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La fin de la partie d’échecs.

Traduit par Stéphane Teicher pour www.nuitdorient.com

Garry Kasparov, ancien champion du monde d’échecs, président du Front Civil Uni en Russie

dimanche 10 décembre 2006
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Obsédés par l’Irak, nous avons perdu de vue le reste du monde.
Durant ces dernières années, les dictateurs et les terroristes ont gagné du terrain, et à juste raison. La catastrophe de plus en plus profonde en Irak a éloigné la seule superpuissance mondiale de ses vrais objectifs, et affaibli les USA aussi bien politiquement que militairement. Face à un nouveau leadership au Congrès, qui menace de faire la même faute -ne pas voir l’Irak comme seulement une pièce d’un plus grand puzzle - il est temps de revenir aux bases du planning stratégique.

Trente ans passés à jouer aux échecs ont enraciné en moi l’importance de ne jamais perdre de vue le tableau dans son ensemble. Prêter trop d’attention à une seule partie de l’échiquier peut rapidement conduire à l’effondrement de votre position toute entière.

L’Amérique et ses alliés sont tellement concentrés sur l’Irak qu’ils cèdent du terrain sur toute la carte. Même les vagues objectifs de la guerre ambiguë du Président Bush contre le terrorisme ont été mis de côté par la crise à Bagdad.

Les USA doivent se recentrer et reconnaître l’échec de leur politique étrangère post-11 Septembre. Les attaques préemptives et le renversement de dictateurs étaient ou n’étaient pas un bon plan, mais au moins c’était un plan. Or, si on attaque l’Irak, l’éventualité de poursuivre l’Iran ou la Syrie doit être mise aussi sur la table. Au lieu de cela, les USA se trouvent en train du superviser une guerre civile, tout en faisant des concessions ailleurs, sans discontinuer.

Cette dure situation est le résultat de la seule chose pire que l’échec d’une stratégie : l’incapacité de reconnaître, ou d’admettre, qu’une stratégie a échoué. Depuis l’invasion de l’Irak en Mars 2003, la Corée du Nord a testé l’arme nucléaire. L’Iran accélère ouvertement son programme d’enrichissement de l’uranium, tout en versant de l’argent au Hezbollah et au Hamas. Les Talibans réapparaissent en Afghanistan. Pratiquement hors de tout contrôle, la Somalie est en train de devenir un refuge pour al Qaeda. Le pire de tout, c’est la réponse à la question qui relie tous ces fusibles qui sautent : Non, nous ne sommes pas plus en sécurité qu’avant.

Les germes de cette situation ont été semés lors du seul véritable succès obtenu par l’Occident. L’attaque contre les Talibans et al Qaeda en Afghanistan a tellement bien réussi que les USA et leurs alliés n’ont pas analysé toutes les raisons de ce succès. Presque tous les acteurs de la scène mondiale ont bénéficié de l’attaque contre l’Afghanistan. La déroute des Talibans Sunnites a ravi l’Iran. La Russie et la Chine n’aiment pas avoir l’extrémisme religieux à leurs frontières. L’Inde était contente de voir les USA lancer une attaque directe sur des terroristes musulmans.

Seul le Pakistan s’est trouvé soumis à des pressions inconfortables, bien que même là, Pervez Musharraf ait réussi à jouer sur les deux tableaux suffisamment bien, pour apparaître comme un allié essentiel de l’Occident, pendant que les terroristes et les armes traversaient librement ses frontières. Le Général Musharraf a porté à la perfection la formule le présentant comme le seul rempart contre les extrémistes, ce qui lui permet d’avoir l’immunité pour sa dictature. Non seulement il y avait là une convergence de l’opinion mondiale aidée par une sympathie envers les USA après le 11/9, mais les méchants de service étaient vraiment des méchants, et nous savions où ils se trouvaient. Comme la suite des évènements nous l’a appris, bombarder efficacement des terroristes était une occasion rare.

