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Par-delà le Hezbollah, une guerre en islam

Guy Sorman est essayiste. - Le Figaro

lundi 7 août 2006
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Il ne s’agit plus ici d’être sioniste, antisioniste, proarabe. Ni d’adopter une posture avantageuse qui se situe du bon côté de l’histoire au Proche-Orient, en supposant qu’un bon côté existe. Après plusieurs semaines de guerre, on se contentera de relever des faits, sinon parfaitement objectifs, du moins des faits difficilement niables.

Le premier fait, incontournable, est, dans le regard arabe, le caractère inacceptable de l’existence d’Israël. Tous les documents diplomatiques et déclarations reconnaissant Israël - je reconnais, mais je n’accepte pas - obtenus sous la contrainte ou par nécessité, pourraient disparaître si la nécessité s’allégeait et la contrainte n’était plus. D’un point de vue arabe, Israël est vécu comme une colonie, imposée de l’extérieur, une poussière d’empire, une aberration historique. La singularité d’Israël ? Elle n’est nullement évidente aux Arabes : l’Holocauste eut lieu ailleurs. Le destin d’Israël ? Si destin il y a, il est étranger aux Arabes puisque l’islam seul est vrai et qu’une espérance métaphysique juive leur paraît, forcément, une erreur. Dans ce regard arabe, Israël, historiquement dévoyé et dans l’ignorance de la Révélation véritable, est au mieux un fait acquis, sans autre droit à exister que sa force supérieure.

Le deuxième fait, incontournable, c’est que jamais depuis sa fondation, les États arabes n’ont renoncé à éliminer Israël : seule la méthode a varié. Le Hezbollah innove seulement parce qu’il a pris acte de la relative inefficacité de la guérilla ; cette fois-ci, Israël a affaire à une armée, moderne, bien équipée, disposant d’une base géographique dans le grand no man’s land du Liban-Sud. Effacer Israël de la carte, ce n’est plus seulement de la rhétorique « orientale » : le Hezbollah et son tuteur iranien, le président Mahmoud Ahmadinejad, s’en donnent les moyens. Difficile de ne pas les prendre au sérieux. Et, par-delà la destruction d’Israël, on suppose que le Hezbollah a des ambitions politiques plus vastes : contrôler le Liban, participer à une coalition d’États chiites. Nous assistons là à une grande révolution chiite, politique et religieuse. Une révolution où, comme dans toute révolution, les fanatiques l’emportent sur les modérés...

Le troisième fait, non discutable, est le rôle déterminant des États-Unis et d’eux seuls. Israël qui, sans les États-Unis, aurait été annihilé dés 1973, survit grâce au soutien logistique et diplomatique de Washington et parce que les gouvernements arabes savent jusqu’où ne pas aller trop loin pour ne pas déclencher la foudre américaine.

Quatrième fait : pourquoi diable Israël, minuscule enclave à l’échelle du monde arabe et plus encore du monde musulman, cristallise-t-il, depuis soixante ans, toutes les haines des mondes arabes et musulmans ? N’y a-t-il pas là une disproportion, la vraie disproportion ? Hassan II, roi du Maroc, expliquait avec ironie que l’antisionisme était l’aphrodisiaque du monde arabe. Israël est, dans le monde arabe, le seul motif autorisé de manifestations publiques, le seul lien social parfois entre sectes et ethnies dans des nations arabes fragmentées : « À bas Israël » fait l’union.

Cinquième fait : les explications économiques, d’inspiration marxiste-léniniste, du conflit israélo-arabe, n’expliquent rien. Israël n’a pas de pétrole, aucune autre ressource que la valeur ajoutée par sa population : la conquête d’Israël n’aurait d’autre valeur, pour les Arabes, que symbolique. Ceux qui croient encore que le pétrole détermine les guerres ont un siècle économique de retard.

Assisterions-nous alors à une prétendue guerre des civilisations, Israël n’étant alors qu’une base avancée de l’Occident dans le monde islamique ? C’est, de fait, la thèse que les islamistes voudraient accréditer. Mais ce conflit présumé entre Occident et Islam n’est que le paravent d’un autre conflit beaucoup plus décisif, le seul réellement décisif, celui qui, au sein du monde arabe et musulman, oppose les tenants de l’islam éclairé à ceux de l’islam fondamentaliste.

Je ne suis pas certain que la guerre entre le Hezbollah et Israël déterminera le destin du monde musulman ni de ses relations futures avec l’Occident ; l’armistice sans paix viendra clore cette bataille sans cesse recommencée. Regardons ailleurs : ce sont, peut-être, les récentes élections libres en Irak, au Bahreïn et au Koweït qui annoncent la libération des Arabes par eux-mêmes et un autre avenir. Inch Allah.


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