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Le mauvais calcul d’une dictature aux abois

Par Michaël Béhé à Beyrouth © Metula News Agency

jeudi 17 février 2005
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Pauvre peuple libanais, qui, dans son désarroi, se raccroche à tous ceux qui semblent comprendre sa peine ! Comme à Jacques Chirac, le seul chef d’Etat occidental à avoir participé aux événements marquant les obsèques de son ami, l’ancien Premier ministre Rafik Hariri.

La confusion des genres et des perceptions a marqué ces formidables funérailles populaires, auxquelles ont participé des centaines de milliers de Libanais. Réunion de tristesse et de rage, où ces sentiments avaient pris le dessus sur toute rationalité, qu’il n’était pas le moment de rappeler. Ils étaient tous là, les ennemis irréconciliables d’hier, les ex-collabos syriens, les Druzes, les chiites, les sunnites et les chrétiens, à accompagner à sa dernière demeure celui qui, dans sa mort brutale, a réussi à cristalliser la volonté de tous d’en finir avec l’occupation de la barbarie syrienne. Tous là, sauf les actuelles marionnettes de Damas, qui avaient été priées par la famille Hariri de ne pas assister aux obsèques et, certainement, de ne pas en faire des obsèques nationales.

On avait oublié, hier, que Rafik Hariri avait été l’un des plus actifs « syrianisants » jamais engendrés par notre pays. Que c’est sous l’ombrelle de l’occupation des al-Assad qu’il avait encore augmenté son extraordinaire fortune et qu’il n’avait cessé de les remercier de leurs grâces, en les laissant piller le Liban à leur guise et l’envahir par un million de travailleurs émigrés imposés, qui, dans une étrange transfusion sanguine, enrichissent leur pays et appauvrissent le nôtre. Hariri, qui avait construit un palace à Damas pour la famille al-Assad, digne des Omeyyades, sur sa cassette personnelle, en vases communicants avec l’endettement national qui pèse d’un poids insupportable sur toutes nos personnes.

Ainsi, lorsque Jacques Chirac, face à la terre fraîchement retournée de la tombe de son ami, faisait l’éloge de l’humaniste Hariri, nous ne nous y retrouvions pas. Et nous sommes à penser que, si Damas n’avait pas décidé d’éloigner le défunt des rênes du pouvoir et de l’argent public voici quelques mois, il serait encore à augmenter sa richesse, à l’ombre des sentinelles de Damas, qui ont assassiné sans état d’âme leur ancien allié.
 
Mais c’est le peuple libanais qui m’importe, après tout, et pas qu’il se montre oublieux de son passé récent. Hier, dans les rues de Beyrouth, on entendait crier contre les Syriens des slogans, du genre de ceux qui préparent à la guerre. Dont le fameux « Lahilaa hila Allah, Suria adoua Allah ! », réservé d’habitude aux Israéliens et qui a été expurgé des comptes rendus journalistiques, tant à l’usage domestique que pour l’exportation. Cette malédiction en arabe signifie : « Il n’y a qu’un seul dieu, c’est Allah, et la Syrie est l’ennemie de dieu ! ».

Nous de nous poser des questions quant à l’objectif recherché par Béchar al-Assad, lorsqu’il a fait sauter 350 kilos d’explosif militaire C4 sous la voiture de l’ex-Premier ministre. Il n’y a, à cet égard, plus guère que la radio d’Etat française RFI pour faire croire que ce pouvaient être les Israéliens qui auraient perpétré cet assassinat. Dans une pseudo analyse extravagante, le chef du service international de la radio à vocation internationale du Quai d’Orsay, jugeait l’hypothèse de la responsabilité syrienne comme n’étant pas « la plus crédible ». Partout au Proche-Orient, cette déclaration semi-officielle a généré la colère, puis la risée de la France, tant la signature syrienne sur ce meurtre ne fait pas l’ombre d’un doute.

350 kilos d’explosifs, pour les non libanais, c’est trois fois et demi la charge nécessaire à projeter un char de soixante tonnes à une hauteur de sept mètres. C’est une charge énorme. Mais que cherchaient donc les stratèges syriens en éliminant Hariri ?

