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Un penseur tunisien réformateur : La laïcité est vitale pour l’avenir du monde arabe et musulman

MEMRI

lundi 30 mai 2005
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Sur plusieurs sites progressistes de langue arabe, le penseur tunisien Lafif Lakhdar a publié une analyse sur la nécessité de réformes dans le monde arabe et musulman, concluant que la laïcité est vitale pour l’avenir de ce dernier. (1)

La laïcisation et la modernisation, assure-t-il, sont des étapes dans l’évolution du monde et ne pourront être évitées à la longue. Il estime en outre que la laïcité est la clé d’une pleine citoyenneté pour les hommes, les femmes, les musulmans comme les non-musulmans, la clé d’une bonne entente de tous les éléments d’une société.

Selon Lafif Lakhdar, la pensée islamiste, primitive, est incapable de donner la priorité à la raison sur les décrets divins. Il note que si le combat des islamistes est voué à l’échec, il peut toutefois s’avérer impossible pour certains régimes de sauter les étapes, et les pays musulmans devront alors subir le pouvoir islamique avant de désespérer face à ses promesses non tenues et d’adopter un régime laïque.

Lakhdar souligne que la laïcité ne s’oppose pas à la religion : rien n’empêche un Etat laïque d’autoriser l’enseignement religieux - à condition que ce dernier soit moderne et réformé. En exemple de pays ayant instauré des réformes de l’enseignement, il cite la Tunisie, où l’on enseigne la philosophie moderne parallèlement à la philosophie islamique.

Il explique en outre que la laïcité permettra aux pays musulmans de se détacher des aspects négatifs de l’islam, tels que l’autocratie et la théocratie, et de se rapprocher de ses aspects positifs, tels que la pensée rationaliste et philosophique. A ce propos, Lafif Lakhdar évoque les éléments laïques de l’héritage culturel de l’islam, affirmant que pendant près de 1 400 ans d’histoire musulmane, les oulémas et les califes se départageaient naturellement les pouvoirs.

Notant que dans la pratique, le processus de laïcisation s’adaptera à la situation des différents pays musulmans, Lafif Lakhdar estime toutefois que ce seront les femmes et les minorités qui constitueront le moteur de ce processus, vu qu’elles sont les principales victimes des théocraties musulmanes.

Il appelle le monde à condamner l’enseignement et les médias islamistes, souhaitant une Résolution du Conseil de sécurité des Nations unies sanctionnant l’intervention militaire dans les cas où les islamistes recourent à la force contre les éléments vulnérables de la société ou s’emparent des rennes d’un régime contre la volonté des citoyens. Il appelle les organisations internationales à « considérer l’instruction religieuse dans la plupart des pays arabes et islamiques comme de l’incitation au terrorisme, et les médias religieux comme incitant à la haine et à la discrimination religieuse ».

La plupart des pays islamiques se laïcisent progressivement

Lafif Lakhdar commence par définir le terme « laïque » comme la séparation du religieux et du politique. Il distingue trois sortes de pays : les théocraties, les Etats laïques et les Etats en voie de laïcisation. Les théocraties étaient nombreuses au Moyen-Age, note-il, ajoutant qu’aujourd’hui, le Vatican en est le seul vestige dans le monde chrétien. Dans le monde islamique toutefois, il reste un certain nombre de théocraties : la République islamique d’Iran, l’Arabie Saoudite, le Soudan et, jusqu’en 2002, l’Etat taliban. La plupart des pays islamiques, souligne-t-il, ont entamé leur processus de laïcisation.

Il remarque en outre qu’aujourd’hui, neuf pays sur dix limitent la religion au domaine privé et spirituel, laissant l’Etat gérer les affaires politiques - l’Etat qui est régi par des institutions, des lois et des valeurs morales. Il remarque qu’ « une théocratie en voie de laïcisation possède une constitution qui stipule que la charia [loi islamique] est la première source de législation. Elle n’accorde pas l’égalité des droits et des devoirs civiques aux hommes, aux femmes, aux musulmans et aux non-musulmans.

