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Pour comprendre

Par Sami El Soudi à Ramallah, samedi matin © Metula News Agency

samedi 26 février 2005
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J’avais envoyé un papier à la rédaction de Métula, qui expliquait pourquoi la nomination du premier cabinet palestinien depuis les élections de janvier confortait grandement l’émergence de la ligne Abbas, au sein de la population, du Fatah, du parlement palestinien et de l’Autorité.

Puis il y eut cet effroyable assassinat collectif sur le front de mer de Tel Aviv, le premier depuis la disparition de Yasser Arafat. Pour avoir passé la nuit parmi les conseillers de l’un de nos plus importants ministres, à suivre les premières répliques de cet acte de terrorisme ainsi que l’évolution du bilan des victimes, je peux vous dire, qu’à 9 heures locales (8 heures à Paris), on comptait 4 civils israéliens tués et 49 blessés, dont deux sont dans un état désespéré.

Un peu plus tôt, vers 3 heures du matin, l’armée israélienne investissait entièrement le village de Deïr el Ghusun, à quelques kilomètres au nord de Tulkarem. Elle venait arrêter deux frères de l’assassin-suicidaire du night-club The Stage (la Scène), Abdullah Badaran, de même que l’imam de Deïr el Ghusun, connu dans la région pour ses sympathies islamistes. L’assassin est membre des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa ; jusqu’à ce qu’il commette son crime, il suivait des cours à l’université.

A la Moukata de Ramallah, Mahmoud Abbas a réuni, dès la nouvelle de l’explosion, une cellule de crise comprenant le nouveau Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité nationale, Nasser Youssef, ainsi que son Ministre des Affaires Civiles, Mohamed Dahlan. Au-delà de la déclaration du Président Abbas, promettant de pourchasser et de punir les auteurs de ce qu’il appelle un « acte de sabotage contre le processus de paix, destiné à ruiner les efforts en vue d’instaurer le calme » et des autres expressions de condamnation très ferme, de la part de plusieurs membres de l’establishment palestinien, se pose la question du démantèlement des réseaux terroristes. En fait, et cela apparaît clairement dans la réaction de la Secrétaire d’Etat Condoleezza Rice, le monde a bien pris acte de ce que le leadership palestinien avait condamné l’attaque mais maintenant, Washington désire voir l’Autorité Palestinienne prendre des « mesures immédiates et crédibles », des actions « montrant que la terreur ne sera pas tolérée ».

Il y va du maintien du soutien U.S massif dont jouit Abbas, que son organisation ne déçoive pas les Américains. Surtout que, d’après les messages reçus cette nuit à Ramallah en provenance du bureau du Président du Conseil israélien, Ariel Sharon entend, suite à l’attentat du « Stage », conditionner sa « coopération totale avec le Chairman Abbas, sur la voie de la paix, au désarmement par celui-ci des cellules terroristes ». La Moukata avait assuré Jérusalem de la solidité de la Houdna obtenue par Abbas et de la préférence qu’il y avait à réduire le Hamas, le Djihad, le FPLP et les Tanzim-Martyrs d’Al-Aqsa « en douceur ». Cette nuit, les responsables sécuritaires de l’Etat hébreu ont signifié au dirigeant palestinien, « qu’il lui fallait admettre rapidement que les méthodes intelligentes ne fonctionnent pas avec les terroristes, au risque de perdre les fruits des négociations intensives de ces dernières semaines ». Premier retour de manivelle : le désengagement de nos villes de Cisjordanie par l’armée israélienne, qui devait débuter la semaine prochaine, sera retardé jusqu’à ce que Jérusalem observe les mesures concrètes que prendra Ramallah et pourra établir leur « degré d’efficacité ».

Dans les rangs des organisations extrémistes palestiniennes, on guette avec inquiétude les mesures qui seront appliquées par le trio sécuritaire Abbas-Dahlan-Youssef et qui devraient aboutir à un nouveau et sérieux tour de vis contre leur marge de manœuvres. De façon très inhabituelle, révélatrice des discussions en cours à la Moukata, aucune organisation terroriste n’a revendiqué l’assassinat collectif de Tel Aviv. A l’époque d’Arafat, elles se bousculaient au portillon pour s’approprier la responsabilité de ces meurtres. Dans un premier temps, des coups de téléphones anonymes à des agences de presse, censés provenir du Djihad islamique et des Martyrs d’Al-Aqsa, avaient annoncé que l’attentat provenait de leurs rangs mais les responsables officiels de ces deux groupes se sont ensuite empressés de démentir ces informations.

Au cours de la nuit, les responsables sécuritaires israéliens et palestiniens parvenaient à percer la trame de l’organisation de cet attentat, et ce, de manière quasi définitive : il s’agirait d’une action exécutée par les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, des sections de Tulkarem et Jénine [1], à l’initiative et avec l’appui du Hezbollah pro-iranien. A Ramallah, de hauts responsables de l’Autorité, membres du Fatah, mais aussi des membres pro Abbas des Tanzim, ont confirmé à mon oreille le rôle prépondérant tenu dans cette attaque par le Hezbollah libanais.

