vite par des monceaux de détritus jetés là sans que quiconque ne songe à regretter le viol que ces montagnes d’ordures infligent au paysage. Rapidement, la voie de chemin de fer disparaît sous les immondices. Le train devient un ver d’acier qui fourrage son chemin dans la pourriture. On passe des ponts branlants. On traverse d’immenses territoires couverts d’immeubles surpeuplés, insalubres avant même d’être terminés. Sur les toits, encore des déchets. Pour quel usage futur les a-t-on stockés là ? Les palmiers, le long de la voie, exposent toute une variété de sacs en plastique gonflés d’ordures, accrochés à leurs branches, à leurs troncs. Les déchets colonisent les rues, les maisons, les toits, les routes et le fleuve. Le Nil, quelques kilomètres avant la Gare Ramsès, est un cloaque. Le Caire est la plus grande ville d’Afrique. Personne n’est vraiment en mesure de dire combien d’êtres humains vivent ici. Les estimations varient de douze à dix-huit millions. Cette masse humaine s’accumule ici sans bénéficier du moindre service public. Les transports sont embryonnaires. Les égouts débordent. La collecte des ordures n’est plus assurée depuis que l’on a interdit aux Coptes, dont c’était traditionnellement la fonction, d’encombrer les rues du Caire avec les charrettes tirées par des ânes. La plus grande ville d’Egypte, celle dont le Khédive Ismail, au milieu du dix-neuvième siècle, voulait faire un autre Paris, est devenue un cauchemar urbain que personne ne songe vraiment à regarder en face. Un géographe a qualifié la capitale égyptienne « d’objet urbain non identifié et non maîtrisé ». A chacun ici de se faire sa place, en espérant échapper aux maladies infectieuses - la tuberculose et même la lèpre sont de nouveau des fléaux au Caire - à l’effondrement des maisons que personne n’entretient, aux chauffeurs de taxi qui ne comptent que sur Allah et son Prophète pour épargner la vie de leurs clients et des piétons.

En arrivant au pouvoir, Nasser avait fait amener près de la grande Gare du Caire une statue monumentale de Ramsès II. Le nouvel homme fort d’Egypte qui ne s’était pas encore fait étriller au Yémen et dans le Sinaï voulait que son peuple, qu’il destinait à un avenir de victoires et de conquêtes, s’inspire de l’exemple du plus glorieux des Pharaons. La statue a été déménagée - ou plutôt évacuée - au mois d’août dernier. Les experts ont estimé qu’elle ne résisterait pas très longtemps à la pollution. Les passionnés de l’Egypte ancienne se désolaient, eux de voir la merveilleuse statue disparaître peu à peu sous les emballages vides et les fruits pourris. Comme Ramsès II, les riches et les puissants d’Egypte fuient la ville. La pression de la population pauvre est trop forte pour que leurs quartiers réservés restent des havres de paix et d’harmonie. L’ile de Zamalek, le Neuilly du Caire, devient sale et laid. Les villas de Maadi s’abandonnent à des familles qui seraient allées s’installer dans des tombes s’il y avait encore eu de la place pour elles dans la Cité des Morts. Entre 300 000 et deux millions de personnes - on a renonce a faire une estimation exacte - vivent dans les anciennes nécropoles a l’est de la ville.

Le Caire déborde d’humains. Près de la gare du Caire, dans le quartier de Ghamra, certains urbanistes ont évoqué la possibilité que la densité de population atteigne 25 000 habitants au kilomètre carré. Un simple coup d’œil au marché égyptien, que l’on aperçoit au-dessous de la route aérienne qui relie la gare à la berge du Nil, rend plausible un chiffre aussi fantastique. Si l’on s’amuse à oublier que l’on est au Caire, on peut facilement s’imaginer en train de survoler une fourmilière humaine d’Inde ou d’Asie.