Les femmes et les non-musulmans sont, dans cet Etat de transition, des citoyens de deuxième classe, et parfois même de classe zéro. Par exemple, les femmes n’ont pas le droit de se porter candidates à la présidence où à des postes de moindre envergure, du fait que dans de nombreux pays islamiques, les femmes sont encore considérées comme dotées de trop peu d’intelligence pour gouverner, et comme ne bénéficiant pas du statut religieux requis pour exécuter les rituels religieux. Les citoyens non-musulmans sont encore traités comme des dhimmis [non musulmans sous la direction et la protection de l’Etat musulman] (...) L’Etat en transition applique les lois humaines dans certains domaines et les lois de la charia dans d’autres. »

Les musulmans adopteront tôt ou tard la laïcité

Les pays arabes et musulmans ne pourront se soustraire au processus de laïcisation, estime Lakhdar : « L’histoire nous apprend que le mode laïque, très répandu dans le monde, ne s’arrêtera pas à la frontière du monde arabe et musulman, dont l’avenir ne se distingue pas de celui du reste de l’humanité. L’histoire ne connaît pas d’exception culturelle assez forte pour aller longtemps à contre-courant de son évolution contemporaine. C’est ainsi que les musulmans finiront, comme le reste de l’humanité, par adopter la modernité et donc, la laïcité. »

La séparation des domaines religieux et politique, explique Lakhdar, découle de la modernité. Il estime que les islamistes ont encore une pensée primitive incapable de faire la distinction entre ces deux sphères : « La contradiction entre logique scientifique et logique religieuse, entre les droits de l’individu (c’est-à-dire ses libertés) et les droits d’Allah sur l’Homme (c’est-à-dire les rituels d’Allah, Ses commandements et Ses interdits) est ce qui a conduit l’Occident - et par la suite, le monde entier - à la laïcité, à séparer le religieux du profane - séparation qui est une condition au progrès de la civilisation (...)

La séparation entre le sacré et le profane découle de la modernité. Plus nous remontons le cours de l’histoire, plus les cas de séparation de ce type se font rares, la règle étant que le sacré et le profane étaient autrefois liés l’un à l’autre, notamment au sein des tribus primitives, pour lesquelles tout est sacré : l’histoire, les ancêtres, la grossesse, la naissance, l’accouplement, les rites de la chasse, le comportement quotidien des membres de la tribu (...), les violations étant punies de mort. Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que seul un esprit logique développé est capable de relativiser le concept de sacré (...) tandis que l’esprit primitif n’est pas suffisamment développé pour (...) accepter la supériorité de la logique humaine sur la logique divine (...)

Le fait que les islamistes soient psychologiquement esclaves de leurs ancêtres - du Prophète, de ses Compagnons et de ses disciples - paralyse leurs esprits autant que l’adoration des ancêtres celui des tribus primitives. La logique divine héritée des ancêtres est tout, tandis que la pensée rationnelle de nos esprits n’est rien (...)

En remontant le cours de l’histoire, nous nous apercevons que le sacré envahit tout (...) Tout est sacré, l’homme n’étant plus qu’un jouet dans la main des dieux, lesquels dirigent arbitrairement tous les aspects de la vie, des plus minimes aux plus importants. Pourquoi cela ? Parce que la pensée rationnelle, qui se base sur la science et la technologie, en était encore à ses premiers balbutiements et n’était pas en mesure de comprendre, d’interpréter et de changer le monde (...)

Toutefois, l’histoire en progrès a toujours cherché à élargir le monde appréhendé par l’esprit humain (...) En limitant le règne absolu des rois, la raison humaine a également limité le règne - alors absolu - de la logique divine, la confinant aux affaires spirituelles (...)

Comment la pensée rationnelle a-t-elle pu entraîner ces victoires de la laïcité dans notre monde moderne ? Au moyen de la science et de la technologie, lesquelles ont aidé l’esprit logique de l’homme à apporter une interprétation [scientifique] à ce qui était jusqu’alors considéré comme un miracle [appréhendé religieusement] (...) »

Contrairement au judaïsme et au christianisme, l’islam n’a pas encore connu de réforme.

La laïcité comme système politique n’a jamais encore pénétré le monde arabe, souligne Lafif Lakhdar. La rencontre du monde arabe avec l’Europe, à travers le colonialisme, lui a conféré un certain degré de modernité, le poussant à abandonner plusieurs aspects de l’Etat islamique théocratique, tels que le châtiment corporel et l’impôt [Jizyia] prélevé sur les non musulmans. [En Arabie Saoudite, qui n’a jamais été colonisée, le châtiment corporel existe toujours.]