Plusieurs hypothèses ont été envisagées. Mais, avant d’en parler, je veux mentionner que tous les analystes stratégiques de la Ména, que j’ai consultés, sont d’accord avec moi pour avancer qu’il s’est agi d’un acte provenant d’un régime aux abois, faisant suite à une évaluation stratégique bâclée et issue du think tank alaouite, qui peine à intégrer les principes d’interactivité entre les décisions (exactions) syriennes et les intérêts et réactions prévisibles dans le reste du monde. Suite à l’attentat, les Etats-Unis ont haussé de deux crans l’intensité de leurs menaces contre la junte de Damas. Washington a ainsi rappelé son ambassadrice en Amérique et « exige » désormais, le retrait « total et immédiat » des forces d’occupation syriennes du Liban. Jusqu’au conseiller diplomatique de Chirac, Maurice Gourdault-Montagne, qui discutait hier avec Walid Joumblatt d’un éventuel déploiement d’une force d’intervention internationale au Liban, comme moyen possible de « mettre fin à la barbarie qui décime les Libanais depuis plusieurs années déjà », à laquelle le président français faisait allusion lors d’une allocution parallèle.

Damas comptait-elle créer la zizanie entre les Libanais, en détachant les sunnites, dont Hariri faisait partie, du reste du consensus national, chaque jour plus décidé à obtenir l’indépendance et la souveraineté de notre pays ? Franchement, nous n’y croyons pas… L’effet inverse, de renforcement de l’unité de tous les Libanais contre l’occupation et son gouvernement fantoche, était trop évidemment prévisible pour que les Syriens l’aient mal évaluée.

Il me semble plutôt qu’une autre théorie prenne le dessus, dût-elle décevoir nombre de mes compatriotes qui veulent voir en Jacques Chirac leur ami providentiel. Selon l’analyse des Syriens, le président français était le partenaire de Rafik Hariri et en aucune façon celui des Libanais. J’en veux pour preuve que du temps de la symbiose parfaite entre le défunt et les al-Assad, l’Elysée était le seul soutien occidental de la dictature damascène et que Chirac fut le seul chef d’Etat étranger à assister aux funérailles de Hafez al-Assad. Allant dans le même sens, nous avons observé que la France n’a révisé sa position à l’égard de Damas que lorsque Hariri est tombé en disgrâce dans la cour des al-Assad. A ce moment, la diplomatie française a engagé un virage à 180 degrés et s’est soudain montrée plus exigeante que les Etats-Unis lors de l’élaboration de la résolution 1559 au Conseil de Sécurité.

Selon une vision, stratégiquement discutable, mais qui a la cote à Damas, la Syrie pourrait éventuellement résister aux pressions lorsqu’elles proviennent des seuls Américains et lorsqu’ils sont isolés dans leur « lutte des civilisations ». Lors, le pouvoir alaouite est persuadé que la France n’entretient aucun intérêt authentique pour le pays des cèdres, mais que toutes les décisions de Paris étaient dictées par les intérêts, communs et privés, liant Chirac et Hariri. En éliminant Hariri, les Syriens escompteraient, après une période d’irritation longue de quelques semaines, que la France et son président se remettent à se désintéresser de notre avenir et laissent, à nouveau, George Bush seul sur le front anti-al-Assad.

Il s’agit assurément d’un raisonnement stratégique très imparfait et qui, dans tout régime équilibré, n’aurait pas justifié les autres risques encourus par l’assassinat de Rafik Hariri. Mais, on l’a déjà écrit, les raisonnements qu’on tient à Damas sont singuliers et incomplets. Tant mieux peut-être pour les peuples qui souffrent du régime alaouite. Quoique, lorsque Jacques Chirac est venu présenter, mardi, ses premières condoléances à madame Nazek Hariri, dans son vaste appartement parisien, il y a croisé notre ex-Premier ministre, le général Michel Aoun. Le président l’a à peine salué, murmurant un « c’est vraiment ignoble… ». Qui sait s’il a seulement reconnu l’homme qui porte aujourd’hui sur ses épaules les espoirs de tout notre peuple ? Il est vrai que, même s’ils demeurent dans la même ville, Chirac n’a jamais daigné rencontrer Aoun. Pendant les mêmes années syriennes, il rencontrait Hariri jusqu’à deux fois par mois. Cela, les Syriens l’avaient correctement observé. Pour le reste, espérons pour le Liban qu’ils se soient trompés. 


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