Bien sûr, il faut tirer des leçons de ses défaites, mais trop souvent, on oublie d’évaluer les raisons de nos succès. On les considère comme acquis. Les USA ont lancé la charge en Irak sans analyser les difficultés beaucoup plus grandes que représenterait l’après guerre dans ce pays, et comment ce travail serait compliqué par l’opinion globale de plus en plus hostile aux aventures militaires de l’Amérique. Le rôle de l’Amérique comme « le méchant flic » a été un échec sur la scène globale. Sans la présence américaine en Irak, comme cible et comme bouc émissaire, les Irakiens auraient été forcés de prendre des décisions politiques difficiles qu’ils évitent de prendre aujourd’hui. Nous ne saurons pas si l’Irak peut se débrouiller tout seul avant que les troupes US le quittent. Et pendant ce temps là, la Corée du Sud et la Chine refusent d’agir contre la Corée du Nord, tout en accusant les USA de conduite provocatrice. A quelle allure leur attitude changerait-elle si les USA retiraient leurs troupes de la péninsule coréenne ? Ou si le Japon-sans parler de Taiwan-annonçait des plans de développement d’armes nucléaires ?

De Caracas à Moscou et à Pyongyang, chacun suit son agenda tout en ignorant le Président Bush et l’ONU. Ici en Russie, par exemple, Vladimir Poutine reçoit l’appui de Mr. Bush pour devenir membre de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), tout en vendant des systèmes avancés de missiles de défense aériens à l’Iran, et tout en imposant des sanctions à la Géorgie, elle-même membre de l’OMC . L’adhésion à l’OMC ne profitera pas aux Russes ordinaires, mais elle apportera une plus grande couverture à Mr. Poutine et à son gang d’oligarques, pour rançonner le pays et blanchir l’argent à l’étranger, sans craindre de résistance de la part d’un Occident distrait, discrédité et affaibli.

On peut ne pas savoir ce qui marche, mais on a beaucoup d’exemples de ce qui ne marche pas, et on ne peut pas continuer à les ignorer. Seule super puissance mondiale, les USA commencent à s’effilocher. La moindre intervention cause du ressentiment, et même de nombreux alliés traditionnels s’opposent presque ouvertement aux plans US. La politique étrangère excessivement proactive des Etats-Unis a aussi permis aux autres nations d’éviter de prendre la responsabilité de leur propre sécurité, et d’éviter de prendre les décisions difficiles qu’implique cette responsabilité.

Dans le même temps, l’ONU est devenue l’exemple parfait d’une institution brisée. Quand les leaders ont peur d’agir pour de bon, ils s’adressent à l’ONU, où ils savent que rien de tangible ne sera réalisé. Les résolutions sont régulièrement ignorées sans conséquences, et en fait, sont ouvertement bafouées. Le Hezbollah a fièrement agité des armes quand l’armée Israélienne a quitté le Liban, et les soldats Israéliens kidnappés attendent toujours d’être libérés.

Alors, que faire ? « Mission accomplie » en Irak, sans plaisanter. Les objectifs d’origine - déposer Saddam Hussein et tenir des élections - ont été atteints. Bâtir une nation n’a jamais été à l’ordre du jour, et n’a pas à y être ajouté maintenant. Toutes les troupes alliées du monde ne parviendront pas à empêcher le peuple de poursuivre sa guerre civile, si tel est son choix. Tant que les leaders Musulmans en Irak et ailleurs ne voudront pas affronter leurs éléments radicaux, les étrangers seront des spectateurs, dans la ligne de feu.

Quant à la stabilité, si les troupes alliées quittent l’Irak : Quelle stabilité ? Je ne dirais pas que la situation peut empirer-si nous avons appris quelque chose, c’est que les choses au Moyen Orient peuvent toujours empirer ; mais au moins la dynamique actuelle de la mort pourrait changer. Et avec le changement, il y a toujours un espoir d’amélioration. Sans changement, on attend un résultat différent de la même conduite, une chose que quelqu’un a une fois défini comme une insanité.


Chessboard Endgame

Obsessed with Iraq, we’ve lost sight of the rest of the world.

BY GARRY KASPAROV, a former world chess champion, is chairman of the United Civil Front in Russia. -

December 2, 2006 -opinion journal

For the past few years, the dictators and terrorists have been gaining ground, and with good reason. The deepening catastrophe in Iraq has distracted the world’s sole superpower from its true goals, and weakened the U.S. politically as well as militarily. With new congressional leadership threatening to make the same mistake—failing to see Iraq as only one piece of a greater puzzle—it is time to return to the basics of strategic planning.

Thirty years as a chess player ingrained in me the importance of never losing sight of the big picture. Paying too much attention to one area of the chessboard can quickly lead to the collapse of your entire position. America and its allies are so focused on Iraq they are ceding territory all over the map. Even the vague goals of President Bush’s ambiguous war on terror have been pushed aside by the crisis in Baghdad.