Jusqu’à présent, la laïcité n’a pas réussi à pénétrer le monde arabe parce que l’islam n’a pas encore connu la réforme religieuse nécessaire, contrairement au judaïsme et au christianisme en Europe. Une religion qui subit des réformes est une religion moderne qui reconnaît la séparation de la religion et de l’Etat et accepte de se limiter à la sphère religieuse, cédant à l’Etat la responsabilité des affaires profanes.

La deuxième raison pour laquelle la laïcité comme système politique n’a pas réussi à pénétrer [le monde arabe] est la lâcheté des dirigeants politiques. L’islam n’a pas connu de réforme en Turquie (...) et malgré cela, sous la direction du musulman Kamal Atatürk est venue la fin de la théocratie ottomane - le califat -, et sur ses ruines s’est érigé un Etat qui n’a pas honte de son identité laïque. »

La laïcité n’est pas anti-religieuse

Lafif Lakhdar refuse l’argument qui veut que la laïcité soit anti-religieuse : « Pour affirmer que la laïcité est anti-religieuse, il faut être ignorant de la définition du terme, telle qu’elle figure dans tous les dictionnaires d’Europe - foyer de la laïcité - ou bien il faut être malintentionné, comme le sont en effet plusieurs dirigeants de l’islam politique. » Ainsi, remarque-t-il, l’approche de la religion de la France laïque n’empêche pas la construction de mosquées sur son sol. De même, il prédit que la laïcité de l’Etat arabe à venir ne l’empêchera pas d’accorder une aide égale à tous ses citoyens, à l’instar de la Turquie laïque, dont la constitution autorise la création de lieux de culte pour les citoyens de toutes les religions.

D’autre part, rien n’empêche un Etat laïque de divulguer un enseignement religieux - s’il s’agit d’un enseignement religieux réformé. Dans le cadre d’un enseignement religieux moderne et réformé, « l’élève étudie les religions à la lumière des sciences modernes : l’histoire comparée des religions, la sociologie des religions, la psychologie, l’anthropologie, l’interprétation des textes sacrés et la philosophie - afin de développer l’esprit critique des générations à venir. »

« En Tunisie », souligne Lakhdar, « les étudiants de l’université religieuse Al-Zaitouna apprennent la philosophie moderne et islamique pendant leurs quatre années d’études. Ceux qui se spécialisent dans les sciences, y compris les sciences médicales, étudient la philosophie tout au long de leurs études. Rien de tel que la philosophie et les sciences humaines pour approfondir la réflexion face à la propagande politico-religieuse des islamistes. Ce type d’enseignement moderne religieux, réformé, n’est pas seulement souhaitable (...) ; il est indispensable pour consolider la conscience islamique traditionnelle de l’Etat laïque et celle des générations futures contre le fanatisme, le terrorisme et la discrimination religieuse (...) »

La laïcité permet de se détacher des aspects négatifs de l’islam et de renouer avec ses aspects positifs

La laïcité implique le détachement de l’islam ? A cette question, Lakhdar répond qu’il s’agit en vérité de se débarrasser des aspects négatifs que sont l’autocratie et la théocratie dans le monde musulman, pour renouer avec d’autres éléments de l’islam - comme la pensée muatazila [rationaliste] et philosophique qui soumet à l’interprétation les écritures saintes sur lesquelles se base la religion, comme dans l’islam druze et soufi, qui, au Moyen-Age, avait aboli le châtiment corporel et instauré la séparation des pouvoirs.

D’après Lafif Lakhdar, l’héritage musulman contient des enseignements qui distinguent la religion des affaires profanes, et constituent un ferment laïque. Il rapporte notamment l’histoire du Prophète Mahomet qui, apercevant des agriculteurs occupés à féconder leurs dattiers avec du pollen, leur suggéra de mettre fin à cette activité. Ils l’écoutèrent, et les dattiers s’en trouvèrent endommagés. Ils allèrent s’en plaindre au Prophète, qui répondit : « Je suis votre prophète pour les affaires religieuses uniquement. Pour les affaires profanes, vous et moi sommes égaux. » Lakhdar explique que le Prophète a reconnu par là la distinction entre religion et agriculture.

