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Après le premier pas de Gaza

Nissim Zvili ambassadeur d’Israël en France.- Libération

vendredi 9 septembre 2005
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La négociation et les échanges de territoires sont seuls à même de venir à bout de ce conflit. On ne fera pas l’économie de ce processus

Israël a mené avec détermination le plan de désengagement, faisant fi des tentatives par les extrémistes de s'arroger le retrait israélien comme étant leur victoire. Les manifestations ostensibles des groupes extrémistes et militaristes, Hamas, Jihad islamique et Brigades des martyrs Al-Aqsa en tête, ont détourné la joie naturelle de nombreux Palestiniens en une célébration macabre et malsaine, une joie excluant la paix et saluée à coup de roquettes et de mitrailleuses. Les décisions politiques israéliennes ne répondent pas aux manoeuvres des terroristes, mais à une volonté de paix, en commençant par débloquer l'impasse dans laquelle étaient plongés Israéliens et Palestiniens.

La société israélienne a vécu un marathon démocratique éprouvant : débats houleux dans les instances politiques, trois votes à la Knesset, recours auprès de la Cour suprême (invalidés), menaces de désobéissance au sein de l'armée (quasiment non suivies). La société israélienne est habituée aux débats vifs, c'en est presque un label national. Mais, cette fois, des déchirures profondes sont apparues, et toutes les franges de la société israélienne, même les plus radicales, sont en ce moment amenées à un examen de conscience.

Comment une conviction nationale-religieuse a pu battre en brèche la valeur essentielle du judaïsme, la valeur de la vie ? Comment une telle conviction a pu générer une haine qui a engendré trois assassins : celui de Rabin il y a dix ans, et ceux qui ont tué durant le désengagement, l'un quatre Arabes israéliens, l'autre quatre Palestiniens ? Cette question se pose à tous, car tous nous avons laissé s'élargir le fossé sans nous alarmer outre mesure. Même l'assassinat de Rabin n'a pas allumé les feux rouges qui auraient dû nous éviter de tels drames.

C'est donc maintenant que le véritable débat concernant l'Etat d'Israël s'ouvre, débat que même Oslo n'avait pu concrétiser. Le plan de désengagement confronte tout le monde à la réalité d'une évacuation dans le cadre d'un Etat palestinien. Le retrait de Gaza nous met face à la question des frontières permanentes d'Israël.

Mais que l'on ne s'y trompe pas. Désormais dans la phase postdésengagement, il faudra aux sociétés israélienne et palestinienne un certain temps pour digérer ce qui s'est passé. La tendance de certains discours à vouloir d'ores et déjà passer «aux étapes suivantes», à l'évacuation de la Cisjordanie, recèle une profonde erreur stratégique autant que politique.

Tout d'abord, les agendas politiques respectifs empêchent toute initiative d'envergure, car les cartes politiques israéliennes et palestiniennes vont changer dans les mois à venir. En premier lieu, les élections législatives palestiniennes prévues pour janvier 2006, premières élections offrant un véritable choix démocratique : le président Abbas d'un côté, qui représente une plate-forme politique voulant, globalement, mettre fin au conflit et reconnaissant Israël ; d'autre part le Hamas, dont la volonté de mettre fin à Israël demeure absolument intacte. Le peuple palestinien devra choisir : la paix ou la guerre. Quelle que soit l'issue du vote, la communauté internationale devra entendre ce que ce choix veut dire : si le Hamas sort victorieux, la réconciliation avec Israël deviendra de facto impossible et le conflit prendra une nouvelle tournure. Le rôle de la communauté internationale pour l'heure est d'aider Mahmoud Abbas et de soutenir les modérés.

Côté israélien, les élections législatives sont prévues pour l'automne 2006, avec de fortes chances d'être anticipées au printemps, et les élections internes du Likoud en novembre 2005. Malgré la douzaine de partis politiques en Israël, il y a au fond deux camps : celui qui regroupe la droite modérée, le centre, la gauche et les partis arabes, et dont la vision est celle résumée par la formule «des territoires contre la paix». L'autre camp est celui des partis religieux et radicaux, pour lesquels on aurait tort de considérer qu'ils sont contre la paix. En réalité, ils sont convaincus que les concessions territoriales n'apportent rien, sinon plus de terrorisme, et qu'Israël a déjà trop concédé sans aucune contrepartie. Leur vision peut se résumer par la formule «la paix pour la paix».

