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Le Nobel de la Paix, ou le « Wishful thinking »

Simon Pilczer

samedi 8 octobre 2005
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Le comité Nobel pour la Paix est assez coutumier d’anticipations magiques :
Il attribue la prestigieuse récompense du Nobel de la Paix avant que le résultat ne soit acquis.

Dans toutes les autres disciplines où un Prix Nobel est attribué, qu’il s’agisse des prix scientifiques, Physique, Chimie, Médecine, la récompense n’échoit que tardivement à son récipiendaire méritant, des années, voire des décennies après que son œuvre aura reçu la patine du temps, et la confirmation de son utilité pragmatique. Le Nobel de Chimie attribué cette année au Français Jean-Yves Chauvin, 30 ans après ses travaux fondamentaux sur la « métathèse », en sont une illustration caricaturale.

De même bien entendu en Littérature, et en Economie, le prix n’est attribué qu’à une œuvre majeure, mûrie, et universellement reconnue, même si elle peut être contestée.

Par contre, pour le Nobel de la Paix, le jury pratique ce que les Anglo-saxons appellent le « Wishful Thinking », que je traduirais par « pensée magique ».
En anticipant les résultats d’une activité humaine destinée à préserver de bonnes relations entre nations, le jury du Nobel espère influer sur le cours des événements, en adressant souvent un message politique aux acteurs d’un conflit.

C’est typiquement ce qui s’était produit en 1994, lors de l’attribution conjointe du Nobel de la Paix à Yasser Arafat, Itsh’ak Rabin et Shim’on Pères, suite aux accords d’Oslo, qui ont donné lieu à une cérémonie solennelle de signature de ces accords en public sur les pelouses de la Maison Blanche, sous les regards enamourés de Bill Clinton, qui ignorait encore quel escroc criminel doublé d’un menteur pathologique était Arafat : 12 ans plus tard, après avoir installé son Fatahland en « Palestine », avec des milliers de morts dans les deux camps qui lui doivent leur sort funeste, Arafat demeure un héros contestable.
Nul doute que si le jury s’était donné un peu de recul, la récompense ne lui serait pas échue.

Aujourd’hui, Mohamed el Baradeï, avocat d’origine égyptienne, et l’AIEA qu’il dirige, se voient gratifiés de cette même récompense. Loin de moi l’idée de le comparer à Arafat...
Tous les médias se plaisent à mentionner que le prix est attribué pour le 60ème anniversaire des explosions nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki, et on sent poindre une nouvelle flamme anti-américaine, puisque ce sont les Américains qui ont fait entrer l’espèce humaine dans l’ère nucléaire.

Nos médias à la courte mémoire, oublient que le Président Harry Truman, qui dirigeait les USA après la mort du Président Roosevelt, prit cette très lourde décision en août 1945 après avoir soupesé les risques d’une guerre sans fin avec un « Empire du Soleil Levant » d’inspiration fasciste, qui occupait de nombreux pays en Asie, dont la Mongolie, la Corée, et une partie de la Chine, et Formose, et de nombreuses îles du Pacifique.

Les Japonais de l’époque étaient si fanatisés par la tradition militariste et le sens de l’honneur des Samouraïs qu’ils créèrent cette aberration militaire que sont les « kamikazes » - qui ont donné des idées aujourd’hui à de plus stupides, les « islamikazes, ou démocides à la bombe » - et que l’on découvre encore de loin en loin, survivant comme des sauvages dans la jungle d’îles du Pacifique, des nonagénaires, anciens soldats japonais, qui croient que la guerre n’est pas encore terminée.

C’est dire si Truman a eu raison de mettre fin au carnage.
Que les Japonais soient devenus aujourd’hui des agneaux pacifistes, comme les Allemands d’ailleurs, est tout à fait compréhensible : ils ont payé très cher le prix des aberrations militaires de leurs dirigeants fascistes des années 1930 et 1940.
Mais il ne faut pas oublier que si Hiroshima et Nagasaki nous ont fait entrer dans l’ère de la « dissuasion nucléaire », c’est un club très fermé où ne peuvent participer que les Etats assez développés et assez sages pour ne pas utiliser cet outil d’anéantissement généralisé aux conséquences imprévisibles.

Or l’Iran des Ayatollahs et des Mollahs, dirigé par un architerroriste, Ahmadinejad, est décidé à obtenir l’arme nucléaire, à la diffuser à d’autres états musulmans, et à détruire « l’entité sioniste » : non seulement cela fait partie de son programme énoncé lors de sa prise de fonction, mais il le proclame à qui veut l’entendre, le fait inscrire sur les missiles qu’il fait défiler, et met en garde les états démocratiques contre toute tentative de l’empêcher de parvenir à ses fins, en menaçant le monde occidental d’une crise énergétique majeure.