Au sortir de Ghamra, la place al Tahrir semble étrangement dépeuplée. Les taxis partout ailleurs si obstines à séduire le client en klaxonnant leur désir de servir, passent sans harceler les rares passants. La consigne des autorités, qui impose aux Egyptiens de bien se comporter sur cette place, est respectée. A deux pas de là en effet se trouve le Musée Egyptien où sont conservés et exposés les trésors de l’Egypte Antique. Des milliers de touristes y viennent comme en pèlerinage tous les jours de l’année. Rien ne doit perturber les visiteurs, qui représentent la première ressource de l’Egypte. Les merveilles du Musée Egyptien, les pyramides de Gizeh, les temples de Louxor et les paysages d’Assouan rapportent plus à l’Egypte que son pétrole, son coton, l’argent qu’envoient les émigrés et l’aide américaine. Le touriste ne doit pas avoir peur. Il ne doit pas se sentir menacé, agressé. Les vendeurs de cartes postales de la place al Tahrir ont appris à être pressants sans importuner. Des dizaines de policiers en uniforme ou en civil surveillent les marchands a la sauvette et ne tolèrent pas la moindre incartade. Sans les touristes, l’Egypte seraient en faillite. Les tueurs islamistes l’ont bien compris. Au début des années 1990, quelques cheikhs ont décrété que le tourisme était « haram », c’est-à-dire contraire aux lois de l’Islam. Immédiatement, on se mit à mitrailler les étrangers, d’Alexandrie à Assouan. Le 17 Novembre 1997, un commando de six hommes attaque les touristes au temple d’Hatshepsout, à Louxor. Soixante-deux personnes sont massacrées, Les blessés sont achevés au couteau. Les cadavres sont mutilés. Dans le ventre ouvert d’un touriste japonais, on retrouve une revendication toute simple : « Pas de touristes en Egypte ! » L’attentat est revendiqué par l’Escadron Omar Abdel Rahman pour la Destruction et le Chaos.

L’horreur des meurtres commis est telle que pendant deux ans les touristes évitent l’Egypte. C’est un coup terrible pour l’économie du pays. Le gouvernement de Hosni Moubarak réagit en autorisant la police et l’armée à agir à leur guise pour éradiquer le péril islamiste. Des centaines de personnes sont arrêtées et torturées. En prison, on viole les mères devant les fils, et les filles devant leurs pères. Les militaires font disparaitre les prisonniers que les juges hésitent à envoyer à la potence. Habilement, le pouvoir égyptien laisse les Islamistes se décharger de leur fureur sur les Chrétiens d’Egypte. Les massacres dans les villages de Haute Egypte se multiplient. La police n’intervient presque jamais pour arrêter les assassins et les violeurs.

Hosni Moubarak passe vite maître dans l’art de doser la répression la plus impitoyable et une évidente nonchalance à empêcher les pogroms anti chrétiens. Pendant sept ans, les Islamistes laissent les touristes en paix. Mais les attentats reprennent dans le Sinaï en 2004. Le pouvoir égyptien a vite fait d’accuser les Palestiniens et les terroristes d’al Qaida, exonérant ses propres islamistes de toute participation à une série de trois attentats suicide qui se soldent par la mort de 120 innocents. Cela n’empêche pas la police égyptienne de redoubler de vigilance. Place al Tahrir, à certains moments de la journée, on peut être certain que tous les Egyptiens présents aux abords du Musée Egyptien sont presque tous des policiers en civil surveillant et protégeant le troupeau des touristes.