Selon l'issue des élections de chaque partie, on voit donc que le retour à un processus de négociations n'est pas acquis. Il est rendu possible par l'initiative israélienne de se désengager, ce qui est déjà en soi un progrès.

En plus de ces raisons conjoncturelles, il existe des motifs structurels pour lesquels il ne peut, pour l'heure, y avoir de «plan B» pour la Cisjordanie.

Les actions doivent être guidées certes pas un idéal, mais plus pragmatiquement par la réalité. Or la réalité de la Cisjordanie n'est pas celle de la bande de Gaza. On ne peut évacuer 250 000 personnes comme on l'a fait pour 8 500. De plus, il n'y aura pas d'autres évacuations sans accord politique. Le principe d'échange territorial a été évoqué par la gauche comme par la droite. Echange territorial d'autant plus nécessaire pour assurer la contiguïté du futur Etat palestinien.

Mais le plus important, pour comprendre qu'évacuer de nouveaux territoires n'est pas automatique, réside ailleurs. Le retrait des territoires est souvent perçu comme un dû et la solution à la résolution du conflit. La dimension du terrorisme est souvent évacuée. Or le temps n'a commencé ni ne s'est arrêté en 1967. La réalité d'aujourd'hui n'est pas celle d'alors. Plusieurs guerres avec le but avoué de détruire Israël ont failli lui être fatales, plusieurs déferlantes terroristes ont fait des milliers de morts parmi les civils israéliens, et le désir de destruction d'Israël a très majoritairement pris le dessus sur la volonté de coexistence (période Arafat, guerre de 1967 quand cinq nations arabes ont massé leurs armées à toutes les frontières, raids de fedayin palestiniens dans les années 50, massacres des années 20 etc.).

Si les résolutions appellent Israël à se retirer de territoires, c'est toujours en contrepartie de la cessation de tout état de belligérance, de toutes assertions de belligérance même, dans le respect de son droit à vivre en paix à l'intérieur de frontières sûres. Stratégiquement, aucun dirigeant israélien, quel que soit son bord, n'acceptera de brader la sécurité de son pays maintes fois mise à l'épreuve. C'est pourquoi tout à la fois la négociation et les échanges de territoires sont seuls à même de venir à bout de ce conflit.

On ne fera pas l'économie de ce processus. Le plan de désengagement est salué pour relancer une dynamique, celle de sortir de l'impasse et d'envisager une reprise du processus de paix. Aujourd'hui, ce processus s'appelle feuille de route. Ce plan agréé par toutes les parties appelle des actions réciproques et pose des échéances. La première d'entre elles, étape préliminaire et incontournable, stipule qu'un règlement du conflit prévoyant deux Etats doit commencer avec la fin du terrorisme. La feuille de route précise même en introduction que «les dirigeants palestiniens» doivent avoir «la volonté de lutter contre le terrorisme». Aujourd'hui, le désengagement offre, pour la première fois de l'histoire du peuple palestinien, l'occasion de gérer de façon autonome un territoire. C'est aussi l'intérêt d'Israël de faire émerger un Etat palestinien autonome et viable. Israël et l'autorité palestinienne continuent de discuter les conditions d'une ouverture plus large vers l'extérieur, des accords sont en cours pour le port de Gaza et d'ici 2006, d'autres accords suivront. L'autorité palestinienne a désormais toute la latitude pour désarmer et démanteler les infrastructures terroristes et démontrer ainsi sa capacité à gouverner et à remplir ses engagements, sans défausse possible.

Des chances ont été données pour résoudre le conflit, mais tout reste encore à faire. Il faudra, notamment pour la communauté internationale, savoir trouver des réponses ailleurs que là où elle le voudrait. Il faudra se débarrasser des réponses préfabriquées et prendre en compte tous les facteurs de la région. Il faudra se départir des illusions qui ont entretenu tant de lectures erronées de ce conflit, n'apportant au final qu'incompréhension et impossibilité de contribuer à faire avancer les choses. Ne pas transposer ce qui s'est passé dans la bande de Gaza à la Cisjordanie, mettre la réalité à la place du rêve et laisser du temps au temps, c'est ouvrir le chemin d'une possible résolution du conflit. C'est faire le pari de la paix.

 http://www.liberation.fr/page.php?Article=322337


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