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Douce France

Marc Nacht, Psychanalyste, écrivain.

vendredi 2 décembre 2005
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Pour tenir compagnie à Alain Finkielkraut devant le peloton d’exécution

Saisie par son symptôme, la douce France déborde de culpabilité. Ce n’est pas qu’elle en soit exempte, et de tout bord, de la Terreur révolutionnaire à Vichy en passant par le brave général Bugeaud, aux gégènes de Massu, à la non-assistance au million de « pieds noirs » rapatriés, à l’abandon des harkis qui, pour aimer tout de même la France, avaient mal choisi leur camp, et j’en passe, sauf à ajouter le Rwanda pour faire bonne et insuffisante mesure.

Mais ces crimes et ces fautes doivent-ils faire oublier les Droits de l’homme et l’abolition de l’esclavage ? Doivent-ils faire oublier que la colonisation brutale fut aussi ouverture culturelle des peuples soumis, devenus à leur tour héritiers de nos crimes et de nos peines comme nous le fûmes nous-mêmes, parmi la foule qui grandissait entre ces ombres et ces lumières ?

Les banlieues se brûlent, victimes de flambeaux qu’elles n’ont pas su éteindre ni défaire à force d’en couver les flammes comme ce qui serait le feu secret de leurs origines.

On a souvent entendu de la part de ces « jeunes », que la carte d’identité française ne servait à rien, n’était rien. Ce n’est pas faux pour ceux qui le disent, mais à prendre comme l’expression de ce qui fait pour eux retour d’une histoire dont la portée symbolique semble totalement refoulée et plus encore forclose. Cette dernière concerne bien la nationalité et à travers elle l’histoire de leurs ascendants paternels. Comment, en effet, intégrer que ces pères ou grands-pères qui ont lutté pour l’indépendance de leur pays aient choisi de rester ou de venir en France après leur victoire, et donc de faire de leurs enfants des Français , contre leur gré peut-être ? Comment intégrer qu’ils aient préféré l’ex-colonisateur à leur pays enfin libéré de sa présence ? Les raisons économiques ne font pas plus sauter ce verrou symbolique que les raisons politiques qui en aggravent la fermeture. La carte d’identité qui ne « veut rien dire », dit au contraire tout de cette forclusion qui porte sur l’identité des pères et les choix de ces derniers, quoi qu’en puissent avoir été les motivations rationnelles.

L’émeute est jouissance de cette extraterritorialité qui se fait ainsi reconnaître par la violence mortifère qui l’anime. La haine envers le pays d’accueil s’y exprime. On se garde d’en faire trop la publicité.

C’est ainsi que nos apitoiements paternalistes ne peuvent qu’accentuer les ravages d’une histoire qui les déshérite de leur identité. Sous les oripeaux d’une dette envers les anciens colonisés, seul un discours trop « bien pensant » ne sait distinguer l’aumône et sa charge de mépris. Pire encore, la « belle âme » tremble devant le gueux qui pourrait la salir de n’être pas la victime sur laquelle elle s’apitoie et qu’elle veut voir telle, l’encourageant pour cela dans sa rancune et l’abaissant d’un trop de compréhension.

Ce n’est pas le soi-disant « respect » qu’il est urgent offrir à ces enfants (si souvent irrespectueux) d’ex-colonisés devenus psychiquement apatrides mais, selon les justes remarques de Cécile Ladjali , ce qui les rendrait respectable à leurs propres yeux. C’est-à-dire les considérer comme responsables (et nombre d’entre eux le sont) au lieu de condescendre à leurs supposées carences.

La réponse aux émeutiers, c’est de les prendre au sérieux, aussi bien sur le plan de la répression qui donne un sens à leurs actes (il y a un peu de caporal Lortie en chacun d’eux) que sur celui d’un absolu refus de se mettre en quoi que ce soit à leur « niveau », à commencer par le langage qui leur est tenu et l’enseignement qui leur est prodigué. C’est à ce prix que les héritiers de toutes les faillites pourront laborieusement briser les chaînes de leurs aliénations. La démarche n’est ni altruiste, ni cruelle, ni folle mais de survie d’une société et de refus des ségrégations qui autrement finiraient par en être la gouvernance.


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