C’est pourtant sous le nez des policiers que des bandes de jeunes hommes ont pris l’habitude d’attaquer les jeunes femmes pour leur arracher leurs vêtements et leur imposer des attouchements aussi longtemps que la police ou les familles des victimes n’interviennent pas. Cette année, les bandes de jeunes hommes ont organisé de véritables « chasse à la femme » autour de al Tahrir pendant Eid el Fitr, la fête qui marque la fin du Ramadan. Aucun agresseur n’a été inquiété par la police. Les victimes de ces violences refusent de porter plainte, de crainte de voir leur honneur sali par les voyous et les policiers. Alertées pourtant par quelques témoins de ces actes qui ont diffusé le film de certaines attaques sur Internet, les autorités ont choisi de nier l’évidence. A en croire les porte-parole des différents ministères concernés, aucune femme ayant une tenue et une attitude correcte n’a été agressée place al Tahrir. Ceux qui ont diffusé ces faits sont des traîtres à la nation égyptienne qu’ils veulent salir aux yeux du monde.

Le gouvernement égyptien a choisi de fermer les yeux sur les agressions de femmes dans le centre du Caire, dans la mesure où, pour le moment, aucune touriste occidentale n’en a été victime. En outre, même à bien chercher, on ne peut trouver aucune motivation politique aux agissements des jeunes hommes qui attaquent les femmes pour les déshabiller en public. Ces actes ne sont que l’expression de la frustration sexuelle de milliers d’hommes condamnés à la virginité forcée aussi longtemps qu’ils ne pourront pas payer le montant faramineux d’une dot. Pour se rendre compte de l’ampleur du phénomène, il faut s’écarter un peu de la place al Tahrir et s’engouffrer dans un cinéma qui passe en boucle des films égyptiens ou indiens. Des centaines de jeunes hommes y passent des journées entières. Personne ne s’intéresse à l’intrigue. Le public mange, boit, fume, discute et se dispute jusqu’au moment où certains réclament le silence. Alors, dans un silence de cathédrale, on guette l’image fugitive d’une épaule dénudée ou l’illusion d’un sein découvert. Le passage sulfureux à peine terminé, c’est un rugissement de joie et de colère. On commente une énième fois l’image qui rend encore plus intolérable la séparation totale d’avec les femmes. Plus l’Egypte s’enfonce dans la misère, plus ténu devient l’espoir de tous ces hommes de trouver une épouse. Les Islamistes exploitent sans honte cette forme de désespoir. Leur discours de stigmatisation, de rejet et de mépris de la femme devient sans cesse plus violent. Les hommes ne doivent pas considérer leur célibat forcé comme un calvaire mais comme une opportunité d’échapper à l’influence néfaste des femmes.

Sheikh Yussuf habite un quartier pauvre de la banlieue sud du Caire. Il y a une dizaine d’année, il s’est fait un nom parmi les Islamistes en prêchant avec une violence inouïe contre le mal que représente à ses yeux la femme, impure par nature et par vocation. Aidé par des avocats, il a intenté de nombreux procès à des actrices, à des réalisateurs, à des écrivains qu’il accuse de propager l’impudeur. On soupçonne encore Sheikh Yussuf d’avoir incité un lieutenant de l’armée égyptienne à s’introduire chez l’actrice la plus en vogue à l’époque du cinéma arabe pour la violer et l’égorger. La star affichait une liberté de mœurs, de parole et une beauté que les Islamistes considèrent purement satanique. Comme dans un film, l’actrice fut sauvée, au dernier moment, de la mort et du déshonneur par son fidèle chauffeur. Sheikh Yussuf nie toute implication dans cette agression tout en regrettant que la star qu’il continue à maudire n’ait pas compris la leçon et persiste à faire des films. D’autres vedettes ont cédé à la pression des Islamistes. Voilà presque dix ans que Hala Safi, la plus célèbre des danseuses du ventre, est revenue à l’Islam le plus strict. Plus récemment, Hana Turk, puis Hala Siha, deux actrices de grand talent et de merveilleuse beauté, ont, à leur tour, pris le voile islamique. Sheikh Yussuf se réjouit de ces retours à la foi dont il s’attribue le mérite. Mais il n’est pas le seul à vouloir juguler le danger que les femmes représentent pour la société égyptienne. Ces dix dernières années, les imams égyptiens ont émis plus de fatwas que pendant les quatorze siècles qui se sont écoulés depuis la naissance de l’Islam. Une grande partie de ces décrets religieux concernent les femmes et leurs innombrables devoirs dans une société islamique. Voilà des années que Sheikh Yussuf se bat pour qu’une loi impose aux marchands de légumes de recouvrir leurs étals quand ils proposent des courgettes, des carottes ou des aubergines à la clientèle. La forme de ces légumes serait en effet suffisante pour réveiller la luxure atavique des femmes. Le Sheikh voudrait que pour le même motif le gouvernement de Moubarak fasse abattre la tour du Caire, qui se dresse « impudique et pornographique » dans le ciel de la ville. Enfin, Sheikh Yussuf demande aux imams qu’ils obligent les femmes à mettre des cailloux dans leur bouche quand elles parlent à un homme car, même enfouies sous des flots de tissu noir, les « impudiques » peuvent séduire avec leur voix.