En fait, la situation se présente d’une façon assez claire. Du point de vue de l’équilibre des forces politiques en Palestine tout d’abord : Mahmoud Abbas jouit d’un soutien populaire chaque jour grandissant ; le peuple, dans sa majorité, veut la discussion avec Israël ainsi que la mise sur la touche des organisations terroristes. Dans les jours qui ont précédé l’attentat, on a pu voir des citoyens palestiniens, à Gaza, alerter les forces de l’ordre afin de les prévenir de mouvements suspects de cellules de lanceurs de Qassam et d’obus de mortier. Ce courant puissant, provenant de la base, se répercute sur les autres composants de notre fresque nationale : à commencer par les organisation terroristes, dont l’influence est en très net recul dans la rue palestinienne ; puis sur nos forces de sécurité et enfin, et ce n’est pas la moindre des choses, sur les politiques, les membres du Fatah et ceux du CLP (Conseil Législatif Palestinien, notre parlement).

Pour ce qui est des forces de sécurité, encouragées par la détermination du Président Abbas et par le fait que la population le suive, elles avaient, cette semaine, localisé, puis muré, 12 tunnels de contrebande d’armes et de munitions en provenance d’Egypte et ce, en l’espace de quelques jours. Ces succès, impensables du temps d’Arafat, avaient renforcé la position de Mahmoud Abbas dans son effort consistant à persuader Américains et Israélien que sa police était capable d’assurer l’herméticité de sa frontière égyptienne et que les Israéliens pouvaient sans crainte se dégager de toute la bande de Gaza. Toujours durant la semaine qui se termine, la police palestinienne avait ouvert le feu, à diverses reprises, sur des lanceurs de Qassam qui refusaient de quitter des zones de tir et elle avait procédé à l’arrestation de nombre de ces terroristes du Hamas.

Au plan politique, l’appui massif à la ligne Abbas (deux Etats séparés pour deux peuples distincts) s’est intensément manifesté cette semaine, avec le double refus du parlement d’entériner la nomination de deux gouvernements présentés par Ahmed Qoreï. Au goût des membres du CLP, les deux listes successivement proposées contenaient trop de noms liés à la politique du « porte-avions » de Yasser Arafat ainsi qu’à la corruption et au racket généralisés qui lui tenaient lieu de corollaires. Mardi dernier, on assistait même à une dernière tentative de la vieille garde, lorsque, au faîte de la dispute pour la formation du nouveau cabinet, ses membres tentèrent de s’instituer en un « mouvement pour la sauvegarde de l’héritage de Yasser Arafat » et de placarder, dans Ramallah, des tracts contre la nomination des ennemis jurés du raïs défunt, Dahlan et Youssef. Mais ce dernier soubresaut eut l’effet contraire à celui escompté par ses instigateurs ; sans même que Mahmoud Abbas ait eu à descendre personnellement dans l’arène, une majorité des leaders de toutes les instances palestiniennes confondues fit comprendre à Ahmed Qoreï que sa présence même à la tête du nouveau cabinet n’était pas indispensable. On lui fit entendre, que s’il continuait à faire de la résistance, Abbas inviterait une autre personnalité à tenter de former un gouvernement.

Cet avertissement ne tomba pas dans l’oreille d’un sourd et Qoreï s’empressa de former une liste comprenant 17 ministres - n’ayant jamais occupé cette fonction auparavant - pour les 24 postes à pourvoir. Qui plus est, il n’y a plus que Qoreï lui-même, Nabil Cha’ath et son assistant, à cumuler un siège au CLP et dans le nouveau cabinet. Les deux derniers cités sont par ailleurs les seuls rescapés de la garde arafatienne dans la nouvelle équipe gouvernementale ; les autres, y compris les figures de proue que sont Saëb Erekat, Hisham Abd el-Razek et Jamal al-Shb’eiki ont été éloignés. Le nouveau gouvernement, tendance Abbas, a alors aisément passé l’écueil constitué par le vote d’entérinement, recueillant 54 voix contre 10 et 4 abstentions.

Ces évolutions, en direction d’une paix de compromis avec notre voisin occidental, le ras-le-bol de la population pour l’Intifada-suicide, nous permettent de saisir les raisons poussant les Etats dont le dogme existentiel est basé sur la guerre sans fin avec Israël - l’Iran et la Syrie - à envoyer les derniers kamikazes tenter de provoquer des réactions violentes de la part de Sharon et de son armée. Mais, tant à l’intérieur des territoires palestiniens qu’au sein du monde arabe, ces Etats terroristes rament à contre-courant. Tous les signes perceptibles pointent dans la même direction, que ce soit l’ultimatum de l’ONU à Béchar al-Assad afin qu’il quitte le Liban jusqu’en avril, le retour des ambassadeurs égyptien et jordanien à Tel Aviv ou encore, l’invitation (acceptée) faite à Sharon par la Tunisie de se rendre à Tunis, en voyage officiel, à l’automne.

Le reste dépend de la sagesse d’Abbas et du premier ministre israélien, de leur capacité à coopérer dans les moments difficiles, et de la décision de notre nouveau cabinet de désarmer les ennemis de la cohabitation. Pour avoir passé la nuit dernière très près de l’endroit où ces choses se discutaient, je crois que, malgré les circonstances épouvantables, les partisans du compromis historique peuvent arborer un certain optimisme.
 


 
Note de la rédaction
[1] Dont le chef est l’«  »« activiste »«  » du Monde et de Stéphanie Le Bars, Zacharia Zubeïdi 


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