Il relate en outre l’histoire du Prophète demandant à son armée, lors de la Bataille de Badr [en l’an 624], de camper à un endroit donné, qu’il croyait fortifié. Un expert militaire faisant parmi les Compagnons voulut savoir s’il se basait sur une inspiration divine ou sur des considérations stratégiques. Le Prophète répondit qu’il se basait sur des considérations militaires. Là-dessus, l’expert lui demanda d’emprunter un autre sentier qui garantirait aux troupes l’accès à une source d’eau, et en priverait l’ennemi. Le Prophète suivit son conseil et en effet, la tribu Quraysh vint à manquer d’eau, ce qui explique en partie sa défaite. Ainsi, conclut Lafif Lakhdar, le Prophète a aussi reconnu la nécessité de séparer le religieux du stratégique.

Depuis l’époque des premiers califes omeyyades, Muawiyya [661-680], poursuit Lakhdar, les califes n’officient plus, mais nomment des imams à cet effet - sauf en Iran, où les présidents de la République islamique dirigent encore la prière. Lakhdar explique que pendant 1400 ans, le rôle des oulémas, responsables des affaires religieuses de la nation musulmane, était distinct de celui des califes, responsables des affaires profanes - sauf dans l’islam wahhabite, qui ne reconnaît pas la séparation naturelle entre religion et politique, ou dans l’islam politique, représenté par les Frères musulmans et leurs semblables, lesquels ont institué un parti politique religieux dont le but est de réhabiliter le califat et d’instaurer un régime d’oulémas pour la première fois de l’histoire de l’islam sunnite.

Les islamistes pourraient devenir (à leur insu) les importateurs de la laïcité dans le monde arabe

Lafif Lakhdar affirme que les islamistes combattent la modernité et considèrent la laïcité comme une forme d’hérésie parce qu’elle est « un ingrédient de la modernité, qui est le summum du rationalisme démocratique ». Les islamistes redoutent la modernisation mondiale et son infiltration dans les pays islamiques. D’après Lafif Lakhdar, leurs craintes sont justifiées car « aujourd’hui, la modernisation est un courant historique impossible à stopper, et elle finira par arriver jusqu’à nous, comme elle est arrivée jusqu’aux Eskimos. » En outre, ajoute Lakhdar, les islamistes pourraient devenir (à leur insu) les importateurs de la laïcité dans le monde arabe : il remarque qu’en Iran, après 25 ans de République islamique, 75% de la population générale et 86% des étudiants n’assistent plus aux prières. Aujourd’hui, seuls 2% jeûnent pendant le Ramadan, alors qu’ils étaient bien plus nombreux à jeûner avant la Révolution islamique. Toutefois, l’auteur redoute que « certains pays ne sachent devenir laïques en un temps raisonnable, ne soient capables de sauter l’étape de l’islam politique djihadiste et fondamentaliste, [et n’entament le processus de laïcisation qu’après] avoir institué l’islam politique, goûté à son amertume et avoir connu le désespoir. »

Seule la laïcité peut assurer la coexistence pacifique de tous les éléments d’une société

La laïcité est essentielle pour les sociétés arabes, écrit Lakhdar, vu qu’elle permet la coexistence pacifique de tous ses éléments : « La plupart des sociétés se composent d’un grand nombre de religions, de groupes ethniques et d’écoles de pensée religieuses qui se contredisent, et parfois luttent les unes contre les autres. Si un pays adopte une religion, un groupe ethnique ou une école de pensée, les autres citoyens se sentiront écartés et déçus, car ils ne se retrouveront pas dans la religion ou le groupe ethnique de l’Etat. C’est ainsi qu’ils demeureront hors du cadre d’une pleine citoyenneté.

Pour sortir de cette impasse - impasse qui provoque des guerres de religion, un pays doit être laïque. Dans un pays laïque, le lien du citoyen [à l’Etat] ne se base pas sur la religion, l’appartenance ethnique ou sur une école de pensée donnée, mais sur le lien social - c’est-à-dire qu’il repose sur l’esprit rationnel et le meilleur intérêt des citoyens (...) Ainsi, le pays laïque tire sa légitimité du lien social, non de la religion, en organisant la vie de la société et en instaurant la paix entre ses différentes religions et cultures (...) La raison, ou l’intérêt commun, est ce qui peut constituer la base de la vie publique, aussi bien au sein de la société d’une nation que de la société des nations (...)