Sheikh Yussuf estime que les Islamistes égyptiens auraient réglé tous les problèmes que pose la luxure naturelle des femmes si celles-ci n’étaient pas entretenues dans leurs vices par les Juifs. Les femmes n’ayant ni âme ni raison, elles ne sont dangereuses que parce que le Juif les manipule. Les Juifs se servent des femmes pour rendre les hommes d’Egypte fous de désir et les détourner ainsi du Jihad. Sheikh Yussuf est intarissable sur les mauvais tours que les Juifs jouent à l’Egypte. Ils ont inoculé le Sida à des centaines de milliers de jeunes naïfs qui ont accepté la cigarette qu’une inconnue leur a proposée dans la rue. Le tabac était imprégné de la salive d’une de ces prostituées que le Mossad entretient par milliers dans des élevages spéciaux près de Tel-Aviv. Le Mossad fait également distribuer des chewing-gums pleins de virus à la sortie des écoles. Les Juifs, affirme Sheikh Yussuf, ont livré à l’Egypte des millions de boucles de ceintures de sécurité contenant de l’uranium enrichi en quantité suffisante pour rendre impuissants les conducteurs qui les utilisent. Les Juifs font aussi couler les bateaux, dérailler les trains et s’écraser les avions.

Sheikh Yussuf al Badri n’est pas fou. Il reprend à son compte des rumeurs et des fantasmes répandus à tous les niveaux de la société égyptienne. La presse du Caire est pleine d’histoires fantastiques où les Juifs incarnent un principe maléfique, travaillant sans relâche à la perte de l’Egypte. « Mein Kampf’ » est régulièrement réédité au Caire qui est devenu, avec Damas et Téhéran un havre de paix pour les négationnistes européens. La télévision d’état a diffusé une série dramatique inspirée par les Protocoles des Sages de Sion. Ce fut un de ses plus grands succès d’audience.

L’Egypte se sent véritablement menacée par les Juifs et Israël. Le gouvernement de Hosni Moubarak s’est peu à peu laissé entrainé à penser, comme le peuple égyptien, que son pays est toujours en guerre contre Israël. En Egypte, l’argent manque pour les transports, les écoles et les universités. Les familles qui veulent rendre visite à un malade doivent s’acquitter d’une taxe. C’est le seul moyen pour les hôpitaux de boucler leur budget. Les routes sont dans un état effroyable. Si chaque grain de blé consommé dans le pays n’était pas subventionné par les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite, la famine frapperait de nouveau. Pourtant, personne ne songe à reprocher à Hosni Moubarak ses énormes achats d’armes. L’armée égyptienne dispose de plus d’avions de combat, de navires de guerre, de chars et canons qu’Israël. Le thème des dernières grandes manœuvres militaires dans le Sinaï était l’engagement des troupes égyptiennes « contre un petit pays au nord est de l’Egypte ». Sauf à penser que l’Egypte veut attaquer le Liban, il n’y a qu’un adversaire qui corresponde à cette définition : Israël.


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