The U.S. must refocus and recognize the failure of its post-9/11 foreign policy. Pre-emptive strikes and deposing dictators may or may not have been a good plan, but at least it was a plan. However, if you attack Iraq, the potential to go after Iran and Syria must also be on the table. Instead, the U.S. finds itself supervising a civil war while helplessly making concessions elsewhere.

This dire situation is a result of the only thing worse than a failed strategy : the inability to recognize, or to admit, that a strategy has failed. Since the invasion of Iraq in March 2003, North Korea has tested a nuclear weapon. Iran is openly boasting of its uranium enrichment program while pouring money into Hezbollah and Hamas. A resurgent Taliban is on the rise in Afghanistan. Nearly off the radar, Somalia is becoming an al Qaeda haven. Worst of all is the answer to the question that ties all of these burning fuses together : No, we are not safer now than we were before.

The seeds for this situation were sown in the one real success the West has had. The attack on the Taliban and al Qaeda in Afghanistan went so well that the U.S. and its allies did not appreciate all the reasons for the success. Almost every player on the world stage benefited from the attack on Afghanistan. The rout of the Sunni Taliban delighted Iran. Russia and China have no love for religious extremism near their borders. India was happy to see the U.S. launch a direct attack on Muslim terrorists.

Only Pakistan was put under uncomfortable pressure, although even there, Pervez Musharraf has been able to play both sides well enough to appear to be an essential ally to the West, while terrorists and weapons cross his borders freely. Gen. Musharraf has perfected the formula of holding himself up as the last defense against the extremists in order to gain immunity for his dictatorship. Not only was there a confluence of world opinion aided by sympathy for the U.S. after 9/11, but the proverbial bad guys were undoubtedly bad, and we knew where they were. As subsequent events have shown, effectively bombing terrorists is a rare opportunity.

Learning from our defeats is obvious, but too often we fail to appreciate the reasons for our successes ; we take them for granted. The U.S. charged into Iraq without appreciating the far greater difficulty of the postwar task there, and how it would be complicated by the increasingly hostile global opinion of America’s military adventures.

America’s role as « bad cop » has been a flop on the global stage. Without the American presence in Iraq as a target and scapegoat, Iraqis would be forced to make the hard political decisions they are currently avoiding. We won’t know if Iraq can stand on its own until the U.S. forces leave. Meanwhile, South Korea and China refuse to take action on North Korea while accusing the U.S. of provocative behavior. How quickly would their attitudes change if the U.S. pulled its troops out of the Korean Peninsula ? Or if Japan—not to mention Taiwan—announced nuclear weapon plans ?

From Caracas to Moscow to Pyongyang, everyone follows their own agenda while ignoring President Bush and the U.N. Here in Russia, for example, Vladimir Putin gets Mr. Bush’s endorsement for membership to the World Trade Organization while selling advanced air defense missile systems to Iran and imposing sanctions on Georgia, itself a WTO member. WTO membership is not going to benefit ordinary Russians, but it will provide more cover for Mr. Putin and his gang of oligarchs to continue to loot the country and launder the money abroad with no resistance from a distracted, discredited and enfeebled West.

We might not know what works, but we have many fine examples of what doesn’t work, and we cannot continue to ignore them. As the world’s sole superpower, the U.S. has become a lightening rod. Any intervention causes resentment, and even many traditional allies oppose U.S. plans almost out of hand. America’s overly proactive foreign policy has also allowed other nations to avoid responsibility for their own safety, and to avoid making the tough decisions that come with that responsibility.

At the same time, the U.N. has become a perfect example of a broken institution. When leaders are afraid to take real action they go to the U.N., where they know nothing tangible will be achieved. Resolutions are routinely ignored without consequences and, in fact, are openly flouted. Hezbollah proudly waved weapons as the Israeli army left Lebanon, and the kidnapped Israeli soldiers have yet to be released.

So what then, to do ? « Mission accomplished » jokes aside, the original goals in Iraq—deposing Saddam Hussein and holding elections—have been achieved. Nation-building was never on the agenda, and it should not be added now. All the allied troops in the world aren’t going to stop the Iraqi people from continuing their civil war if this is their choice. As long as Muslim leaders in Iraq and elsewhere are unwilling to confront their own radical elements, outsiders will be spectators in the line of fire.

As for stability, if allied troops leave Iraq : What stability ? I won’t say things can’t get worse—if we’ve learned anything, it’s that things in the Middle East can always get worse ; but at least the current deadly dynamic would be changed. And with change there is always hope for improvement. Without change, we are expecting a different result from the same behavior, something once defined as insanity.


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