L’Iran étant le second fournisseur de pétrole de l’OPEP, la Troïka européenne - Grande-Bretagne, Allemagne, et France, qui ont tous aussi des intérêts économiques très importants à préserver en Iran - a préféré différer le transfert du dossier nucléaire iranien devant le Conseil de Sécurité de l’ONU.

C’est donc bien l’AIEA qui a demandé pour finir cette démarche, mais sans aucune efficacité :
A court terme, rien ne se fait, sous le rire grinçant et cynique des négociateurs iraniens qui font connaître qu’il n’y a rien à négocier.
A moyen terme, l’Iran continue de se moquer des mises en garde de la communauté internationale et poursuit ouvertement son programme d’enrichissement de l’Uranium qui la mettra en capacité de produire des bombes nucléaires dans un délai que les spécialistes évaluent à moins de cinq ans.
Surtout nous explique-t-on, l’Iran fera éclater tout l’échafaudage de la politique de « non prolifération nucléaire », et divers pays du Moyen-Orient, dont l’Arabie saoudite et l’Egypte seront membres du club nucléaire sous dix ans.

Ainsi, je cite d’après l’agence AFP :
.../ « L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et son chef sont les vainqueurs du Prix Nobel de la Paix 2005. Le jury a adjugé la prestigieuse récompense à Mohamed El Baradei, Président de l’organisation internationale rattachée à l’Onu, saluant le travail de ce dernier en matière de lutte contre la prolifération d’armes nucléaires. »/...

Une autre dépêche précise :
.../ « Le Vice-Premier ministre du gouvernement israélien, Shim’on Pères, qui avait remporté ce Prix Nobel en 1994, a affirmé ce vendredi qu’il considérait la décision du jury comme un avertissement à l’Iran. Depuis plusieurs semaines, le torchon brûle entre la communauté internationale et le régime islamiste à propos de son programme nucléaire. Il y a peu, l’AIEA a présenté une résolution ferme qui préconise que l’Iran soit déférée devant le Conseil de Sécurité de l’Onu si elle poursuivait ses activités d’enrichissement d’uranium, ultime étape avant la fabrication de la bombe nucléaire. »/...

Shim’on Pères, autre adepte du « Wishful Thinking » et récipiendaire prématuré du Nobel de la Paix - il l’a amplement prouvé avec les illusions d’Oslo qu’il a préservées malgré les malheurs de « l’intifada al Aqsa » - de s’enthousiasmer de la nomination de Mohamed el Baradeï, en voulant croire l’illusion que ce serait « une mise en garde à l’Iran ».
Quelle efficacité peut-on prêter à cette démarche ?

Avant d’attribuer un Prix Nobel de la Paix, des résultats tangibles auraient été bienvenus : pour l’instant, les dirigeants iraniens continuent de se moquer de la communauté internationale, sous le chantage à la pénurie énergétique, et leur arrogance fonctionne parfaitement.

Concernant les négociations sur le TNP avec la Corée du Nord, cet Etat « voyou » qui avait signé le traité de non Prolifération Nucléaire, puis s’en est exonéré quand bon lui a semblé, en profitant des largesses de la communauté internationale pour nourrir sa population qu’il laisse mourir de faim, sous un régime des plus atroces que la planète ait jamais sécrété : Kim Jong il, dirigeant communiste héréditaire rongé par l’alcoolisme, continue de menacer l’équilibre régional, conduisant le Japon à rechercher une éventuelle issue nucléaire alors que cette solution lui répugne évidemment ; Formose, la grande île indépendante que la Chine continentale veut absolument récupérer, songe aussi à s’équiper.
Et les Coréens du Nord jouent avec les nerfs de leurs partenaires, grâce à la Chine populaire qui les soutient en tirant les ficelles de ce jeu politique dangereux. Pour tenir les Américains et les Japonais en respect, les Chinois utilisent la carte nord-coréenne avec un absolu cynisme.

On aurait pu évoquer cette question dans l’attribution du prix Nobel à M. el Baradeï : là encore, avant d’attribuer une telle récompense, des résultats tangibles auraient été bienvenus.

Nos médias français ont encore vu dans cette attribution un camouflet à George Bush, et à la politique qui l’a conduit à l’intervention en Irak : Mohamed el Baradeï aurait été la « bête noire » de l’administration Bush avant l’intervention en Irak, « pour s’être opposé courageusement à George Bush, en menant des inspections de terrain qui ne purent confirmer la présence d’armes de destruction massive en Irak ».
Outre que cette polémique n’est pas close avec des régimes voyous comme celui de Saddam Hussein, qui pourrait avoir dissimulé et démantelé de telles armes, ou les avoir expédiées à des alliés régionaux comme la Syrie, le renversement du régime criminel de Saddam Hussein est en soi une victoire pour la démocratie dans le monde, justifiant à lui seul l’intervention.