L’Etat laïque intervient quand des individus ou des groupes enfreignent les lois des hommes au nom de leurs croyances. L’Etat n’autorise pas l’excision commise au nom de traditions pharaoniques, ni la lapidation pour adultère, ni les autres châtiments barbares infligés au nom de la charia. L’application de la charia (...) susciterait sans aucun doute des protestations de la part des adeptes d’autres religions, débouchant sur une guerre civile. En outre, les lois et les peines contenues dans la charia sont anciennes, et entrent en conflit avec l’esprit des lois modernes qui refusent le châtiment corporel, c’est-à-dire les coups, l’amputation de la main, la lapidation et l’élimination des apostats.

De même, il n’y a d’autre alternative que le recours aux lois humaines pour empêcher de tels dangers. Le choix d’une éducation islamique djihadiste traditionnelle par un gouvernement donné représente une provocation des citoyens non-musulmans, ainsi que des musulmans laïques et éclairés. L’adoption des anciennes ‘sciences de la charia’, plutôt que d’une éducation moderne, est une forme de masochisme, de complaisance dans l’auto-châtiment, en ce que l’on s’impose de demeurer au plus bas (...) Il n’y a pas d’alternative à l’adoption de l’approche morale mondiale (...) »

De la nécessité d’une éducation moderne et de médias laïques

« La laïcité est la clé de la modernité politique (...) La foi du croyant ne concerne que lui-même et sa conscience, et n’affecte pas ses droits et ses devoirs de citoyen. Le croyant exerce sa foi à la mosquée, à la synagogue ou à l’église, et le citoyen exerce ses droits et ses devoirs de citoyen dans tout le pays (...)

La question est de savoir comment parvenir à cette séparation vitale entre l’homme de foi et le citoyen : comment parvenir à une citoyenneté moderne, qui ne reconnaît que l’appartenance à la nation ? Comment faire en sorte que les pays de la région arabe et islamique jugent leurs citoyens conformément aux lois humaines et aux critères internationaux ? Avant tout, par un enseignement moderne, en réformant l’islam à travers la réforme de l’enseignement religieux (...) Deuxièmement, en acquerrant une chaîne satellite laïque qui sera en mesure de concurrencer la télévision islamique djihadiste Al-Jazira (...) En attendant d’en arriver là, il faut user abondamment de tous les médias et d’Internet (...)

La première tâche à accomplir consiste à réformer l’islam par la réforme de l’enseignement et du discours religieux (...) La deuxième tâche consiste à se débarrasser du narcissisme religieux qui fait de l’islam la seule religion [valable]. Le judaïsme et le christianisme ne seraient rien de plus que deux lois religieuses ayant précédé la loi islamique, et l’islam les auraient abrogés et remplacés (...) Cette attitude (...) explique en grande partie le terrorisme islamique et la résistance d’un nombre important de musulmans d’Occident au mode laïque des sociétés de tradition chrétienne où ils vivent. (...) Il incombe à toutes les écoles religieuses qui prônent la réforme de rendre obligatoire le dialogue interreligieux (...)

[Il convient ensuite] d’approfondir le dialogue religieux avec le judaïsme et le christianisme au moyen de conférences religieuses et scientifiques et de chaînes télé satellite - par des débats médiatisés. Cela permettrait d’assurer la mise en place d’un discours interreligieux susceptible de renforcer la conscience chez les musulmans que l’islam n’est qu’une religion parmi d’autres - et non la seule religion, celle qui abroge toutes les religions et les lois religieuses qui ont précédé. Les traductions d’études portant sur d’autres religions (...) élargiront l’horizon des musulmans en leur permettant d’appréhender leur propre religion dans son contexte historique, où elle sera perçue - et relativisée - comme participant du phénomène religieux mondial. »

Le processus de laïcisation sera adapté à la situation des différents pays musulmans

Dans son analyse de la laïcité, Lafif Lakhdar ne passe pas sous silence les différences qui existent entre pays islamiques, et explique que le processus de laïcisation tient compte de ces différences : « Chaque pays musulman acquerra les principes laïques conformément à sa situation cultuelle et sociale (...) »

Le premier principe est la reconnaissance d’une pleine citoyenneté permettant aux femmes de se porter candidates à une fonction qui consiste à diriger les hommes, et aux non-musulmans de se porter candidats à une fonction qui consiste à diriger des musulmans. Ce droit sera sans doute inapplicable au début, mais au fur et à mesure que la laïcité infiltrera la conscience islamique, il prendra toute sa place (...)