De plus, toujours selon cette rage anti-américaine de nos médias, l’administration Bush se serait « farouchement opposée à un nouveau mandat de M. el Baradeï à la tête de l’AIEA ».
En vérité, les USA ont établi la tradition qui veut que les mandats de très haut niveau doivent être limités dans le temps : ainsi le président des USA ne peut prétendre qu’à deux mandats.
Et il vrai qu’ils n’avaient pas à se féliciter des prestations de M. el Baradeï, dont ils peuvent à juste raison mettre en doute la neutralité. Comme l’ONU n’avait pas de candidat suffisamment crédible pour le poste, M. el Baradeï, 63 ans aux prunes, fut reconduit dans ses fonctions en janvier 2005 pour un troisième mandat, avec l’aval des USA.

Mais le message des USA s’adresse sans doute davantage au Secrétaire Général de l’ONU, qui va achever son deuxième mandat fin 2006 (10 ans à la tête de l’ONU au total) : l’administration américaine contribue pour 22 % au budget de cette organisation parfaitement bureaucratique, et à la gestion opaque. Les Américains, représentés par leur nouvel ambassadeur John Bolton, sont décidés à ne pas reconduire Kofi Annan qui repiquerait bien encore une fois, malgré ses responsabilités et ses négligences, non seulement dans le scandale « pétrole contre nourriture », mais aussi et surtout dans la perpétration des génocides en Bosnie, en 1992-93, et au Rwanda en 1994 : il était alors secrétaire général adjoint sous la direction de l’égyptien Boutros Boutros Ghali.
Celui-ci, issu d’une riche famille copte, ancien ministre des affaires étrangères d’Egypte, et futur président de la conférence des pays de la Francophonie, est l’auteur du trop fameux « Moi vivant, jamais Israël ne sera intégré dans le club de la Francophonie ».

Aujourd’hui, des témoins aussi crédibles que Saeb Erekat, « Ministre de affaires étrangères de » l’entité palestinienne « , et Mahmoud Abbas, président de cette même entité, lancent une polémique à travers la presse anglaise, pour faire accroire que le Président Bush » entendrait des voix divines ", qui l’auraient entraîné aux campagnes militaires en Afghanistan et en Irak, et l’appelleraient à soutenir la création d’un Etat palestinien.
Bien entendu, la Maison Blanche dément : certes, le Président Bush est profondément croyant, et sa foi l’a conduit à placer le développement de la démocratie au Moyen-Orient au-dessus de la fameuse « real-politik » pratiquée autrefois par Nixon, et Bush père. Mais cela n’en fait pas un « illuminé », dont les médias voudraient s’empresser de faire leurs choux gras, parce que cela correspond si bien à l’image qu’il ont véhiculée depuis cinq ans.

D’ailleurs en matière de « messages envoyés par Dieu », Messieurs Saeb Erekat et Mahmoud Abbas sont orfèvres puisque le Coran leur enjoint de croire sans discussion que cette « récitation », dont les sourates sont souvent contradictoires, est l’ultime message divin adressé au « sceau des prophète Mohamed par l’archange Jibril ».

Une remarque enfin sur la neutralité de M. el Baradeï : l’an passé, il a tenu à faire une visite en Israël pour demander innocemment que cette petite mais unique démocratie du Proche-Orient signe le Traité de non Prolifération Nucléaire (TNP). M. el Baradeï ne se faisait sans doute pas beaucoup d’illusions.
Reçu poliment par les responsables politiques israéliens, il fut éconduit avec l’argument toujours en vigueur :
« Israël ne sera jamais le premier Etat de la région à utiliser l’arme nucléaire »

Sachant que la maîtrise de l’arme nucléaire par Israël est un secret de polichinelle, les Etats arabes de la région voudraient absolument le désarmer pour ne courir aucun risque quand ils ourdiront une nouvelle attaque majeure comme celle de Kippour en 1973. C’est le sens de la résolution que les pays de la Ligue Arabe ont fait voter à l’ONU récemment, exigeant la dénucléarisation de la région du Moyen-Orient, quand c’est la question de l’Iran nucléaire qui est posée, pour parvenir soi-disant à un règlement du « conflit israélo-palestinien » qui est en vérité un conflit arabo-israélien.

Les angelots pacifistes vont évidemment s’engouffrer dans cette brèche, féliciter M. el Baradeï, et louer l’AIEA pour n’avoir pas accompli la mission dont elle est chargée avec l’lran et la Corée du Nord.
N’est-ce pas là une merveilleuse illustration du « Wishful thinking » ?

Question : l’attribution du Prix nobel de la Paix à M. el Baradeï et à l’AIEA n’est-elle pas prématurée ?

Au vu de ces résultats moins que probants, je suggère de rebaptiser l’AIEA : AïeAïeAïe...


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