Le deuxième principe est le droit de tous les citoyens à pratiquer leurs rituels religieux (...) et à construire des mosquées, des églises et des lieux de culte sans discrimination (...)

Le troisième principe est l’application des lois humaines dans tous les domaines de la société (...)

En outre, je suggère que les intellectuels du monde arabe exigent que la société civile internationale, les Nations unies, les médias internationaux et la diplomatie internationale considèrent comme un crime le châtiment corporel islamique. C’est déjà ce que j’avais demandé en 2001, sur Al-Jazira ; en conséquence Amir Khaled Ben Sultan a donné l’ordre de ne plus publier mes articles dans Al-Hayat [dont il est propriétaire].

Le quatrième principe est la liberté de conscience et de religion. La liberté de conscience signifie qu’un individu a le droit d’appartenir à la religion qui lui convient ou de n’appartenir à aucune religion (...)

Le cinquième principe est la réforme de l’éducation religieuse (...)

La laïcité dans les pays islamique se concrétise par l’application de ces cinq principes, ajoutée à l’étude des droits de l’Homme, comme en Tunisie (...) »

Ceux que la théocratie musulmane a bafoués propageront la laïcité dans le monde arabe

Se demandant qui pourrait se charger de promouvoir la laïcité dans le monde arabe, Lafif Lakhdar estime que c’est là une responsabilité qui ne peut incomber aux régimes arabes, mais plutôt aux personnes qui auraient intérêt à voir la société se laïciser. C’est par elles que le changement peut intervenir, estime Lakhdar. Il s’agit, affirme-t-il, « des minorités ethniques, des minorités religieuses et des femmes, qui se voient privées de leur pleine citoyenneté par les théocraties. »

A cette liste, il ajoute les écrivains, les scientifiques, les chercheurs, les artistes et ceux qui entendent la voix de ces derniers, c’est-à-dire le secteur instruit et éclairé des sociétés arabes et islamiques.

Lafif Lakhdar n’ignore pas que ces forces sont encore faibles dans la société musulmane et insiste donc sur la nécessité de créer « un front mondial de propagation de la laïcité dans les pays islamiques. » Il souligne que le monde entier a en effet intérêt à la création d’un tel front, vu que le monde souhaite « assécher les puits du terrorisme ».

Lakhdar appelle donc les organisations internationales à « considérer l’instruction religieuse de la plupart des pays arabes et islamiques comme de l’incitation au terrorisme, et les medias religieux comme incitant à la haine et à la discrimination religieuse. » En outre, il estime que « les accords de coopération entre l’Europe et les pays arabes, entre les Etats-Unis et les pays arabes, devraient comporter des clauses interdisant la discrimination religieuse à l’encontre des femmes et des non-musulmans. »

Afin de laïciser les pays islamiques, Lafif Lakhdar suggère une Résolution du Conseil de sécurité de l’ONU pour l’intervention militaire en pays musulmans dans les quatre cas
suivants :

a) si les islamistes entreprennent de lapider les femmes
b) s’ils organisent des massacres de minorités religieuses ou ethniques
c) s’ils démantèlent l’armée nationale pour la remplacer par des milices islamistes
d) s’ils s’opposent à une passation des pouvoirs pacifique [conforme à la volonté des citoyens]

* Aluma Dankowitz est directrice du projet de documentation sur la Réforme de MEMRI

[1] <http://memri.org/bin/latestnews.cgi?ID=IA22205#_ednref1#_ednref1> http://www.elaph.com/ElaphWriter/2005/4/57653.htm <http://www.elaph.com/ElaphWriter/2005/4/57653.htm> , le 24 avril 2005

Le Middle East Media Research Institute (MEMRI) est une organisation indépendante à but non lucratif qui traduit et analyse les médias du Moyen-Orient. Des copies des articles et autres documents cités, ainsi que toute information d’ordre général, sont disponibles sur simple demande.

e-mail : memri.eu @memri.org.uk <mailto:memri memri.org.uk  memri.org.uk> >

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